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Patrimoine Culturel et Historique du Canton de Mouy
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Nos lavoirs et nos lavandières
Article mis en ligne le 29 juin 2014

par Mauricette
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Retrouvons nos lavoirs et nos lavandières


Le linge


Les trousseaux emplissaient de grandes armoires.


Il y avait des draps, du linge de corps, du linge de table et des torchons (taillés dans des vieux draps).


Laver douze paires de draps, cinq douzaines de tAorchons, quatre douzaines de chemise de nuit et de jour, demandait plusieurs jours. C’était de la grosse toile de lin ou de chanvre, rugueuse, épaisse, quasi inusable. En attendant la grande lessive de printemps et d’automne, le linge sali s’était accumulé sur une barre de bois au grenier (pour lui éviter de moisir et de s’abîmer), les bleus vêtements de travail, les bas de coton, les tabliers, les mouchoirs se lavaient tous les mois en petite lessive à la chaudière ou sinon sur une épaisse planche de chêne polie par l’usage.


Très souvent, les effets personnels étaient très limités, les sous-vêtements masculins particulièrement les caleçons, commencèrent à être portés vers 1885, surtout par les jeunes qui revenaient du service militaire, quant aux sous-vêtements féminins, ils n’entrèrent en usage que plus tard ; les pyjamas étaient encore inconnus et les dormeurs gardaient tout ou une partie de leurs vêtements de jour.


Les cendres de bois


En vue des grandes lessives, les laveuses conservaient la cendre de bois des cendriers et les passaient au tamis fin pour obtenir une cendre gris clair, fine et soyeuse au toucher. Les cendres sous l’action de l’eau chaude libéraient les sels de potasse qui traversaient le linge. Chaque laveuse avait ses secrets. Ici on écrasait dans les cendres des coquilles d’œufs, là on utilisait des orties pour qu’elles donnent ce bel œil bleu qu’on cherche par l’azurage.


Entre l’eau chaude et les cendres de bois, il y avait la dissolution des sels de potasse (une petite opération chimique bien simple) qui traversait le linge. La cendre du chêne était la meilleure


Date des grandes lessives


On choisissait de préférence Pâques et la Nativité de la Ste Vierge. La Fréquence dépendait de la richesse de la famille, les plus pauvres les faisaient trois ou quatre fois.


En Picardie, il était déconseillé de le faire pendant les "brouillards de l’Avant".


Veille de grande lessive


Dès la veille du jour fixé, la ménagère devenait fiévreuse. La servante qui restait les bras ballants ou qui prononçait une parole de trop était vertement rabrouée. Les hommes n’avaient plus guère accès à la cuisine et les enfants ne s’aventuraient plus dans les jambes des ouvrières !... Les bêtes familières, chiens ou chats, perdaient le droit de faire la sieste au bord de l’âtre.


C’était aussi la sortie du cuvier pour le nettoyer, l’abreuver, le placer sur une selle, un trépied de quatre vingt centimètres de haut.


Ce cuvier est une belle pièce de tonnellerie à qui les années ont donné une belle couleur blonde. Il pouvait avoir un mètre trente de haut et un mètre cinquante de diamètre. Il était en "douelles" de chêne de vingt sept d’épais...


Il se plaçait près la chaudière et on enfonçait une cannelle dans la bonde du bas ou un bouchon de paille de seigle. On plaçait sous la cannelle une bassine ou sinon une "coulotte" qui était une gouttière en zinc qui aboutissait dans la chaudière où l’on faisait bouillir l’eau.


La bassine obligeait à des vidanges dans la chaudière quand elle était pleine.


La première journée : le trempage


Le linge était mis dans de l’eau tiède.


La deuxième journée : le décrassage


Savonné au savon de Marseille à la brosse de chiendent, le décrassage se faisait dans une "tinette" montée sur un trépied ou sinon à pleine eau au lavoir avec du savon et le battoir... On enlevait le plus gros et c’est souvent une "artisane" qui était chargée de "décrasser". C’était une maîtresse femme à grosses mains rouges avec une langue preste, une mémoire imperturbable, une documentation parfaite. Elle savait tout et le reste. Elle l’exprimait avec franchise dans un langage direct et robuste. On l’écoutait. Elle apportait dans la famille l’air du dehors et même le grand vent des au-delà du Canton.


La troisième journée : la buée


C’était l’opération dite du "coulage" qui permettrait d’obtenir du linge parfaitement blanc. On l’appelle la "buée" parce que cette journée se fera à la buanderie dans une épaisse vapeur, avec quelquefois la fumée envahissante de l’âtre, si l’eau est chauffée dans la cheminée. Le plus souvent, ce sera dans une chaudière. Il y avait aussi l’odeur fade du linge qui a longuement bouilli...


La lessive à la buée dégradait les murs et les plafonds, sans parler des mains des lavandières qui étaient rendues douloureuses par le fréquent contact avec la lessive chaude. Pendant que certaines femmes s’activaient autour de la chaudronnée d’eau à bouillir, les autres préparaient le cuvier.


Au fond du cuvier on étalait une botte de paille de seigle ou bien un petit fagot de bouleau ou de sarments de vigne. Les sarments de vigne était un bois réputé ne pas se décolorer et il durait de longues années. On maintenait ainsi un écart entre le linge et la goulotte qui servirait à l’évacuation des eaux.


Ensuite on disposait un vieux drap qui devait recouvrir les parois internes du cuvier et même dépasser de quelques centimètres les bords du cuvier. Par dessus, dans un ordre déterminé, on empilait les draps, le linge de corps, le linge de table et les torchons. Entre chaque couche de linge, bien égalisée, on épandait des lamelles de savon et des chapelets de racines odorantes, généralement des racine d’iris desséchées au soleil ou au four. Cette pyramide ainsi montée à 15 cm de bord, on rabattait le drap d’enveloppement et dernière opération, on étendait par dessus une grosse toile de chanvre sur laquelle on étalait de 10 à 15 cm de bonne cendre de bois ; quelquefois on allait chercher dans le jardin une branche de fenouil que l’on plaçait sur la cendre. La lessive était prête et "la couleuse", une spécialiste, allait exercer son savoir dans cette méthode apparemment primitive. II s’agissait de puiser l’eau bouillante dans la chaudière et de la verser dans le cuvier, sur les cendres, en surveillant la température et les quantités, une lessive trop "forte" pouvant ruiner le patrimoine vestimentaire familial. L’eau traversait ensuite le linge et s’écoulait goutte à goutte par la cannelle, dans la petite cuve placée sous le cuvier. Ensuite on versait l’eau de la petite cuve dans la chatière pour la faire réchauffer. C’était un transvasement permanent qui allait durer une demi-journée, parfois une journée. Il n’était pas nécessaire d’utiliser d’anticalcaire, ni d’assouplissant, ni de "protergent". On réalisait ainsi depuis le fond des temps ce que sa Majesté la Science a découvert très tard sous le nom d’"épuisement méthodique".


Il fallait maintenir le feu ardent sous la chaudière, arroser la cendre, récupérer l’eau de lessive, laquelle prenait peu à peu une teinte ambrée. Lorsque l’eau de lessive ressortait presque bouillante, la lessive était faite. Il suffisait de laisser refroidir jusqu’au lendemain matin en recouvrant le cuvier d’une couverture pour maintenir la chaleur.


Un des secrets pour couler une bonne lessive était du début jusqu’à la fin d’augmenter progressivement la chaleur de l’eau de lessive.


Les laveuses ressortaient fourbues, le corsage et jupe plus trempés que le linge qu’elles ébouillantaient, autant ruisselantes de sueur qu’elles l’étaient de vapeur. Cette méthode qui se pratiquait depuis des siècles fut supplantée à partir de 1910 avec l’invention de la lessiveuse.


La quatrième journée : le rinçage


Quand on allait rincer le linge au lavoir, à la fontaine ou à la rivière avec un battoir et cette eau qui coulait, on voyait tout le savon, toutes les impuretés partir. On avait l’impression que non seulement le linge était propre, mais que Soi-même se trouvait comme purifié. 


Au battoir sur la pierre lisse, ou la planche, draps et torchons étaient tordus, tapés à tour de bras, trempé rebattus et trempés encore. C’était pour les lavandières, malgré les mains gelées, engourdies par le froid une agréable journée car rien ne leur interdisait entre deux coups de battoir de cailleter à loisir, de caqueter et de cancaner, bref de juger le monde. Tous sujets de bavardage épuisés, les commères chantaient pour se donner force aux bras et cœur à l’ouvrage.


Pour avoir du linge "plus blanc que blanc" certaines lavandières avant de le sécher trempaient une dernière fois le linge dans un bain d’eau claire où macérait dans un chiffon noué une "boule de bleu".


Le séchage


L’essorage ayant été fait au battoir le petit linge était mis à sécher sur les buissons, les haies et les draps étalés sur le pré ou sur des fils placés au vent. Lorsqu’il s’envolait ou bien claquait clair au vent, il était sec.


La ravaudeuse 


Elle venait après la laveuse et elle savait aussi beaucoup de chose. L’on pouvait ainsi contrôler et rectifier avec elle la véracité des dires de la laveuse. Son travail consistait à raccommoder le linge avant de le repasser. Les guenilles qui ne méritaient plus d’être ravaudées finissaient en chaussettes russes dans les sabots.


La repasseuse


Elle en avait pour une semaine à remettre en plis tout le linge, qui était replacé dans les armoires en intercalant des sachets de racines d’iris.


Voilà pourquoi les lourdes armoires de nos grands-mères fleuraient bon mille senteurs champêtres. Et ce n’était certes pas le bas de laine rebondi d’écus caché entre les piles de draps qui contrariaient cette délicate fragrance. Car l’argent c’est bien connu, n’a pas d’odeur...


Les LAVOIRS



Le Lavoir de St-Félix ( Photo prise le 12/11/06 )


Autrefois il y avait au moins un lavoir par village ou hameau et l’on pouvait estimer l’importance du village par rapport au nombre de lavoirs que possédait ce village. Il y avait les lavoirs situés près d’une source pour être moins sujets aux variations du niveau de l’eau et à la pollution de cette dernière, et les lavoirs aménagés sur la berge d’un cours d’eau. N’oublions pas les lavoirs alimentés par un puits artésien comme celui de Mouchy la Ville.


Un texte de loi daté du 5 février 1851 tendant à développer l’hygiène est à l’origine de la construction de beaucoup de lavoirs.


Les travaux étaient mis alors en adjudication sur rabais à la chandelle, d’où une certaine similitude de conception et de matériaux.


Dans certaines communes, les femmes utilisaient les lavoirs gratuitement, dans d’autres communes, elles devaient payer un droit.


Exemple : 40 centimes pour un lavoir couvert, 25 centimes pour un lavoir non couvert et c’est le garde champêtre qui encaissait les redevances.


Les plus anciens lavoirs étaient construits en bois avec des panneaux. A partir de la moitié du 19ème siècle, les briques ou les pierres de la région sont devenues les matériaux utilisés pour construire des murs autour du lavoir et le recouvrir avec un toit ou une ou deux pentes en petites tuiles plates.


De grandes dalles ou grands madriers de bois étaient légèrement inclinés dans le sens de l’eau pour faciliter le travail. En effet sur ces plages inclinées les femmes frottaient le linge à l’aide de la brosse et du savon.


Agenouillées dans une boîte de bois garnie de paille dite "barrot", cette boîte avait sur le côté un petit compartiment où se plaçaient la brosse à chiendent et le savon.


Quand intervenait le rinçage en eau vive, la lavandière se saisissait du battoir pour évacuer l’eau savonneuse du linge. Une dernière fois le battoir servait à essorer le linge rincé. Ensuite le linge rentrait vers la maison transporté à la brouette dans des baquets en bois ou en zinc.


Quand les adductions d’eau ont apporté l’eau à domicile, les lavoirs ont été déserté, après avoir vécu la plupart ont disparu dans l’indifférence.


Dans notre canton nous en avons encore :


1 à Angy


2 à Bury


2 à Heilles (dont 1, à Mouchy la Ville)


2 à Hondainville (dont un sur une propriété privée) 


1 à Fillerval hameau de Thury 


1 à Rousseloy


1 à St-Félix.


Voici un petit circuit pour les beaux jours, un bon endroit pour y pique niquer.


Charles Péguy écrivait : il y aurait de bons courriers à faire de France et de pays que nous croyons connus : l’étrange n’est pas toujours au pays étranger ! on ferait d’immenses découvertes chez soi, on obtiendrait de singuliers résultats si l’on savait regarder le pays habituel d’un regard inhabitué ; regarder la France comme si on n’en était pas.

 


POÈME : Le lavoir


Connaissez-vous le lavoir et la source, 


Au bord des bois sous les saules, 


Qui sont comme des gueux sans ressource 


Tombés dans les herbes jaunes ? 


Dans l’eau claire qui scintille 


Le soleil, comme un faune, 


Avec toutes ses flammes se joue ; 


Les laveuses, prestes filles, 


De leurs draps mouillés lui giflent la joue ; 


La mousse bleue et le battoir, 


Soleil, ont troublé ton miroir. 


Sournoisement entre les branches 


Tu te penches


Et viens, sur les bras nus, mordiller la


peau blanche, 


Et tout à coup les rires 


Entre les lèvres fines


Battent de l’aile, ainsi que des mésanges 


Lorsque renaît l’avril. 


- " Eh là, Margot, mon ange, 


Quels fruits trop lourds 


Hors de ta chemise ont jailli ? 


Le doux soleil leur fait la cour : 


Ils sont trop beaux pour n’être pas cueillis ! » 


-" Folles, ce sont des oiseaux 


Que j’ai pris dans leur nid tantôt, 


Des tourterelles !"


- M Allons ! gamines, l’eau s’enfuit ; 


Le lavoir crève :


Vite des chiffons et de l’herbe ! 


Le linge court dans les épines : 


Qu’on se dépêche,


Et le repêche ! » ’


-« C’est fait ! Tordons les draps ;


 


 


Sur le rideau là-bas


Étendons mouchoirs et batistes ! »


- « Non ! non ! Qu’on ne s’attarde point ! A genoux pour vos pénitences !


Saisissez l’étoffe à pleins poings ;


Frottez et battez sur la planche


Draps et chemises,


Qui seront doux à la peau blanche ;


Car c’est lessive ! »


Ohé ! Fillettes,


Il faut laver,


Laver le corps et laver l’âme,


Tout ce qui souille, tout ce qui damne ;


la Lavez, lavez et lessivez !


Ce que vous faîtes,


Le soleil le fait lui-même ;


Vous le voyez !


Dès que vous serez parties,


Dans la fontaine


Il reviendra baigner son quotidien souci ;


Car il monte vers lui


Tant de rancœurs et tant de haines


Que par instants il s’obscurcit :


C’est pourquoi, sous les saules,


Entre les roseaux jaunes,


Il y a de l’eau claire et pure qui jaillit.


Lavez, lavez ; faites de la blancheur ;


Toute blancheur cache des flammes :


Lavez le corps et lavez l’âme,


Lavez le cœur,


Lavez, ô femmes !


 


Phileas Lebesgue


Les Chansons de Margot 1926


Vieux souvenirs de deux lavoirs à Bury


1857 : on les habille de neuf


Le 6 décembre 1857, le Conseil Municipal de Bury approuvait "un devis estimatif pour la couverture de deux lavoirs publics au chef-lieu ...


 (devis) établi par le sieur Brebant, architecte à Mouy "


- pour la fontaine au lavoir Saint Fiacre : 583,42 F


- pour le lavoir de l’Orme : 629,09 F


- honoraires de l’architecte : 60,00 F 


 Total : 1 272,51 F


En bonne gestion communale, il fallait dégager les crédits correspondants : on décida d’y affecter - 1000 F déjà votés pour cela au budget supplémentaire de 1857 - le "produit" de nouvelles concessions créées au cimetière (les morts venant ainsi en aide aux vivants !) - et un excédent de recettes de 80 F.


Non sans quelques années de retard et cédant aux objurgations de la sous-préfecture, le Conseil burysien se mettait ainsi en règle avec la loi du 5 février 1851 sur le développement de l’hygiène (nous dirions aujourd’hui : la promotion de la santé publique), avec un double but : le linge lavé plus blanc, et les lavandières mieux protégées des courants d’air et intempéries.


Ces mêmes lavoirs, tels qu’ils furent alors réorganisés au point de vue maçonnerie, charpente et couverture, viennent d’être restaurés en 1987-1989, avec l’aide de l’actuel conseil municipal, par une équipe de bénévoles. 


Des fontaines immémoriales


Le registre des délibérations de 1857 laisse clairement entendre qu’il s’agissait déjà de restaurer deux ensembles "fontaine-lavoir" pré- existants, autrefois en plein air ou sous abri sommaire, mais depuis longtemps aménagés au sol en trois compartiments dallés (encore nettement visibles au lavoir de l’Orme) : l’eau de la source, présumée pure et en tout cas fraîche, était recueillie dans un premier bassin destiné au puisage de l’eau "potable", puis s’écoulait successivement dans les deux parties du lavoir proprement dit, équipées de vannes pour 1es vidanger, une fois savonnage et rinçage terminés. Sur un vieux plan, on retrouve cette disposition typique dès avant la Révolution. A la sortie des lavoirs, l’eau s’évacuait enfin sous la forme d’un "ru" qui serpentait jusqu’à la proche rivière.


La fontaine Saint-fiacre


La fontaine Saint -Fiacre remonte peut-être aux temps de la religion gauloise : les sources y étaient sacrées, et souvent lieux de pèlerinage, voire d’intercession pour des guérisons. Lors de la christianisation de notre pays, le clergé, plutôt que d’en détourner les adeptes, préféra mettre ces sources sous le patronage d’un saint thaumaturge : ainsi, la "fontaine St Clair" d’Angy, censée guérir les maux d’yeux ("Saint Clair, mais c’est bien sûr !") ; ou la "fontaine des Vierges" à Balagny, si réputée qu’elle est mentionnée sur la carte de Cassini vers 1755 ; ou encore, un peu plus loin, la "saine fontaine" de Bulles, vers laquelle affluaient jadis toutes sortes de malades (profitant d’un tel label, cette même eau a été, à notre époque, mise en bouteilles plastiques et commercialisée jusqu’à ces dernières années).


Alors, pourquoi notre "fontaine St Fiacre ?" On peut avancer que ce saint-là était patron des jardinier. (il y avait beaucoup de cultures maraîchères à Bury) et qu’il était présumé guérir, entre autres infirmités, ... les hémorroïdes (pour lesquels, miracle ou non, un bain de siège froid était de toute façon conseillé par les vieux médecins). En outre, la dite fontaine était située dans un cadre religieux, en bas de la "rue des prêtres" ou "de Lettres" (actuellement rue Émile Zola) où se situait le presbytère du curé et qui menait à l’église paroissiale, laquelle était dédiée à St Lucien, à St Pierre et ... à St Fiacre.


La fontaine de l’Orme


La "fontaine de l’Orme", en bas de la "rue Mangny" ou "du prince" (actuelle rue Gambetta), semble avoir été plus profane. Elle se trouve encore au bord d’une petite place publique, au centre de laquelle régnait sans doute le traditionnel orme ou ormeau et où la jeunesse du pays devait avoir coutume de se rencontrer : une expression qui a survécu depuis ce temps-là (les dictons ne font-ils pas aussi partie du patrimoine ?) nous fait encore dire : "Je t’ai attendu sous l’orme" pour "Tu m’as posé un lapin", c’est-à-dire "Tu n’es pas venu au rendez-vous fixé". Hélas, on a planté récemment sur cette placette un "arbre de la liberté" qui est... un tilleul.


1891 : des lavoirs sur rivière


Mais revenons-en aux lavoirs : en 1891, la population de Bury ayant augmenté et donc aussi la quantité de linge à laver, le conseil municipal décide de compléter les lavoirs sur fontaine par des lavoirs sur rivière, notre rivière étant ce bras du Thérain que nos ancêtres appelaient le "fossé l’Évêque", probablement parce que l’initiative en était venue de leur seigneur et maître, l’évêque-comte de Beauvais : certes il avait pris la décision, pour drainer les marécages et pour implanter des "moulins", mais c’est les paysans qui durent le creuser et l’histoire, injuste, ne nous a pas gardé leurs noms.


Donc, à la fin du 19ème siècle, quatre lavoirs communaux (et quelques lavoirs privés) se créèrent sur la rive, construits en dur avec murs et toit, au bout des sentiers aboutissant au Fossé l’Évêque. Étant donné que le niveau de celui-ci était variable et que les nouveaux édifices ou édicules ne flottaient pas comme des bateaux-lavoirs, certains furent dotés d’un plancher en bois qu’un ingénieux mécanisme permettait de monter ou descendre pour le mettre au ras de l’eau. Il n’en subsiste que des vestiges.


Lessive à la maison et eau courante


Faut-il préciser, pour conclure, que toute la gente féminine ne se retrouvait pas aux lavoirs publics, si commodes qu’ils aient été et si propices à l’échange des nouvelles ou confidences. Le lavage du linge se faisait aussi à la maison (ne dit-on pas qu’il vaut mieux "laver son linge sale en famille"), surtout si l’on possédait un puits à soi et 4 à plus forte raison si l’on disposait d’eau courante à domicile : en effet, au-dessus du village, à flanc de colline, au lieu-dit "les Fonts", une source à fort débit avait été reliée par des canalisations souterraines à certaines maisons, et de nos jours encore ce réseau permet à plus d’un burysien d’arroser son jardin gratis.


Puis, dans les années 1950, l’eau courante au sens moderne fut installée partout. Alors, les fontaines, les puits, les pompes et les lavoirs se sont endormis, attendant sans rancœur le jour où - qui sait - nous aurons à nouveau besoin d’eux. Quoi qu’il en soit, au lieu de les laisser tomber en ruines, ne vaut-il pas mieux les sauvegarder ?


Patrons et patronnes

des blanchisseuses :   St Blanchard, 10 mars.
des lingères :  Ste Véronique, 4 Mars.
des lavandières :  Ste Marthe, 29 Juillet et Ste Claire ou Clarisse, le 12 Août.


++++


Les Blanchisseries


Au 19ème siècle le Conseil d’hygiène et de salubrité publique favorise dans les villes la création de blanchisseries au profit des classes "laborieuses", il disait que la propreté est non seulement une condition de santé, mais qu’elle assainit tout en profitant à la dignité humaine. De plus elle embellit le plus pauvre logis. Il y avait aussi l’hygiène en matière de linge à assurer dans les grands établissements publics, tels que les hôpitaux, les collèges, les casernes.


Les opérations : elles étaient au nombre de 11.


1) Livraison du linge propre et ramassage du linge sale :


le soir le blanchisseur fait la tournée pour remettre le linge propre et recueillir les ballots de linge à nettoyer avec son cheval et sa voiture, il est de retour vers 21 heures. 


2) Le triage :


le matin à 4 h 30, les ouvriers font le contrôle des listes et ils marquent le nom du client. Le linge es trié par catégorie d’après sa finesse, son état de propreté, de couleur.


3) Le trempage :


consiste à plonger le linge dans des cuviers en bois remplis d’eau froide.


4) L’essangeage :


Dans de l’eau à 20° à qui l’on ajoutait de la soude et de la potasse, le linge trempait 4 à 5 heures afin que les fibres du linge s’ouvrent et soit prêtes à bien recevoir l’action de la lessive. Ensuite placé sur des tréteaux de bois le linge s’égouttait sommairement.


5) Le coulage :


on place au fond du cuvier le carbonate de soude, on y verse de l’eau jusqu’à ce que la chaudière soit remplie. On place le linge sans le tasser. On allume le fourneau qui chauffe l’eau jusqu’à ébullition. La pression de la vapeur fait monter la lessive dans le tuyau qui la projette par le champignon qui le répartit sur toute la surface du linge.


6) Le savonnage :


le linge qui est retiré du cuvier est distribué aux lavandières qui sont agenouillées dans des boîtes de bois garnie de paille pour les protéger de la projection d’eau. Elles sont disposées autour du lavoir rempli d’eau. Elles savonnent les taches apparentes. Elles frottent le linge avec les mains, ensuite la brosse de chiendent pour faire partir les plus rebelles. Quant au battoir, il évacue l’air. Le lavoir est vidé et de nouveau rempli d’eau pour rinçage.


7) Le rinçage :


dans l’eau propre du lavoir, on a mis des boules de bleu pour lui donner un éclat plus blanc. Pour le linge à empeser on fait dissoudre dans l’eau de l’amidon. Certaines blanchisseuses emploient de la farine qui est plus économique.


8) L’essorage :


il se pratique à la machine avec une essoreuse, un appareil aux parois percées d’une infinité de petits trous pour évacuer l’eau soumise aux effets de la force centrifuge. Cet appareil est entraîné à la main par une manivelle. Pour les draps ou les nappes qui représentent de grandes surfaces, on utilise de préférence une essoreuse à rouleaux. En traversant entre deux cylindres de bois, l’eau du linge est évacuée par pressage.


9) Le séchage :


le linge conduit à l’étendoir va sécher sur des cordes de chanvres reliées à des perches à l’extérieur. S’il pleut ou s’il gèle il est étendu dans des paniers aménagés avec des ouvertures garnies de jalousies ou de lattes de bois pour assurer la ventilation.


10) Le calendage ou repassage :


avant le repassage le linge est humecté avec un goupillon, ensuite il est posé sur une grande table garnie de couverture moelleuse, recouverte d’une grande toile blanche. Les fers à repasser sont passés à la toile émeri puis on les chauffe pour passer de la bougie ou de la cire solide, on les essuie avec de vieux chiffons et ce, pour les faire glisser et les empêcher de coller sur le linge amidonné. La repasseuse prend son fer et le porte à proximité de sa joue pour se rendre compte de sa température. Il ne doit pas être brûlant pour ne pas roussir le linge.


Pour le linge amidonné ou glacé il y a des :


- fers à repasser spéciaux .


- fers à glacer pour les chemises amidonnées 


- fers polissoirs pour les coins de linge inaccessibles.


- fers à tuyauter pour les volants


- fers à coq pour les fronces


- fers à repasser les fonds de bonnets, etc.


11) Pliage du linge :


le linge est plié, mis en paquet dans un grand linge blanc a attaché avec de grosses épingles ou noué a aux quatre coins avec le n° du client. Le paquet est placé dans une "manette", grande corbeille en osier pour la livraison.


Nature des taches et procédé pour les retirer (voir document ci-dessous).


NATURE DES TACHES SUR LE LINGE ET PROCÉDÉ POUR LES RETIRER 


Les taches albumineuses ou gommeuses se traitent à l’eau chaude.


Taches de matières grasses se traitent au savon ou lessive alcaline, potasse, soude ou ammoniaque, le savon de Marseille marbré est renommé pour sa vertu détersive.


Taches d’encre se traitent au sel d’oseille, qui est un oxalate d’acide de potasse, lequel décompose le gallate de fer insoluble que constitue l’encre et le change en oxalate de peroxyde de fer, soluble à l’eau.


Taches de rouille se traitent à l’acide sulfurique. Il se forme un sulfate de fer soluble à l’eau.


Taches de peinture se traitent à l’essence térébenthine.


Taches de fruits se traitent à l’eau de javel.


Taches d’azote d’argent, et taches de sel se traitent avec du vannure de potassium (poison très violent) ou par une dissolution d’iodure de potassium à laquelle on ajoute un peu d’iode. La tache est ensuite lavée à l’hyposulfite de soude concentré, et rincée à l’eau.


A Neuilly Sous Clermont


Il y avait deux lavoirs, chacun situé à l’extrémité du village et alimentés en eau de source par le ru de Coutances et le ru de Chelles qui prend sa source près de la mare.


Nos anciens ont connu les lavandières avec leur brouette chargée de la lessiveuse, du battoir, de la niche de bois garnie de paille, la brosse de chiendent et le savon.


C’était le lundi qu’il y avait affluence aux lavoirs et là les conversations allaient bon train et personne n’était épargné.


Aujourd’hui le lavoir de la rue de l’Église est recouvert de terre mais intacte, celui près de la mare a été cassé.


Restauration d’un lavoir à Cambronne


Le 10 Mai 1875 le Conseil Municipal délibère pour acheter l’emplacement d’un ancien lavoir public afin d’y établir un nouveau lavoir au lieu-dit la Rue de Vaux à Cambronne.


Ce lavoir avait une longueur de 5,20 m et 3,10 m de large, 2 murs de 1 m de haut sur les longueurs, une charpente et une toiture de 6 m 30 de long, pour une hauteur de 3 m 60.


L’eau de l’ancienne fontaine de Vaux alimentait le lavoir par une conduite de tuyaux gris, sur une longueur de 200 m, ensuite les eaux du déversoir guidées par un conduit allaient se jeter dans le trou Jules Pronier distant d’environ 137 m.


Aujourd’hui il ne reste plus que le bassin qui est toujours en eau.

 


Les lavandières


Trois lavandières


Battent l’eau claire
A la fontaine du Haut-pré ;


L’une dit : (Elle avait pleuré)


« Voici nia chemise de noces ! » C’était un chiffon déchiré


Gare à qui moque


Bonheur en loques !


Trois filles rousses
Battent la mousse
Au lavoir du Clos-sans-abri ;
L’une dit : (Elle avait souri)
« Voici ma fleur de vertu folle ! »
C’était un vieux ruban flétri
Gare aux paroles
Qui trop tôt volent !


Trois filles blondes
Dans l’eau profonde
Plongent leurs bras veloutés ;
L’une dit : (Elle avait chanté)
« Voici la robe de baptême
De celui qu’Amour m’a bouté ! »
Chante de même
Qui ton cœur aime !


Phileas Lebesgue 


Les Métiers 1913


 

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