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Patrimoine Culturel et Historique du Canton de Mouy
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Sur les traces d’Herminie
Article mis en ligne le 29 juin 2014

par Mauricette
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Herminie !


Pour la population du canton de Mouy, le nom "Herminie" n’a de signification que pour les personnes proches de la gare et qui habitent Bury ou Mouy.


Pour le facteur c’est le nom d’une cité. Depuis peu un cabinet médical a choisi de se faire connaître sous ce pseudonyme. Pour les vieux habitants du quartier de la gare, le coin est connu à cause de la cité construite en forme de U et d’un puits artésien qui déverse sans cesse et gratuitement une eau qui se perd dans le fossé proche. Curieusement ce phénomène n’étonne personne comme si l’eau avait l’habitude de jaillir du sol dans notre région !


Si nous regardons l’intérieur de cette cité, (une grille ferme le U) nous découvrons une sorte de fronton sur lequel sont inscrit un nom et une date : Cité Herminie 1881.


La cité Herminie est un ensemble de 23 logements destinés à des ouvriers d’une même entreprise. Ces habitations sont disposées sur trois côtés d’un espace carré formant une cour intérieure fermée par une grille.






Madame Herminie Collard


 


Cette cité est due à l’initiative d’un industriel de Mouy, monsieur Collard. S’inspirant du Palais Social créé par Godin en 1871 à Guise, il décide d’offrir à ses ouvriers, des logements ou ils trouveront de bonnes conditions d’hygiène, de bien-être et de confort. Herminie est le prénom de la femme que cet industriel a épousée en 1858. C’est la fille d’un financier parisien, Louis Georges Emmanuel Bigé. Cette dame pratique l’art de la peinture et depuis sa jeunesse reproduit les grands tableaux des musées parisiens. Sans enfant et sans problème d’argent, elle a des facilités pour se perfectionner et participer à différents salons de peinture. Elle y obtient des récompenses amplement méritées.


La santé de madame Herminie Collard n’est pas florissante. Elle vit le plus souvent à Paris, même si son époux prend des responsabilités au Conseil Municipal de Mouy. Elle décède en 1872, laissant un mari désespéré et sans héritier.


Le couple a-t-il été impressionné par la réalisation de Godin, un industriel de l’Aisne, qui a fait construire "le palais social" de Guise en 1871 ? Les idées religieuses d’Herminie l’ont-elles amenée à demander à son mari de faire la même chose pour son usine ? En tous cas Monsieur Collard se lance dans la construction d’un habitat où "l’air et la lumière" sont privilégiés.


Entre le décès d’Herminie et l’inauguration de la cité, il s’est passé 9 ans, ce qui est relativement court pour trouver le lieu de construction, dessiner les plans, construire, aménager les jardins alentours etc ...etc ...


L’accès à la cour intérieure est interdit aux locataires, celle-ci n’est destinée qu’à apporter la lumière et l’air aux habitants ; On y pénètre par une porte de la grille pour l’entretien des plantations. Une statue représentant Herminie est placée en son centre.



Don de la famille Milliot


Dans le registre des délibérations du Conseil Municipal de Mouy, on peut lire à la séance du 14 novembre 1922 :


Monsieur le maire informe le conseil municipal qu’il s’est rendu avec Monsieur Villain, dans la famille Milliot qui est sur le point de quitter Mouy.


Celle-ci a offert à la ville, tous les tableaux, statues et photographies dont vous avez pu constater l’installation à l’hôtel de ville. Un grand nombre de volumes ont également été remis pour la bibliothèque. Les tableaux sont l’oeuvre de Mme Collard qui était artiste peintre. La statue placée au milieu de l’entrée la représente. Le buste en marbre est celui de son mari industriel à Mouy.


Confiant dans la reconnaissance du conseil municipal pour ce don gracieux, votre municipalité n’a pas hésité à l’accepter en votre nom et à faire de toutes ces œuvres l’ornement de notre maison commune, se réservant de vous en demander la ratification.


Liste des tableaux peints par Madame Herminie Collard


(relevée dans l’album souvenir, offert en 1879 à Mme Milliot par M. Collard)


Portrait de Louis Georges Emmanuel Bigé - 1851 (mairie de Mouy)



Le père d’Herminie Collard,


inspecteur des finances,


chevalier de la légion d’honneur.


Autoportrait de l’artiste - 1857


(ne faisait pas partie de la donation)



Marie, Anne, Herminie Bigé épouse M.Collard en 1858. Herminie se passionne pour la peinture. Elle se perfectionne en fréquentant les musées parisiens et plus tard les musées d’Italie où elle séjournera plusieurs fois. Elle sera très académique dans son style et prendra comme sujet des épisodes de la bible ou de l’évangile.


 


Eliezer et Rebecca (grenier de la mairie, non daté)


Ce tableau n’est plus exposé depuis qu’il a été endommagé malencontreusement au cours d’un grand nettoyage ou d’un transport. Il est remisé dans le grenier. Toutes ces peintures, depuis 1922, sont exposées sur les murs de la mairie où ils connaissent la poussière, la lumière du soleil, les variations de température, d’hygrométrie etc ... etc ... conditions qui les fragilisent.



Le sujet reprend une scène de l’ancien testament peinte au Louvre par Poussin.


Isaac est le fils d’Abraham et de Sara. Eliézer, l’intendant d’Abraham, a pour mission de lui trouver une femme.


La rencontre d’Eliézer et de Rebecca auprès d’un puits est la plus représentée.


 


 


Les Saintes femmes au tombeau du Christ - 1859


(ne faisait pas partie de la donation)


Selon les évangiles, après la mise au tombeau, les saintes femmes viennent pour embaumer le corp du Christ. Un ange leur montre que le tombeau est vide car le Christ est ressuscité.


Moïse sauvé des eaux - 1859


(mairie)


Moïse occupe la première place dans la hiérarchie des personnages de l’ancien testament. Il est sauvé du massacre des enfants juifs par la fille du pharaon qui le découvre dans une corbeille flottant sur les eaux du Nil.



Italiens - 1860 (mairie)


Les deux musiciens italiens font penser au couple de musiciens bretons qu’on peut voir encore de nos jours, animer les fêtes rurale en Bretagne.


 


Ste Catherine - 1860


(églises de Mouy et de Bury)


Il s’agit de Catherine d’Alexandrie qui selon la légende a refusé d’épouser l’empereur Maximilien, celui-ci la condamne à être déchirée par une roue garnie de pointes. La roue se brise miraculeusement (on aperçoit la roue brisée). Catherine meurt enfin décapitée (d’où la présence de l’épée)


 



Portrait de Charles Collard


(ne faisait pas partie de la donation)


Monsieur Collard, riche industriel est très amoureux de sa femme. A la mort de cette dernière, il fera éditer dans un album souvenir, la plupart des tableaux. Les reproductions (malheureusement en noir et blanc) donnent un aperçu de la qualité du dessin. La cité qu’il fera construire pour ses ouvriers derrière la gare de Mouy-Bury, portera le nom de cité Herminie pour perpétuer le nom de son épouse.


 

Les Pifferari - 1861


Femmes des environs de Rome - 1861


Italiennes des environs de Naples - 1863


Ces trois tableaux traitent de sujets italiens, il est fort probable que Mme Collard soit allée fréquemment en Italie à cette époque (ils ne faisaient pas partie de la donation).


 



Mariage mystique de Ste Catherine - 1864


(église de Mouy)


La légende veut que Catherine soit, au cours d’un rêve, montée au paradis et se soit mariée avec l’enfant Jésus encore dans les bras de sa mère. Ce rêve a été nommé "le mariage mystique"


 



Ste Catherine condamnée à mourir de faim - 1864


Parmi les tourments infligés à Catherine par l’Empereur Maximilien, à qui elle s’était refusée, figure l’emprisonnement sans nourriture. Des anges viennent nourrir la sainte.


 



Chapelle de l’église de Mouy (vers 1865)


Nous avons retrouvé sur une carte postale d’une chapelle de l’église de Mouy, cet ensemble des trois peintures concernant Sainte Catherine.


 


 


Judith venant de couper la tête d’Holopherne - 1865


(mairie)


Béthulie, petite ville de Palestine, est assiégée par Holopherne, général de Nabuchodonosor.


Judith (veuve de Manassé), pour sauver sa ville, revêt sa toilette de fête et gagne le camp ennemi. Holopherne la trouve "jolie d’aspect et habile dans ses paroles". Judith profite de l’ivresse d’Holopherne après un banquet pour lui trancher la tête d’un coup de son cimeterre.


 


 


Italienne - 1870 (mairie)


Herminie Collard a la passion de l’Italie, elle s’y rend plusieurs fois et rapporte de ses voyages des peintures caractéristiques.


 



Agar et Ismaël - 1870


(mairie)


L’ancien testament est une source d’inspiration inépuisable pour les peintres académiques. Agar est la femme qui dresse vers le ciel une urne vide, son enfant Ismaël qu’elle tient par une main, se meurt d’inanition ou de soif. Ces deux personnages sont liés à l’histoire de Sarah et Abraham.


Sarah n’a pas eu d’enfant, elle envoie dans le lit de son mari la belle esclave Agar. Celle-ci mettra au monde un garçon Ismaël. Peu de temps après cette naissance, Sarah miraculeusement, est à son tour enceinte. Elle chasse alors Agar et son fils pour le désert en espérant en être débarrassés.

++++


Suzanne au bain - 1872 (mairie de Mouy)


C’est le thème privilégié des peintres classiques qui trouvent là, matière à exalter la beauté du nu féminin sans choquer la bourgeoisie alors soumise "à l’ordre moral".


Habituellement, pour donner plus de piquant, la belle est observée par deux vieillards "lubriques".


Herminie a quelque peu édulcoré son sujet en ignorant complètement les voyeurs.


Deux vieillards guettent la jeune femme. Pour se venger de ses refus, les vieillards prétendent l’avoir surprise dans les bras d’un jeune homme. Daniel, (celui qui est descendu dans la fosse aux lions) est chargé de juger l’affaire. Il parvient à convaincre les deux vieillards de faux témoignage et innocente la chaste Suzanne.


Ronde d’enfants (non daté) (ne faisait pas partie de la donation)


Prière en famille (non daté) (ne faisait pas partie de la donation)


D’après le tableau original de Dubufe (Musée du Luxembourg)



Sara la baigneuse


(mairie, non daté)


Copie du tableau de Signol. Le texte qui se veut poétique n’est pas un chef d’œuvre littéraire.


Sara belle d’indolence se balance dans un hamac au-dessus du bassin d’une fontaine toute pleine d’eau puisée à l’Hypsus.


A la frêle escarpolette se reflète dans le transparent miroir avec la baigneuse blanche qui se penche pour se voir.


Chaque fois que la nacelle qui chancelle passe à fleur d’eau dans son vol, on voit sur l’eau qui s’agite sortir vite son beau pied et son beau col


Elle bat d’un pied timide l’onde humide qui ride son clair tableau du beau pied rougit l’albâtre la folâtre rit de la fraîcheur de l’eau.


 


Portrait de Van dyck


(non daté)


(ne faisait pas partie de la donation)


D’après le tableau original de Van Dyck (Musée du Louvres)



La fée et la Péri


(mairie, non daté)


"La Péri" est un ballet de Théophile Gautier et Jean Coralli. Ce ballet se jouait à l’opéra en 1843.*


* Information relevée au musée du costume de Moulins, lors de l’exposition : Costumes de scène des mille et une nuits, en 2009. 



La femme adultère. 1


(non daté)


(ne faisait pas partie de la donation)


Cet épisode est tiré du nouveau testament. Jésus enseigne au temple. On lui amène une femme surprise en flagrant délit d’adultère. La loi prescrit de la lapider. Jésus ne dit rien mais se baisse et écrit sur le sol. Comme on insiste il déclare : "Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre"



La femme adultère. 2


(non daté)


(ne faisait pas partie de la donation)


C’est la suite du tableau précédent. Jésus reste seul avec la femme "personne ne t’a condamnée ? "lui dit-il."Eh bien moi non plus, je ne te condamne pas, va et ne pèche plus"


 


Ces tableaux n’appartenaient pas à la donation


mais figurent dans l’album souvenir


Portrait de Rembrandt


Le repos du matin près d’une rivière


La sainte famille


La fuite de Loth


Ecce Homo 1 et 2


Sujet pastoral 1


Sujet pastoral 2


Diane sortant du bain


Les disciples d’Emmaüs


La vierge à la chaise (non daté)


 



Le baiser (entreposé au grenier de la mairie)


Ce tableau ne figure pas dans la liste de l’album souvenir. Il a été pourtant exposé sur les murs de la mairie au milieu des peintures de la donation. Il s’agit d’un baiser, échangé par un couple chevauchant des coursiers en plein galop.

++++

Quelques réflexions à propos de ce legs


Si on analyse le discours que le maire a prononcé le 14 novembre 1922 on apprend :


1°) Que monsieur Couard avait confié les tableaux peints par son épouse à la famille Milliot et que celle-ci, en 1922, avant de quitter Mouy les a remis à la mairie de Mouy.


2°) Que la donation comprenait en outre : des livres, une statue de Mme Collard et un buste en marbre de M.Collard.


- Le buste est toujours présent (on peut le voir, au premier étage de la mairie, à gauche de la déclaration des droits de l’homme).


- Les livres ne sont plus en service, trop vieux et peu attrayants pour un public habitué à une présentation moderne.


- Les tableaux (beaucoup sont encore en place) sont toujours exposés à l’exception de quelques uns remisés au grenier.


- La statue de Mme Collard a par contre disparue, nulle trace de cette oeuvre qui s’est volatilisée.


Depuis 1922 de nombreuses personnes se sont succédées dans la maison. Quatre années d’occupation durant la guerre permettent de penser qu’ un amateur de belles choses aurait pu profiter des circonstances pour décorer son intérieur. Rangements, nettoyages sont aussi des occasions de casse. Y a-t-il eu vol ? emprunt ? casse ? En tous cas, la statue de la belle Herminie a disparu . Elle aurait pourtant mérité de trôner au milieu de ses tableaux.


Nous nous sommes efforcés de donner des explications sur les sujets traités, pas forcément connus ou reconnus par le public d’aujourd’hui. Il convient maintenant aux lecteurs d’aller voir les tableaux sur place, les photos (souvent médiocres à cause des moyens mis en œuvre ) n’étant là que pour les aider à les reconnaître.



A chaque logement de la cité correspond un jardin potager.


Herminie et la peinture.



Quand en 1851 Herminie fait le portrait de son père, elle montre des qualités indéniables pour fixer sur une toile ce qu’elle voit. Les premiers photographes du XlXème siècle vont vite détrôner ce talent avec leurs appareils et leurs papiers de plus en plus sensibles. Le rôle du peintre ne sera plus celui de témoin oculaire de son époque ou d’illustrateur de scènes religieuses extraordinaires ou d’évènements historiques. Une nouvelle façon de peindre va naître avec le développement des techniques. Au lieu de créer une nature sur une toile dans son atelier, le peintre va sortir de chez lui et se rendre "sur le motif". Au lieu de copier ce qu’il voit comme un appareil photographique, il va essayer de communiquer au spectateur du tableau les impressions qu’il a lui-même ressenties.


Herminie, elle, continuera à peindre comme une élève appliquée. Il faut connaître sa vie intime pour deviner son tourment intérieur. Un psychanalyste de nos jours pourrait penser qu’elle compense dans la peinture "d’Agar et Ismael" son manque d’enfant, que son désir secret est qu’on lui donne "un bébé sauvé des eaux" comme Moïse, ou qu’une mère lui abandonne son enfant comme dans "Le mariage mystique". Ce genre de peinture très décrié au début du XXème siècle, connaît de nos jours un regain d’intérêt.


Profitez de votre prochain passage à la mairie, pour monter quelques marches dans l’escalier et jeter un coup d’œil sur les murs du premier étage !


Il reste encore à expliquer pourquoi les tableaux ne sont arrivés à la mairie de Mouy qu’en 1922 et par l’intermédiaire de la famille Milliot.


Dans une liste des commerçants exerçant à Mouy avant 1930, figure un certain Milliot marchand de couleurs rue de Clermont, qui pourrait être un descendant de la famille Milliot. Ce monsieur travaillait avec l’entreprise J M Paillard, renommée pour la qualité de ses peintures "spéciales artistes", on peut imaginer que ces points communs aient suffit à rapprocher des amateurs d’art.


Reste à savoir pourquoi M. Collard n’a pas lui même donné les peintures de sa femme à la mairie de Mouy ?


M. Collard a eu des démêlés avec la municipalité de Mouy à propos d’une histoire de ponts à réparer. Des tracts, en 1880, ont été édités sur le sujet . Le tribunal de Clermont a même condamné la ville de Mouy. On comprend que les rapports soient restés tendus avec l’industriel !


La famille Milliot étant restée en bons termes avec M. Collard, recueille les tableaux et au moment de quitter la commune se tourne vers la mairie. Tout ceci n’est qu’ hypothèse qu’ il faudrait pouvoir vérifier mais les témoins sont définitivement partis.


Parmi les habitants de Mouy, il en est peu qui n’ait pas vu les peintures de la mairie. Souhaitons que cette histoire leur donne l’envie de les revoir d’un autre œil.



Sources
Archives municipales de Mouy : compte-rendus des conseils municipaux.
Bibliothèque municipale : Album souvenir remis par M. Collard à Mme Milliot.
Ecole d’architecture de Normandie : Les cités ouvrières de l’Oise. J-P Bétégnie.
La bible et les saints Guide iconographique. Flammarion


Photographies
Mme Françoise Cassagne


Textes
M. Janny Noblécourt


Remerciements
Monsieur Guillaume pour le prêt des cartes postales

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