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Patrimoine Culturel et Historique du Canton de Mouy
Histoire de notre Canton
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Peupliers - Bois de feu
Article mis en ligne le 29 juin 2014

par Mauricette
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PEUPLIERS - BOIS DE FEU


Le Paysage du Canton


Le paysage traduit toujours l’histoire du peuplement et de la mise en valeur du territoire : c’est un registre de la mémoire collective.


Depuis près d’un siècle, le Canton de Mouy, comme la France, à été le siège de transformations profondes dans l’utilisation du sol et dans la répartition du peuplement. Ces transformations résultent de l’évolution socio-économique et se caractérisent par quelques mots : 


- urbanisation


- industrialisation


- concentration


- exode rural


Le Canton de Mouy est en quelque sorte sur les marches de la Picardie et quand on quitte les plateaux sans arbres, mais couverts de moissons riches et variées, on aborde des territoires plus arides qui sont autant de bois particuliers.


Aux chênes et aux hêtres s’adjoignent les bouleaux, les robiniers, les érables, les merisiers et le Pin Sylvestre. Plus près de la vallée, le coudrier, le charme, l’orme et le frêne sont installés sur les calcaires tertiaires variés recouverts en partie de limons.


Tout à coup au détour d’un chemin qui descend, c’est la vallée, elle est recouverte de pâturages entremêlés de marais, mais piquetée de peupliers en ligne, parmi lesquels s’écoule lentement la rivière.


Sur les pentes ourlées de bois et de broussailles, envahies de friches, on découvre aussi d’anciennes carrières aujourd’hui abandonnées et béantes. Enfin depuis la dernière guerre, nous avons dans la vallée les trous d’eau des ballastières, transformées en domaine de pêche.


Pour mieux comprendre, regardons la coupe ci-contre où l’on voit disparaître la craie de la plaine Picarde barrée au Sud par de grandes épaisseurs de sables et d’argiles que surmonte un couronnement de calcaires durs où les hauteurs boisées abritent des vents du Nord les villages de Thury, Hondainville, St-Félix, c’est le beau massif de la Forêt de Hez, vestige des forêts antiques.


Le peuplier est un élément du paysage du Canton de Mouy soit par ses plantations qui jalonnent les vallées comme une forêt galerie, soit par des alignements le long des eaux, des routes et en bordures des pâtures.


Si le secteur public personnifié par l’Office National des Forêts peut à bon droit s’enorgueillir d’être une organisation capable à la fois de protéger et de "conserver" la forêt, comme de l’aménager, d’y investir et d’y pratiquer avec succès une production de qualité en l’adaptant aux besoins présents et futurs, c’est sans conteste au secteur privé que revient le mérite de la culture du peuplier.


La populiculture a surtout pris de l’extension à partir de 1870. C’est à cette époque que le rôle et l’importance de l’énergie hydraulique dans la mise en place d’un tissu de petites industries dans la vallée du Thérain nécessite, pour alimenter les chutes, de relever le niveau de la rivière. Les prés humides de la vallée, volontiers inondés en hiver, sont alors transformés en peupleraies.


Généralement planté hors forêt et malgré sa qualité d’arbre recherché par l’industrie, la culture du peuplier s’apparente plus à l’agriculture et à l’arboriculture qu’à la sylviculture.


En France, les quelques 40 millions de peupliers fournissent avec 2 300 000 m3 par an 15 % de la production de gros bois, au second rang parmi les feuillus immédiatement derrière le chêne.


Très longtemps, la populiculture traditionnelle était l’affaire de petits propriétaires ruraux qui plantaient sans grand soin, et exploitaient plus ou moins tard lorsqu’une offre leur paraissait intéressante ou qu’un besoin d’argent les amenait à "casser la tirelire" que ces arbres représentaient.


Cette culture d’appoint n’a pas perdu son importance et son intérêt mais simultanément des industriels du bois ont planté pour assurer une partie de leur approvisionnement.


Depuis 1982, l’utilisation de nouveaux clones performants, des interventions faites à temps et correctement, fait que les peupleraies produisent plus rapidement.


 Le Peuplier en France, en Picardie et dans le canton de Mouy


La superficie occupée par les peupliers au niveau national est d’environ 260 000 hectares et en Picardie ce sont :


- 16 800 hectares dans l’Aisne


- 11 500 hectares dans l’Oise


- 4 700 hectares dans la Somme


- 508 hectares dans le Canton de Mouy.

1993


Peupleraies

Taillis sous futaies Tailles


simples

Futaies


résineuses

Futaies


feuillues

Totaux Superficies


des


communes

% des terrains


boisés


Angy


26,11,06


8,70,83


39,91,87


 


 


74,73,76


360,32,55


20,74


Ansacq


2,90,23


13,04,32


172,11,16


 


1,05,30


189,11,01


840,26,60


22,51


Bury

130,94,96


95,40,03


91,85,96


220,12,13


 


538,33,08


1704,72,62


31,58


Cambronne

17,66,95


71,88,52


140,71,00


 


 


230,26,47


933,67,00


24,66


Heilles

106,71,92


94,26,53


23,06,63


 


 


224,06,08


601,42,13


37,26


Hondainville

101,85,51


121,28,86


36,31,27


14,24,89


 


273,71,23


600,12,13


45,61


Mouy

95,91,69


67,58,95


104,83,99


 


 


268,34,63


987,19,54


27,18


Neuilly s/s Clermont

5,11,51


3,69,96


91,45,99


8,46,35


 


108,73,81


774,56,09


14,04


Rousseloy


 


27,61,99


59,39,24


 


 


87,01,23


389,88,44


22,32


Saint-Félix


14,42,66


44,40,08


69,12,34


 


 


127,95,08


519,82,57


24,61


Thury s/s Clermont


6,33,85


132,56,86


44,23,92


3,50,00


2,1500


188,79,63


541,82,65


28,00


 


508,01,34


680,46,93


873,04,07


246,33,37


3,20,30


2311,06,01


8253,88,32


28,00


 

 


 


Année 1991


 


 

Qualité


placages

GRUMES DE PEUPLIER


Qualité sciages


 

TOTAL


02 AISNE

84 272


 

213 368


 

297 640


60 OISE

66 572


 

105 318


 

171 890


80 SOMME

23 004


 

52 565


 

75 569


PICARDIE

173 848


 

371 251


 

545 099



Répartition de la production de bois d’Œuvre par essence en 1991 en Picardie.


 


 


 


La grande famille des peupliers


La famille des Salicacées comprend environ 300 espèces et dans cette famille il y a deux genres : le genre SALIX et le genre POPULUS.


Le Saule pleureur (genre Salix) et le peuplier d’Italie (peuplier noir) sont deux espèces d’ornement que nous connaissons bien.


Avec sa ramure semblable à celle du cyprès, le peuplier d’Italie a été introduit dans l’Oise en 1762. II était depuis longtemps cultivé dans les régions méridionales pour la production de poutres, de pièces de charpente et de planches pour les carrioles. Il convient parfaitement à la création d’alignements brise-vents.


 



Le grisard  : Fréquent dans notre région, le croisement naturel entre le peuplier blanc et le tremble donne un arbre majestueux. Plus tolérant que les autres peupliers, il peut vivre et se développer dans un taillis. Il a de beaux chatons avant l’apparition des feuilles, lesquelles vertes en dessous, sont couvertes au dessus d’un duvet grisâtre disparaissant plus ou moins au cours de l’été.


Le savoir populaire attribue au peuplier grisard des qualités plus appréciables que les autres peupliers. Bien des charpentes de nos maisons anciennes ont été réalisées en "grisard".


Les charpentiers l’utilisaient aussi pour fabriquer des escaliers de service. Il est aussi désigné quelquefois sous le nom de "FRANC-PICARD".


Liste des cultivars de peupliers utilisables en Picardie et financés par le Fonds Forestier National.

Peupliers euraméricains Peupliers interaméricains Peupliers trichobel


FLEVO


GHOY


1.214


ROBUSTA


BEAUPRE


BOELARE


DONK


FRITZI


PAULEY


TRICHOBEL


Les classiques :


  • LE ROBUSTA


C’est un peuplier de sexe mâle apparu en 1885 dans les pépinières SIMON LOUIS à Plantières-les-Metz. C’est le plus connu, et le plus planté dans notre région depuis des décennies.


Ses aspects positifs sont  : une grande plasticité, un fût très droit, une densité de bois élevée.


Ses défauts  : une sensibilité aux maladies foliaires, et une faible production. Il demande un minimum de 25 ans pour attendre des dimensions commerciales sur les meilleurs terrains.


  • LE 1.214


C’est une réussite des sélectionneurs italiens. Né en 1929, sa plantation commence dans notre région en 1961. De sexe femelle (coton) il exige des soins soutenus, mais permet d’escompter des rotations de l’ordre de 20 ans. La qualité du bois est appréciée, mais il est lui aussi sensible aux maladies foliaires.


Les nouveautés à la mode :


  • LE BEAUPRÉ


D’origine belge, ses plantations n’ont vraiment commencé qu’en 1982. Sa croissance juvénile est très rapide, mais ses accroissements se stabilisent à partir de la 7e année. Il redoute les stations humides où il y a risque de submersion en période de végétation. 


  • LE GHOY


Il remplacerait très avantageusement le Robusta. Il est résistant aux maladies, il s’adapte à divers sols. Son démarrage est lent, mais sa croissance serait satisfaisante en fin de cycle de production. Il n’existe actuellement qu’à l’état de jeunes plantations, au plus âgées de 5 à 7 ans.


  • FLEVO, BOELARE, DONK, FRITZY PAULEY, TRICHOBEL sont encore très peu plantés, ils sont prometteurs, mais il faut se garder de tout engouement excessif.


Le long des rivières, les peupliers retiennent de leurs multiples racines le sol des berges. Certaines variétés n’ont-elles pas des racines de quinze mètres de long.


Où et comment planter des peupliers ?


Dans notre canton, les peupliers sont en majorité dans les marais des vallées où la profondeur du plan d’eau en été varie de 50 à 100 cm par rapport à la surface. La "Reine des Prés" qui pousse dans ces vallées est un indice de végétation favorable.


Il y a deux périodes de plantation l’automne et le printemps. Le choix entre ces deux périodes ne comporte pas de règle absolue, il dépend de la station.


On a l’habitude de dire qu’un peuplier a besoin de 50 m3 de sol prospectable. Si la profondeur de terre utilisable est de 1 m, les peupliers devront être distants les uns des autres d’au moins 7 mètres. Avec un sol limité à 50 cm, mettre les plants à 8 x 8 m ou même 9 x 9 m.


Dans le cas d’une plantation de peupliers en alignement simple, la distance peut être ramenée à 5 m.


En sol meuble et tourbeux, les plants sont mis directement en place sans ouverture de trous, ceux-ci étant réalisés directement à la barre à mine. La profondeur de la plantation doit être telle que le plant puisse tenir sans tuteur.



Un beau plant doit être fort et sans blessure. On choisira de préférence des plants de 2 ans, de 3 à 4 m de hauteur, avec un diamètre à 1 m 30 du collet de 3 à 4 cm .


L’expérience prouve que la reprise est équivalente quelque soit le mode de plantation : plants racinés ou plançons.


 


 


 


Par conséquent, il est conseillé de planter en plançons :  


- c’est moins coûteux, 


- de manipulation plus facile, 


- d’installation rapide.


Le plant manifeste très tôt sa rapidité de croissance ce qui oblige dès la 2e et 3e année de plantation à former la tige, en éliminant les trop grosses branches et les cimes multiples.


L’époque d’intervention est indifférente mais il est plus facile d’intervenir pendant le repos de la végétation afin de permettre une meilleure cicatrisation (entre le 15 février et le 15 mars).


 


Pour produire un bois de qualité, il y aura lieu a de procéder à l’élagage, lequel consiste à intervenir progressivement et en s’arrêtant lorsque la bille élaguée atteint 8 m.


 


Coût moyen d’une plantation de 200 Peupliers sur 1 Hectare


Nous supposons qu’il y a absence de travaux préparatoires à la plantation : nettoyage du terrain, nettoyage d’un ancien réseau de fossés, création de fossés.


Année 1


- Fourniture et mise en place des plants.....10 000F


Année 2


- Remplacement de 6 % de la plantation.......600F


Année 3


- Taille de formation...............................................950F


Année 5


- 1er élagage............................................................2 135 F


Année 8


- 2eme élagage de plus de 6 m........................3 085F


Total....................................................................... .15 915F


C’est un prix de revient minimum de 79,57 F par arbre, car il peut y avoir à mettre en place une protection contre le gibier (minimum 10 F par arbre), un désherbage, une fertilisation.


Dans vingt ans, lors de la récolte, il est probable que les arbres ne seront plus que 190 de 1,4 m3 de moyenne, soit un volume de plantation de 266 m3.


Évolution du prix sur pied du m3 commercial de peuplier (en francs constants 1990)


1973 : 261


1974 : 560


1975 : 440


1976 : 400


1977 : 372


1978 : 346


1979 : 310


1980 : 277


1981 : 280


1982 : 254


1983 : 206


1984 : 186


1985 : 174


1986 : 174


1987 : 190


1988 : 220


1989 : 232


1990 : 240


Depuis des années, le cours des prix du peuplier n’a pratiquement pas évolué, c’est donc une valeur qui a perdu 250 % en dix ans compte tenu de l’inflation. 


++++


Les Utilisations du bois de peuplier


Légèreté, couleur claire, absence d’odeur, collage, coulage, vissage et agrafage aisés, telles sont les qualités du bois de peuplier.


Les utilisations du peuplier en France
(en pourcentage du volume-grume utilisé)


Utilisation


%


Sciage


- emballages lourds, caisses, palettes


- ameublement, menuiserie


- autres emplois en sciage


(charpente, sommiers, maison à ossature bois)


 


29


5


 


8

 


42


Déroulage


- emballages légers, cageots, caissettes


- emballages en contreplaqué


- contreplaqué


- allumettes et boîtes d’allumettes


 


43


6


8


1


58


Bois de trituration (hors pourcentage)


- cellulose, panneaux de particules ou de fibres


env.


200.000


stères


Le Bûcheron : bottage et abattage



Le bûcheron est un paysan dont le métier consiste exclusivement à moissonner, et sa récolte s’appelle : la coupe.


Le temps pour abattre les bois est depuis le mois d’octobre jusqu’au commencement du mois de mars dans les derniers quartiers de la lune et, hors ce temps-là, le bois est sujet d’être attaqué par les vers... au dire des anciens.


Une autre raison s’il s’agit de taillis : les rejets de souche formés dès le printemps seront suffisamment robustes pour résister aux rigueurs de l’hiver suivant.


Enfin, c’est aussi la saison où il y a moins à craindre de causer du dommage aux arbres que l’on veut conserver.


Ce n’est pas assez de connaître les bois, de les estimer, il faut encore savoir les abattre.


Quand il y a obligation d’ébrancher et d’étêter les arbres avant l’abattage pour éviter qu’ils éclatent en arrivant au sol, c’est le bottage.


Le bottage à l’avantage de préserver les semis dans les coupes de régénération.


Le botteur exerce un métier dangereux et difficile, quand il procède à l’ébranchage des arbres sur pied.


Enfin, le bûcheron détermine avec précision la direction de chute pour faire tomber, sans endommager d’autres arbres.


Les outils du bûcheron avant la tronçonneuse



Ces outils sont alors : la serpe, la hache, la cognée, le passe-partout, les coins et le merlin.


Pour le taillis, la serpe sectionne les traînants et les petits brins.


La hache à déraciner, outil à emmanchage triangulaire, sert à tailler d’aplomb les fortes racines qui gênent l’accès au pied de l’arbre. Son fer caractéristique est très étroit, et souvent coudé.


La cognée d’abattage dispose d’un taillant plus grand qui peut varier selon le travail à effectuer : les arbres à abattage aisé (bouleau, châtaignier, tilleul) peuvent s’accommoder de cognées plus larges que les autres. 


Le bûcheron commence par l’élagage qui consiste à réduire l’empattement de l’arbre à la hache, puis à l’aide de la cognée, il entaille le côté de chute.


Ensuite avec le passe-partout, deux ouvriers attaquent le tronc du côté opposé.


Le passe-partout est une grande lame sans tension, mue par deux hommes qui la tirent alternativement. Quand le passe-partout est entièrement engagé, on soulage la lame en introduisant dans la fente des coins qui servent à diriger la chute. Lorsque la scie approche de l’entaille faite à la cognée, le bûcheron chasse les coins avec un merlin.


Les manches des haches ou des cognées sont faits en bois souple et résistant au choc : frêne, châtaignier, cornouiller mâle, parfois aussi en érable champêtre. Le manche est fixé dans l’œil du fer au moyen de deux coins perpendiculaires, l’un en bois dur placé dans le sens du fer, l’autre en métal perpendiculairement au premier.


La longueur des "passe-partout" va de 135 à 200 cm pour les dimensions courantes. La largeur est comprise entre 95 mm (au milieu à la longueur) pour les lames étroites (qui sont généralement à dentures à dents rabots).


Le Débardage


Les opérations de débusquage et débardage des produits forestiers sont aussi des opérations importantes.


Le débusquage consiste à débusquer au treuil en faisant glisser la grume sous les fourrés de semis pour l’amener à la piste de débardage.


Le débardage comprend les opérations pour sortir les produits de la coupe et les amener en bordure d’une voie de transport.


Lorsqu’un exploitant forestier devait débarder un tronc important, il devait recourir à un chariot particulier appelé "triqueballe" ou "diable". Avec sa faible largeur et ses deux roues, il circulait aisément dans les coupes.


A la route, les grumes étaient prises en charge par un chariot plus important "le binard" ou "fardier".


Toutes ces opérations ne pouvaient s’effectuer que grâce à une parfaite entente des hommes et de leur attelage entièrement commandé à la voix.


Le Scieur de long


Le sciage mécanique se pratique depuis longtemps puisqu’il est déjà décrit par Villars de Honnecourt au XIIIe siècle, mais en milieu rural, on préfère de beaucoup débiter sur le chantier.


 


Le lignage : Avant d’installer la bille préalablement écorcée, le "chevrier", l’homme qui se tiendra debout sur la chèvre procède au "lignage du bois" selon qu’il est prévu de débiter la grume en poteaux, traverses, soles, soliveaux ou planches. Ils tendent une


ficelle frottée de poudre de brique ou de craie, la pincent au milieu en la soulevant et la laissent claquer. Ils obtiennent ainsi les raies bien droites que la scie devra suivre.


Le support  : La Picardie est fidèle au système de tréteau "la chèvre", qui se compose d’une poutre solide, longue de quatre à cinq mètres, reposant sur le sol par un bout, tandis que l’autre est supporté à hauteur d’homme par deux ou trois pieds. La dessus, les scieurs font glisser la bille à débiter, la hissent jusqu’au moment où une moitié dépasse la tête de la poutre. Alors, au moyen de chaînes, ils lient ensemble la poutre et la moitié basse de l’arbre. La machine ressemble alors vaguement à un canon de forteresse pourvu d’un tube carré, braqué vers un objectif invisible au- delà de "la coupe".


La scie : Dans un cadre rectangulaire en frêne, la lame est fixée perpendiculaire au cadre selon la plus grande médiane. A une extrémité un écrou lui donne la raideur voulue. En haut du cadre, deux mancherons légers, en bas une barre solidement fixée qui subira tout l’effort.


Les dents de la scie sont inclinées vers le bas, car elles ne mordent qu’en descendant. Pour les bois durs, les dents sont en forme de becs de perroquet ce qui les rend plus résistantes.


Le sciage  : Le "chevrier" qui se tient au dessus de la bille empoigne les mancherons. En dessous et légèrement en avant "son renard", la tête protégée d’un chapeau de feutre, saisie la barre inférieure et la chanson de la lame commence...


Ils l’ont inclinée contre la grume, mais dès qu’elle a mordu, voici qu’elle se redresse. Les yeux fixés sur la "ligne", le chevrier guide la progression de la lame. Tout l’effort est fourni par le "renard" puisque la scie ne coupe qu’à la descente. Sitôt qu’elle est arrivée au fond de la course "le chevrier" l’écarte légèrement du bois pour qu’elle remonte sans frotter.


Ainsi les charges sont réparties : au "renard" l’ahan, la sueur sur tout le corps, la sciure dans les yeux (le chapeau n’arrête pas tout !), au "chevrier" l’aplomb à conserver sur son baliveau, la responsabilité de la lame, l’incommodité à 1 m 80 du sol. L’un avançant, l’autre reculant, ils atteignent peu à peu le tronc du chevalet, c’est-à-dire le milieu de la bille.


Si une seconde ligne, parallèle à la première, a été tracée, ils lui font le même sort qu’à la première.


Ensuite, ils détachent la chaîne, font faire demi tour à leur arbre, et recommencent avec l’autre moitié. Ce second passage de scie arrive très exactement en face du premier puisque tous deux suivaient le même tracé. Cependant, pour ne pas déséquilibrer prématurément l’appareillage, le "chevrier" l’arrête à un doigt de distance.


Ce n’est qu’à la fin, lorsque la grume aura été sciée de bout en bout, qu’ils la jetteront à terre et termineront la coupe à la hache.


Une petite bavure demeurera au milieu de chaque pièce, preuve qu’elle est sortie des mains des scieurs de long : la lame circulaire qu’on emploie de nos jours n’en laisse point.


Le bois à débiter est généralement vert et présente très rapidement après le sciage du tirage au cœur, c’est-à dire qu’il se bombe du côté du cœur Tout le savoir consistera à prévoir cette réaction en organisant astucieusement son débit.


Le Bois de Feu


0n ne dira jamais assez le rôle que le feu, je parle du vrai feu de bois, a joué dans la société ancienne non pas seulement comme défenseur contre froid et ténèbres, mais par l’effet de contemplation qu’il provoque.


Les veillées de jadis étaient tout simplement la célébration du culte du feu, d’une adoration du feu. Il y avait au cours des veillées, des moments où le Seigneur feu s’étant mis à chanter d’une certaine façon, il interpellait l’assemblée qui se taisait comme par enchantement.


Les bois de feu sont tirés d’arbres ou de parties d’arbres non utilisables ou non utilisées comme grumes d’œuvre ou bois d’industrie.


Ces bois sont abattus en hiver, avant la montée de la sève pour obtenir un séchage rapide et une bonne conservation.


Jadis on coupait le taillis tous les quinze ans entre le le, novembre et le 15 mars, mais l’on respectait une certaine proportion des plus belles pousses qui restaient comme baliveaux : au minimum un par are. Les bois coupés et stérés devaient être enlevés avant le 1er avril. Quinze ans plus tard on coupait à nouveau le taillis en respectant de nouveaux baliveaux et ainsi de suite. A chaque coupe, le baliveau conservé prenait ainsi un grade supérieur jusqu’au jour où les plus anciens étaient abattus comme bois d’œuvre, achetés sur pieds par les charpentiers et les menuisiers qui les marquaient à leurs initiales d’un coup de leur marteau personnel.


La coupe était laissée dans un état de grande propreté, absolument dégagée de toute végétation intempestive, avec ses piles de bois bien régulières, ses baliveaux souvent courbés comme de grands adolescents qui auraient poussé trop vite, ses plus âgés de quinze ans, déjà gaillards, et ses arbres de futaies magnifiques et sereins.


A midi, on dégageait les braises et les cendres du brasier, on y mettait les gamelles à chauffer, et sous la cendre brûlante, on enfouissait les pommes de terre, les œufs et les escargots bouchés que l’on trouvait en retournant les grosses pierres. Ils cuisaient à l’étouffée en conservant toute leur saveur, c’était bien meilleur qu’à la maison.


Monter au bois était une récompense pour les garçons. Dès les six ans, le père leur promettait, s’ils étaient sages, de les emmener au bois. Ils y apprenaient à faire les fagots. On rentrait, harassés à la nuit.


Comme chacun le sait, une stère de bois : 1m x 1m x 1m= 1m3. Mais le bois de chauffage se mesure en corde. Une corde, ce sont quatre stères, ne dit-on pas aussi le bois de corde.


Il était d’usage dans notre région de couper le bois à 1 ml 4 afin de compenser les vides... et de faire des "cordes" de 8 pieds sur 4 en morceaux de 4 pieds... à raison de 33 cm par pied, une corde valait donc 4,59 stères...


Le bois de corde comprend des morceaux de bois fendus : le bois de quartier. Les rondins et la billonnette (0 inférieur à 8 cm) ne sont pas fendus mais il faut savoir qu’un bois fendu s’allume mieux qu’un morceau de bois rond. Les branches qui restent sont aujourd’hui brûlées ou pourrissent sur place, disposées en tas, c’est un ramier.


Avec les branches du ramier, on faisait jadis les "bourrées", vieux mot français pour désigner le fagot. Les plus grosses branches du fagot s’appelaient le parement.


On faisait les fagots sur un ardyo, sorte de châssis en bois. Le fagot était lié avec une "ard", une longue tige de noisetier que l’on tordait sur elle-même pour la rendre souple et avec laquelle on liait le fagot.


Le bois d’Aune, de bouleau, de tremble à combustion rapide était jadis recherché des boulangers.


Le charme, l’érable champêtre, le bouleau, le pin maritime ont le pouvoir calorifique le plus élevé.


Le hêtre, les chênes, le frêne, le tilleul, le sapin, l’épicéa donnent des résultats moyens. C’est le bois de peuplier qui dégage le moins de chaleur (50 % du pouvoir calorifique du chêne). Pour les feux de cheminée qui sont des foyers ouverts, les bois lourds et durs sont les plus caloriques.


Il est inutile de rappeler qu’une combustion rapide avec une flamme vive dégagera une chaleur ascendante qui, pour les 3/4, se trouvera aspirée dans le conduit de cheminée. Par contre, une bûche à la combustion lente, avec flamme réduite, produira de la braise et dégagera en forte proportion une chaleur rayonnante.


Vous remarquerez aussi que le bois de branches de sapin a un pouvoir calorifique très supérieur à celui du bois de tronc, tandis que l’inverse se produit pour les chênes.


En 1912, le Ministère de l’Agriculture estimait que l’on récoltait chaque année dans le Canton de Mouy


- 607 m3 de bois d’œuvre 


- 3 298 m3 de bois de feu.


En 1991, le Ministère de l’Agriculture indique pour le bois de feu, en Picardie, une récolte de 91 393 m3.


Quantités enlevées (total) Année 1991

 


BOIS DE CHAUFFAGE

Commercialisé Cédé gratuitement TOTAL
02 AISNE 28 201 1 117 29 318
60 OISE 41 864 2 395 44 259
80 SOMME 17 175 641 17 816
PICARDIE 87 240 4 153 91 393



Malgré un recul, le volume utilisé pour le chauffage domestique demeure encore important, cette récolte des particuliers pour leur autoconsommation n’est pas chiffrable.


 


 


 


 


 


Les aires d’utilisation du Canton de Mouy commune par commune en 1830

  Terres


labourables

Jardins


potagers

Bois


Taillis

Vergers


Pépinières

Oseraies


Aunaies

Friches Carrières


Marnières

Pâtures Marais Prés Eaux Routes


Places


Chemins

propriétés


bâties

TOTAL Popul.


en


1831

Nbre


d’Ha/


individu

ANGY


229 ha 07.25

17 ha 45.80 21 ha 05 0 ha 44.65 0 ha 74.20 9 ha 59.15   23 ha 02.60   35 ha 28.75 0 ha 43.55 9 ha 69 4 ha 90.95 351 ha 70.90 673 0 54
ANSACQ 682 ha 57.15 3 ha 71.55 22 ha 17.15 4 ha 38.75 64 ha 35.95 3 ha 50.70   0 ha 56.60 6 ha 75.35 10 ha 37.40 0 ha 25.95 16 ha 20.45 4 ha 38.10 840 ha 27.50 332 2.53
BURY 1207 ha 24.60 20 ha 50.40 171 ha 44.65 0 ha 51.10


VIGNES

1 ha 03.45 111 ha 56.75 5 ha 17.50           -      
        1 ha 53.30       19 ha 96.05 8 ha 10.50 109 ha 89.05 6 ha 08.55 30 ha 43.80 11 ha 12 1704 ha 61.70 1409 1.20
CAMBRONNE 672 ha 45.80 7 ha 08.95 121 ha 37.35 3 ha 61.10


VIGNES


1 ha 00.70

9 ha 76.70 61 ha 80.05 0 ha 59.45 18 ha 82.55 6 ha 74.45 7 ha 92.30   15 ha 80.40 6 ha 38.75 933 ha 38.45 507 1.84
HEILLES 267 ha 04.85 18 ha 55.55 80 ha 93 1 ha 32.35 4 ha 51.75 3 ha 95.70   0 ha 15.25 77 ha 29.50 128 ha 66.25 2 ha 65.50 10 ha 80.20 5 ha 28.30 601 ha 18.20 434 1.38
HONDANVILLE 276 ha 05.60 11 ha 05.15 110 ha 13.25     68 ha 71.90   18 ha 60.55 16 ha 96.20   4 ha 01.30 7 ha 70.20 4 ha 27.50 607 ha 51.65 278 2.18
MOUY 663 ha 41.30 32 ha 69.90 102 ha 25.70 1 ha 20.40


VIGNES


1 ha 64.05

22 ha 85.55 21 ha 63 1 ha 48.95 34 ha 94.55 14 ha 37.05   4 ha 34.05 24 ha 95.85 14 ha 64.35 1029 ha 44.70 2372 0.43
NEUILLY 639 ha 00.85 15 ha 90.55 54 ha 79.85 1 ha 21.95


VIGNES


5 ha 25.30

  16 ha 98.75 1 ha 92.05
0 ha 32.70 21 ha 37.35 13 ha 39.25 0 ha 30.40 16 ha 85.50 6 ha 27.75 774 ha 62.25 451 1.71
ROUSSELOY 328 ha 36.95 3 ha 39.15 18 ha 91.65 2 ha 21.50   17 ha 49.95   2 ha 17.85   4 ha 68.50 0 ha 17.75 11 ha 49.40 1 ha 89.95 390 ha 82.65 151 2.58
ST-FELIX 316 ha 26.72 20 ha 87.15 59 ha 97.70 VIGNES


3 ha 05.75

0 ha 05.50 5 ha 84.28   25 ha 52.85   61 ha 55.85 1 ha 36.70 7 ha 04.55 3 ha 79.70 505 ha 35.75 293 1.72
THURY 360 ha 27.85 10 ha 19.75 105 ha 38.95   2 ha 39.55 33 ha 35.35   0 ha 29.45 9 ha 84.55 6 ha 54.90 0 ha 86.65 9 ha 49.45 3 ha 25.95 541 ha 92.30 360 1.50
      868 ha 38.25                     8280 ha 8275 114
 


Le Bûcheron


De ta serpe bien affilée,


De ta cognée


Cogne à pleins poings et sans repos ; A la souche gelée, Bon bûcheron, arrache les copeaux, D’où jaillit clair le régal des flambées Frappe en bas et frappe en haut ; Frappe à coups redoublés ! La branche craque, tremble, oscille ; Un ahan sourd ;


Elle est tombée !


Toute la forêt résonne alentour ;


Toute la forêt blanche où le givre scintille...


Brillante et parée


De tous ses joyaux,


La lourde branche sur le sol S’est écrasée ; Sous le choc


Qui la disloque,


Les ailes teintantes de l’écho


Battent dans la cépée :


Bon bûcheron, arrache les copeaux ; Frappe en bas, frappe en haut ; Frappe à coups redoublés, Pour que le pauvre, A l’heure des tristes gelées, Se chauffe.


C’est ton outil d’acier Qui trace les sentiers


Où les générations passent ;


Il n’est pas temps encore que ta force se lasse, Rude ouvrier.


Oh ! dans la clairière où nous sommes,


Quel est celui qui saura dire aux autres hommes ; « C’est par là qu’il faut aller ! ».


Phileas LEBESGUE 1913


 


 



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