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Patrimoine Culturel et Historique du Canton de Mouy
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Les Cimetières du Canton
Article mis en ligne le 29 juin 2014

par Mauricette
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Les Cimetières du Canton de Mouy


Les rites funéraires de notre région


On a souvent distingué l’homme primitif de l’animal par son comportement face à la mort. Les rites mortuaires ont laissé des monuments comme les dolmens et les allées couvertes, preuves que les peuples du néolithique avaient déjà une attitude commune face à la Mort qui n’a finalement été admise qu’à travers une séparation d’avec les vivants pour une autre vie, un grand voyage, un grand changement, etc., en tout cas pour une continuation dans un au-delà plus ou moins mystérieux.


Cette préoccupation de l’outre-tombe s’est beaucoup atténuée dans notre société moderne absorbée par le progrès technique et la recherche du mieux vivre. L’objectif de cette brochure n’est pas de philosopher sur la Mort de nos jours mais de revenir sur un ensemble de coutumes, croyances et attitudes face à la mort chez nos aïeux vivant et mourant dans le canton il y a 80 ou 100 ans. La population est alors en grande majorité d’origine rurale, proche de la nature et des animaux qui sont la force motrice essentielle du moment. La religion, depuis des siècles, éclaire d’un jour particulier ces moments difficiles à vivre pour ceux qui restent. Grâce à ses rites, cérémonies funéraires et prières, l’église aide les familles à accepter la Mort. D’ailleurs elle ne perd pas une occasion de rappeler à chacun que viendra son heure dernière. (Maintenant et à l’heure de notre Mort). Cette emprise de la religion a fortement marqué la population qui pendant des décennies et bien qu’il y ait de moins en moins de fidèles dans les églises, va choisir dans sa plus grande majorité, comme dernière étape, l’église du village ou de la ville plutôt que les obsèques civiles.


La Mort au XVIIème siècle


La tradition mortuaire s’est installée au fil des années, mais l’essentiel des rites funéraires était déjà en place au XVllè siècle.


Le pauvre défunt ayant reçu la bénédiction de Notre Mère la Sainte Église, est lavé et mis tout nu dans un morceau d’étoffe qui put être jadis de lin, d’où vient le mot linceul. (Linceul se dit en picard lincheu et signifie tout bonnement toile de lin). On transporte ensuite le cadavre dans une sorte de boîte en bois qui ne. sert qu’à le porter en terre. La boîte est ensuite récupérée pour la fois suivante. Le drap, en général, accompagne le corps. Le fossoyeur, ou au début un parent, recouvre le tout de quelques pelletées de terre, après une probable bénédiction. L’usage du cercueil individuel, bien clos, est réservé aux riches, (d’abord en ville). Canoniquement et légalement, la cérémonie a besoin de deux témoins.


Il semble aussi qu’on ait jadis (avant le XVIIe siècle) enterré un peu partout, le long des chemins, sur son domaine, près d’un grand arbre, etc. mais dès le milieu du siècle, et sans doute partout dans le pays (le cas des protestants étant mis à part), on utilise soit l’église, soit le cimetière paroissial, soit les deux. Cet enclos paroissial qui contient à la fois l’église, le cimetière, parfois l’ossuaire est le cœur de cette communauté d’âmes qu’est fondamentalement la paroisse, qui unit à la fois les vivants et les morts. Pour les uns comme pour les autres la place la plus recherchée est toujours la plus proche de l’autel. Là, sont soigneusement inhumés dans de vrais cercueils avec de vraies pierres tombales, tous les dignitaires ecclésiastiques et laïcs, avec une place de choix pour le seigneur. Par degrés successifs s’éloignant de l’autel se succèdent notables et riches.


L’un des Cassini, seigneur de Thury sous Clermont, est enterré à quelques mètres de son église paroissiale.


Tout le monde ne pouvant tenir dans un espace réduit, on rouvre de temps en temps les tombeaux pour y placer de nouveaux corps qui s’entassent et d’épouvantables odeurs s’en dégagent parfois, incommodant alors les fidèles durant les offices, en ville surtout. La plus grande partie des autres habitants sont « ensépulturés » au cimetière, sans cercueil. Les corps sont légèrement recouverts. Les pierres tombales sont fort rares et la clôture du lieu bien fragile, si vraiment elle existe. Sur ce point les textes abondent et ils nous surprennent. Gens et charrettes traversent le cimetière ; les bêtes y paissent, l’herbe se trouvant abondante (et gratuite !). Les enfants y jouent, les amoureux s’y rencontrent. Des échoppes s’y installent aux jours de fête. Les porcs et les chiens y grattent et fouissent...


Sur l’insistance des autorités civiles et ecclésiastiques, quelques progrès furent sans doute accomplis, et la clôture sûrement mieux respectée. Il fallut pourtant attendre 1776 pour qu’un grand texte royal ordonne de transporter les cimetières loin des lieux d’habitation et plus de cinquante années encore pour en constater un début d’application.


A Heilles, on peut encore voir dans l’église une porte murée dite « porte du cimetière » qui date du temps où ce dernier entourait l’église. A Mouy, il est possible que la quatrième fenêtre de droite remplace une porte qui donnait sur le cimetière primitif, (hypothèse de Warmé dans « Histoire de Mouy »).


 


Le cimetière de Rousseloy, au contraire des cimetières des communes voisines, s’est resserré près de l’église jusqu’à en occuper la partie démolie. L’entrée du cimetière actuel correspond à l’ancienne entrée de l’église.


La chapelle d’Auvillers a conservé le cimetière proche de ses murs.


Il faut ajouter que fréquemment un coin de cimetière est réservé aux enfants morts sans baptême ou ondoiement, donc de vrais mort-nés, sans doute prématurés. En cette terre « non sainte » peuvent aussi être enterrés quelques suicidés, ainsi que les vagabonds ou étrangers inconnus et qui ne portaient sur eux aucun signe de christianisme. Les protestants eurent souvent un cimetière à part dans lequel un édit royal ordonna qu’on les y menât de nuit. Loin des maisons, depuis le XIVème siècle au moins, on inhumait les « pestés », en tas dans des fosses communes, après avoir parfois recouvert les cadavres de chaux vive, ce qui montre qu’on avait bien compris les dangers de la contagion. Au XIXe siècle, les pratiques religieuses sont moins rigoureuses et des différences apparaissent entre sexes, entre classes et déjà entre générations, même si les formes extérieures et les usages locaux n’ont guère changé. Au cours du siècle apparaissent les causes d’un nouveau bouleversement : l’école transforme les esprits et entrouvre aux paysans des issues. Les routes, les chemins de fer les mettent en communication facile avec le voisinage. Le service militaire les transplante. La population se renouvelle. De grandes brèches sont ouvertes. L’industrie offre à un grand nombre, une nouvelle société toute profane. L’immigration déracine la coutume de l’observance. L’exemple assimile le villageois aux usages de la ville qu’il habite. La baisse de la pratique et de la croyance ne s’est pas accomplie d’un coup, ni partout au même rythme : elle a dans chaque village accompagné le déclin d’une civilisation rurale dont nous pouvons prévoir le terme.


L’agonie


Lorsque le malade entre en agonie, on allume dans la chambre la chandelle bénite. (Il s’agissait du cierge de famille, gros souvent d’une vingtaine de centimètres de circonférence et patiné par le temps, béni le 2 février, jour de la Chandeleur. Il se transmet de génération en génération, aussi en rajoute-t-on un morceau de temps en temps, ce qui nécessite une nouvelle bénédiction. On place la chandelle au chevet du lit, parfois dans une enveloppe d’osier. Lorsque la Mort semble proche, on envoie chercher Monsieur le Curé pour qu’il vienne chez le malade « lui cirer les bottes » comme on disait en Picardie, c’est-à-dire lui administrer les derniers sacrements. Les humbles surtout retardent le plus possible ce moment pour ne pas effrayer le mourant, car Monsieur le Curé se déplace précédé d’un enfant de chœur qui fait tinter une sonnette. Dans le village tout le monde sait qu’il va survenir un décès. Être extrémisé, c’est avoir reçu signification de quitter cette terre ! La venue du prêtre est mauvais signe et un moment dramatique pour le mourant qui tenait malgré tout à être en règle avec la religion.


Parents et voisins se réunissent auprès du mourant pour dire les prières des agonisants après avoir placé une seille"’ d’eau près du lit, afin que le moment venu, l’âme du défunt puisse se laver avant de comparaître devant Dieu.


La Mort


La Mort a frappé... On se hâte de jeter l’eau de la seille dans laquelle l’âme du mort s’est purifiée. L’eau est polluée et il faut aller la jeter loin de la maison, dans un verger ou une pâture. Les activités journalières cessent et ne reprendront qu’après l’inhumation. On ferme les volets de la maison. On arrête le balancier de la haute horloge qui n’a plus à marquer d’heures pour le défunt. On recouvre les miroirs d’un voile blanc pour que l’âme qui rôde encore dans la maison avant d’aller au ciel ne puisse se voir. La porte est barrée d’un drap ou d’une serviette, blanche pour les célibataires, noire pour les gens mariés. On couche près de la porte de la rue deux liens de paille en croix sur lesquels on pose une pierre ou bien on accroche à côté de la porte une croix de chaume de 50 centimètres environ.


L’héritier le plus direct va accrocher un morceau de drap noir aux ruches, sinon les abeilles quitteraient les ruches pour ne plus revenir. On entoure la cage des oiseaux par un ruban noir pour éviter qu’ils perdent leur chant.


Sonneries de cloches


Il faut avertir les vivants. Les proches du défunt, couverts de longs manteaux, vont annoncer la triste nouvelle. Plus tard, au début du XXe siècle, une personne passera de maison en maison pour prévenir du décès et donner l’heure des obsèques, cette coutume sera remplacée par une distribution de « papillons ». Dans les bourgs officiait un « clocheteur de trépassés » qui parcourait les rues en agitant sa clochette et annonçait la Mort.


Les cloches de l’église sonnent. Avant la première volée, on compte les appels : trois coups si le défunt est de sexe masculin, quatre s’il est du sexe féminin. La sonnerie des cloches est faite du jour du décès à celui de l’enterrement. C’est à partir de cette annonce que commencent les visites à la maison mortuaire. Celles-ci se font le soir après le travail, mais on n’entre pas dans la maison pendant une sonnerie de cloches. A remarquer : les sonneurs sont souvent les fossoyeurs. Selon les régions le nombre de coups sonnés a d’autres significations : (5 coups annoncent la mort d’un enfant, 7 pour une femme,9 pour un homme, 12 pour un évêque, 33 pour un pape).


La mise en bière


Le menuisier du village fabrique un cercueil aux mesures du mort.


Lorsque le corps est mis en bière, la famille embrasse une dernière fois le défunt, ce qui est une rude épreuve pour les enfants. Le jour de l’inhumation, une chapelle funèbre est installée dans une des pièces de la maison ; le cercueil placé sur des tréteaux est recouvert d’une tenture noire.


Avec le cercueil qu’on lui a commandé, le menuisier fabrique d’office quelques croix nues et simples de 0,50 m environ de hauteur. Les proches parents du défunt déposent ces croix au pied du calvaire et à un endroit sur le chemin qui conduit au cimetière, où on peut s’arrêter si le chemin est un peu long.


Le décès


Le décès est annoncé à la mairie et le jour et l’heure des obsèques fixés avec le curé. Il ne faut pas enterrer les morts le vendredi, sinon un autre parent meurt dans l’année.


La veillée


Une voisine ou une femme dévouée du village, est appelée pour procéder à la toilette du mort. Le défunt est habillé de façon soignée avec souvent son costume de marié, puis allongé sur le lit dont les draps ont été changés. On lui joint les mains sur la poitrine. La chandelle bénite continuera de brûler jusqu’à la mise en bière. Sur un meuble ont été placés un récipient contenant de l’eau bénite et un rameau de buis béni qui serviront à la bénédiction du corps lors des visites des amis et de la parenté. Les amis de la famille et les voisins les plus proches vont veiller le mort toute la nuit. De nombreux visiteurs affluent pendant la soirée. Ainsi se témoignaient le respect ressenti pour le défunt et la solidarité manifestée à la famille. La veillée était assurée par des équipes de deux, se relayant vers minuit. Les personnes désignées pour porter le corps, « les porteurs », étaient souvent chargés de cette tâche. Il semble que dans certains cas on ait pu faire appel à des veilleurs rétribués.


Dans la chambre mortuaire, on égrène des prières mais la nuit avançant, il n’est pas rare que l’un ou l’autre s’assoupisse. Entre veilleurs on échangeait quelques mots et parfois même on se laissait aller au bavardage.


Tard dans la soirée, il était d’usage d’offrir une collation aux veilleurs. Au fil des temps, la pratique s’est assouplie et l’on ne veille plus toute la nuit. Les proches, venus participer à la veillée, se rendent quelques instants auprès du mort, y disent une prière puis se retrouvent dans la cuisine pour boire un café, souvent « arrosé » pour les hommes, les langues vont alors bon train. Si la mort n’épargne personne, les riches comme les pauvres, les faibles comme les puissants, le curé adapte la cérémonie aux possibilités financières des familles. Il proposait un choix de trois classes d’obsèques. La première, la plus coûteuse, amenait le cercueil dans le chœur de l’église où était dressé un catafalque orgueilleux. On ne lésinait pas sur les cierges et l’encens. Les cloches sonnaient le glas toutes les deux heures ! Pareil enterrement devait mener le défunt directement au paradis !


La seconde classe laissait le cercueil recouvert d’un simple drap mortuaire, au milieu de la travée, à l’entrée du chœur. C’est par là qu’on accédait au purgatoire ! La troisième classe n’autorisait pas un long séjour dans l’église. Le cercueil restait à l’entrée sous les cloches. On expédiait l’office en deux coups de goupillon et tant pis pour le malheureux s’il se retrouvait en enfer !


L’enterrement


Les parents et amis rassemblés dans la maison du défunt suivent en cortège le corbillard jusqu’à l’église, le convoi est mené par le prêtre venu bénir le corps avant son départ pour l’église. Les femmes de la famille directe portent de grands voiles en crêpe noir qui leur cachent totalement le visage et le haut du buste. Les hommes portent un brassard noir d’environ 8 cm au bras gauche. (Les jours suivants, ils auront un ruban noir cousu sur le revers de la veste.) Auparavant, dans la chambre mortuaire, les visiteurs tracent dans l’air avec le buis, béni le jour des Rameaux, un signe de croix d’où volent quelques gouttes d’eau.


Le transport du corps


A la campagne, le corps était amené à l’église dans une voiture de la ferme, le cheval bien étrillé, sabots et équipements noircis, voiture bien propre avec de la paille sous le cercueil recouvert d’un drap. Le bulletin de la société archéologique de Clermont, de 1905, relate une coutume unique selon lui dans le département de l’Oise : aux enterrements du hameau de St-Claude, le clergé allait chercher le mort qu’on transportait à l’église en voiture à cheval, le cercueil posé sur la paille. A un certain endroit du trajet, une personne se détachait du cortège pour aller retirer un peu de cette paille, qu’elle disposait en forme de croix sur le bord du chemin. Pour empêcher les intempéries d’enlever ou de dispenser cette poignée de paille. « La fouare des morts », on la recouvrait d’une pierre. Cet usage a disparu du jour ou fut créé le cimetière de St-Claude en 1893.


Dans certains villages, ce sont les voisins qui portent le défunt. Les hommes portent les hommes, les femmes portent les femmes, les filles portent les garçons et inversement. Si le cercueil est porté sur des bâtons par quatre ou six personnes, le menuisier cloue des tasseaux sous le cercueil afin qu’il ne glisse pas durant le transport.


A partir du moment où les cimetières sont transférés hors de l’agglomération et souvent éloignés de l’église, apparaît l’usage du corbillard tiré par un ou deux chevaux.


Exceptionnellement, le 4 mai 1900, aux obsèques du Dr Cantrel, le journaliste du JOURNAL DE MOUY écrit ... viennent ensuite deux civières chargées de fleurs naturelles portées à bras d’homme, le clergé suivi du cercueil porté également à bras d’homme et escorté par la compagnie des sapeurs pompiers... Quelques communes s’équipent pour assurer ce service mais la plupart laissent leurs administrés faire appel à des entreprises spécialisées. La commune d Ansacq possède toujours un brancard monté sur roues de bicyclette permettant de se passer le cas échéant d’une entreprise de pompes funèbres. La commune de Thury se trouve dans le même cas. St Epin utilisait le corbillard de l’usine du Bon Pasteur.


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Service des pompes funèbres


A partir de 1883, avec l’obligation dans les villes de transporter les morts dans un corbillard, apparaissent les services de pompes funèbres. La société jouvin signe alors des conventions avec beaucoup de communes. Le tarif est dégressif selon la classe choisie.


Première classe (cent francs). Le corbillard est orné de franges en argent, attelé de deux chevaux entièrement recouverts de caparaçons, bordé d’un galon en argent.


Un cocher et quatre porteurs en gants blancs assurent la manutention. Le siège du cocher est revêtu d’un galon en argent ; les têtes des chevaux sont surmontées de plumets ; le corbillard est orné de plumets aux quatre coins et garni d’un double rang de tentures avec galons, franges et glands d’argent. L’enterrement de deuxième classe coûte quatre-vingt francs mais il n’y a, ni plumets, ni glands et la tête des chevaux n’est plus caparaçonnée. En troisième classe, (soixante francs), le fil d’argent est remplacé par des franges en coton.


En quatrième classe, (quarante francs) plus de gants blancs, il n’y a plus que deux porteurs plus de franges et plus de garniture au siège du cocher. En cinquième classe, (vingt francs) une simple garniture noire au corbillard. En sixième classe, (dix francs) aucune garniture.


Quelle que soit la classe, les chevaux attelés au corbillard sont de poil noir ou bai brun et chaque corbillard a des cordons en rapport avec sa classe. Les transports des corps des enfants de moins de sept ans, se font à l’aide de catafalques à bras (six classes également de 30 à 5 francs).


Comme charge de la concession l’entrepreneur devra transporter, en sixième classe et gratuitement, les corps des indigents morts dans la commune. Le concessionnaire assurera l’ouverture de ses bureaux tous les jours, de huit heures du matin à six heures du soir. La durée de la concession est fixée à 15 ans.


La messe


Dans la nef, les femmes se placent à gauche et les hommes à droite, mais tout au long des XIX et XXe siècles, nombreux seront les hommes qui attendront le défunt au café le plus proche pour ne réapparaître dans le meilleur des cas qu’au moment de l’offrande et de la bénédiction.


Pour les enterrements des 1ère et 2ème classes, des tentures noires étaient accrochées sur les murs de la nef. Jusque vers les années 60 au XXe siècle, on habillait encore de tentures la porte du domicile du défunt où on apposait l’initiale de son nom. On plaçait également une initiale de chaque côté du corbillard.


Le cortège vers le cimetière


Une croix portée par un enfant de chœur ou un fidèle, précède le prêtre et ses servants. Devant le corbillard marchent une ou deux personnes amies de la famille chargées de mener le deuil. Derrière le cercueil, le plus âgé ou le plus proche parent du défunt, conduit le deuil... Il marche seul derrière le corps, portant allumé le cierge de la famille, au retour, ce dernier sera rangé en attendant un autre décès.


Au passage d’un cortège il était d’usage que les meuniers arrêtent leurs moulins et les mettent en deuil, les ailes en croix.


Avec les corbillards apparaîtront « les cordons du poêle » qui seront tenus par ceux qui auraient été porteurs avant cet usage.


LE JOURNAL DE MOUY du 26 octobre 1913 relate l’enterrement civil du Dr Théodore Beaudon... Le char funèbre précédé de délégations des sociétés et des écoles de la ville disparaissait sous de nombreuses couronnes et gerbes. Les cordons du poêle étaient tenus par MM St-Denis, Depaule, Bouffandeau, Brunet, Chopinet...




Au cimetière


Le fossoyeur a creusé une fosse ou, de plus en plus souvent à la fin du XIXe, un caveau qui pourra accueillir plusieurs membres d’une même famille. Après une dernière prière du prêtre, les assistants, (ceux qui ont eu le courage d’aller jusque-là, car de plus en plus les amis et les voisins quittent le convoi après l’office) esquissent sur la bière qui va être descendue un signe de croix avec le goupillon. La famille, alignée près du cercueil, reçoit les condoléances des personnes qui ont accompagné leur défunt, et les remercie par une poignée de main ou un baiser.


L’habitude d’accompagner le cercueil a pratiquement disparu avec l’apparition du fourgon mortuaire, les remerciements se font maintenant à l’église, sauf pour des obsèques civiles où les registres sont toujours signés au cimetière. L’officiant accueille et reconduit le défunt à la porte de l’église sans sortir de l’édifice.


Le repas des funérailles


Le traditionnel repas offert aux parents et amis qui ont assisté à l’enterrement, est comme il se doit très simple. Il est composé de la soupe au bœuf servie avec des légumes. Réservées au début, les conversations deviennent souvent bruyantes. On invite le curé dont la simple présence modère le ton de l’assemblée. A la fin, on récite, debout, un de profondis, puis chacun rentre chez soi. La vie reprend son cours. Au fil des années, le repas est devenu une réunion de famille rassemblant à l’occasion du décès, des parents éloignés.


Deuil et culte du souvenir


Les proches parents du défunt portaient traditionnellement le deuil pendant une durée qui variait d’une paroisse à l’autre. De quatre ans, à un an et un jour, avec une période de demi-deuil. Souvent la famille proche assistait à la messe du dimanche suivant, pour « relever le deuil » car le prêtre invitait les fidèles à prier pour celui qui était mort dans la semaine. Le jour anniversaire du décès était parfois marqué, la première année, par une messe dite pour le repos du défunt. De nos jours, on peut distinguer trois catégories d’endeuillés : 


- Celui qui réussit à dérober entièrement sa peine et s’oblige à faire comme si rien ne s’était passé.


- Celui qui cache sa peine aux autres et garde son deuil pour lui-même, c’est sans doute l’attitude la mieux approuvée par le sens commun, qui devine qu’il faut tolérer quelque refoulement pour qu’il reste secret.


- Celui qui laisse librement apparaître sa peine, dans ce dernier cas, l’endeuillé obstiné est impitoyablement exclu.


Au cimetière la tombe est marquée par une croix portant le nom et les dates de mort et de naissance. On la couvre parfois de plantations et, de plus en plus, après la première guerre, d’une pierre monolithique où sont gravées les inscriptions. Entre les deux guerres viennent s’ajouter aux fleurs de faïence, des couronnes mortuaires fabriquées avec des perles enfilées sur des fils métalliques, ces objets sont maintenant en plastique. Des plaques en marbre vont également encombrer les pierres tombales. Le petit pot d’eau bénite a totalement disparu des cimetières. Une journée est réservée aux défunts chaque année, au lendemain de la Toussaint, le jour des morts chaque 2 novembre.


A l’origine cette fête, lancée par l’abbaye de Cluny, en l’an mil, était destinée aux morts du purgatoire qui attendaient le moment d’entrer au Paradis.


Proverbe :


Le jour des morts, ne remue pas la terre, Si tu ne veux pas sortir les ossements de ton père.


Le jour des défunts est chômé car, de colère, les morts se retourneraient dans leur tombe, si les vivants s’agitaient en travaillant.


L’incinération


Choisir l’incinération signifie qu’on refuse le culte des tombeaux et des cimetières tel qu’il s’était développé depuis le début du XIXe siècle. On a le sentiment que le mort est plus complètement et définitivement disparu que dans le cas de l’enterrement.


Au contraire, le cimetière reste le lieu du souvenir et de la visite. Le survivant va sur la tombe pour la fleurir et se souvenir. Les parents de l’incinéré substituent souvent au culte de la tombe, un culte du souvenir à la maison. Fleurs devant une photographie, chambre du défunt laissée dans l’état exact où elle était de son vivant...


La mort à l’aube du XXIe siècle


Au vingtième siècle, l’attitude devant la mort va se modifier profondément. Il sera admis que le devoir de l’entourage est de maintenir le mourant dans l’ignorance de son état.


Cette dissimulation a pour effet pratique d’écarter ou de retarder tous les signes qui alertaient le malade, et en particulier la mise en scène de l’acte public qu’était la Mort autrefois, à commencer par la présence du prêtre. Même dans les familles les plus religieuses et pratiquantes, on a pris l’habitude au début du XXe siècle de n’appeler le prêtre que si son apparition au chevet du malade ne pouvait l’impressionner, soit que celui-ci ait perdu conscience, soit qu’il fut carrément mort. L’extrême onction n’était plus le sacrement des mourants mais celui des morts ! Cette situation existait déjà en France dans les années 1920-1930. Elle a été renforcée dans les années 50.


L’Église, d’après Vatican II, a substitué au nom traditionnel de l’extrême onction celui de « sacrement des malades ». Les progrès de la chirurgie, des traitements médicaux longs et exigeants, les recours aux appareils lourds ont conduit plus souvent le grand malade à séjourner à l’hôpital.


La chambre du mourant est passée de la maison à l’hôpital. Dû à des causes techniques médicales, ce transfert a été accepté par les familles, étendu et facilité par leur complicité. Dès qu’une maladie paraît grave, le médecin a tendance à expédier son patient à l’hôpital. Le progrès de la chirurgie a entraîné celui des procédés de réanimation, d’atténuation ou de suppression de la souffrance et de la sensibilité. La mort à l’hôpital est une conséquence du progrès des techniques médicales. Ce n’est donc plus un lieu où l’on guérit et où l’on meurt à cause d’un échec thérapeutique, c’est devenu le lieu normal de la Mort.


Les cimetières du canton


Le décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804) devait assurer, à quelques modifications près, jusqu’à nos jours, la réglementation des cimetières et des funérailles. L’enterrement est interdit dans les églises et dans les villes à moins de 40 m des limites urbaines, les corps ne seront jamais superposés, aucune fosse ne sera ouverte avant un délai de cinq ans, les endroits sont vendus sous forme de concessions de durées différentes.


C’est à partir de cette date que naît la mode de marquer la tombe par une pierre sépulcrale ou la construction d’une tombe-chapelle.


Ces chapelles veulent être des églises en raccourci avec un autel rappelant les chapelles latérales des églises paroissiales.


L’espace qui longe les murs du cimetière est destiné à ces monuments individuels.


Extraits du règlement du cimetière de Mouy de 1845, repris par la plupart des communes du canton.


(...) chaque inhumation doit avoir lieu dans une fosse séparée. (...) pour éviter le danger qu’entraînerait le renouvellement trop rapproché des fosses, l’ouverture de fosses pour de nouvelles sépultures ne doit avoir lieu que de cinq années en cinq années. En conséquence les terrains destinés à former les lieux de sépulture doivent être cinq fois plus étendus que l’espace nécessaire pour y déposer le nombre présumé de morts, qui peuvent être enterrés chaque année. (...) Aucune concession ne peut avoir lieu qu’au moyen du versement d’un capital pour 2/3 au profit de la commune et 1/3 au profit des pauvres ou des établissements de charité.


L’obligation d’éloigner les cimetières des agglomérations, même si elle n’est pas appliquée dans tous les villages, fait qu’il y a souvent un vieux et un nouveau cimetière, dans la commune.


A Angy, la municipalité est une des premières du canton à ouvrir un nouveau lieu de sépultures (7 ares 46 centiares). Le 18 mai 1833, Pierre Arcillon, maçon à Angy, établit un devis pour entourer le cimetière « d’un mur en pierres de taille, moellons tendres, argile et main d’œuvre » pour la somme de 203,09 francs le long de la cavée de Mérard. 59,80 francs pour le mur de gauche, 133,13 francs pour le mur de droite,96,55 francs pour le mur de façade avec une porte de 6 pieds de large et 24 francs pour une croix en pierre.


Le 4 mai 1846 est publié le tarif des concessions.


En 1859 agrandissement du cimetière de 12 ares 79 ca. Émile Prothais, entrepreneur à Mouy, construit le mur pour 1 064,04 F En 1875, nouvel agrandissement du cimetière. (La moitié de la dépense est couverte par les indemnités accordées à la commune pour dommages de la guerre de 1870).


A Bury, en 1876 la municipalité augmente le prix des concessions pour payer les dépenses importantes faites pour agrandir l’ancien cimetière (23 ares 18 ca).


Après plusieurs réclamations, les habitants de Mérard et St-Claude obtiennent de la municipalité l’implantation d’un cimetière à proximité de leur hameau (en 1894). Le prix des concessions y est le même qu’à Bury. A noter que le cimetière de Mérard est implanté à 1 70 m de la première maison et celui de St-Claude à 344 m du village. A Mouy, le cimetière qui se trouvait autour de l’église a été transféré une première fois en 1587(’11 à proximité de la rue Belleil, dans le quartier dit de St Laurent où sera construit une chapelle. En 1845, nouveau déplacement : il est transféré à droite de la cavée du Dieu de pitié, il est agrandi par la suite sur la gauche de la cavée (de nos jours le nouveau cimetière)


Dans le règlement, il est prévu que l’on pourra superposer les corps, seulement dans les terrains concédés à perpétuité. Pour avoir cette faculté il faudra être concessionnaire de deux places contiguës au moins.


(...) Les portions de terrains destinés aux sépultures ordinaires, fourniront à elles seules l’emplacement nécessaire pour six cents fosses. En concessions perpétuelles cent deux places. En concessions trentenaires, cent quatorze places. En concessions temporaires, quatre-vingt neuf places.


Anecdotes :


En 1900, un registre municipal de « dernières volontés » est ouvert à la mairie avec les tampons de la sous-préfecture de Clermont. On y relève quelques phrases de ce genre : Mouy le 11 mai 1903, « Ayant les idées purement républicaines, je désire que mes obsèques soient purement civiles et que mes dernières volontés soient respectées par les soins du maire de la ville de Mouy. Fait à Mouy le ...


Le 4 juin 1943, à la demande des réfugiés du Havre et de Dieppe à Mouy, Bury et Angy, d’obtenir un supplément de pommes de terre, le directeur du Ravitaillement suggère à la municipalité d’inviter ces familles à cultiver un jardin. La délégation spéciale (remplaçant le conseil municipal) décide de mettre à leur disposition les terrains du nouveau cimetière encore libres (partie droite du cimetière actuel).


L’église de Rousseloy est en 1825, dans un tel état de délabrement que la municipalité obtient du préfet l’autorisation de démolir la nef, vendre les matériaux de démolitions et réparer le chœur qui servirait alors d’église pour les fidèles. En 1893, il est décidé d’affecter l’espace rendu libre à des concessions pour sépultures particulières. L’entrée du cimetière actuel correspond à l’entrée de l’église autrefois. Le cimetière primitif se trouvant au-delà du chœur.


St-Félix met en service son nouveau cimetière en 1868 et fixe les prix d’après lesquels auront lieu les concessions de sépultures. Considérant que par sa situation autour de l’église et à proximité des habitations, le cimetière actuel de St-Félix présente des dangers pour la salubrité publique, il est nécessaire dès lors de procéder à sa translation. (On apprend dans cette même délibération que le paiement de l’acquisition des terres est assurée par un don de 1 000 F du Maire, M. Langlois). Le 29 août 1875, le Conseil Municipal décide la suppression de l’ancien cimetière qui se trouvait autour de l’église, le nivellement du terrain et sa conversion en place publique.



A Heilles, l’arrêté municipal qui demande que les pierres tumulaires, situées dans le cimetière communal au lieudit « l’église », soient enlevées avant le J ,r septembre 1890, va provoquer une polémique inattendue avec les descendants de la famille Fortin-Herman. Le cimetière a été désaffecté en 1884, les restes des corps ont été transférés dans le nouveau cimetière, restent les dalles et monuments qui sont du ressort des familles. Le petit-fils du célèbre scientifique Fortin-Herman, né à Mouchy la ville en 1750, n’a pas reçu les lettres de la mairie. Afin de niveler l’ancien cimetière, le monument a été démoli d’office et des pierres ont été utilisées pour la construction « d’un lavoir public et les latrines d’une école communale » !


II s’en suit un échange épistolaire entre la mairie et M. Emile Herman qui demande pour dédommagement la reconstruction du monument dans un endroit qu’il entend choisir. Le Conseil Municipal, qui s’estime dans son bon droit n’admet aucune réparation mais dans un but de conciliation eu égard à l’emploi de quelques pierres, accepte d’autoriser une concession dans le nouveau cimetière en face du rond-point, ainsi que la fourniture de pierres en remplacement de celles utilisées.


Les chapelles mortuaires




Après la décision d’implanter les cimetières loin des agglomérations, il n’est plus possible d’être enterré à proximité des églises. La construction de petites chapelles dans le cimetière même, ramène des édifices religieux près des défunts.




Photographies :


De Mesdames :


Decannettecourt, jakowless Aude, Noblecourt Gisèle. 


De Messieurs :


Dourlen Robert, Lantez Robert


Documents prêtés par la mairie de Rousseloy et de Heilles


Sources : Archives départementales,
l’Homme et la Mort de Philippe Ariès,
le Folklore de Picardie de DE WAILLY et CRAMPON

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