Bandeau
Patrimoine Culturel et Historique du Canton de Mouy
Histoire de notre Canton
Descriptif du site
Carrières de Pierre Hier et aujourd’hui !
Article mis en ligne le 28 juin 2014

par Mauricette
logo imprimer


Carrières de Pierre Hier et aujourd’hui !


Comment le calcaire grossier s’est-il formé ?


Notre région se situe dans la cuvette du Bassin Parisien qui au cours des temps et particulièrement à l’âge tertiaire (il y a 50 millions d’années) fut envahi par la mer. Des sédiments calcaires se sont déposés sur une période d’environ 5 millions d’années.


Ces sédiments sont très variés, ils vont de la faune animale au règne végétal mais sont essentiellement constitués par des mollusques lamellibranches et des gastéropodes, on a reconnu 1800 espèces, mais également des échinodermes (oursins), bryozaires (vers marins), des coelentérés (méduses, coraux), des poissons, des algues, du bois (palmiers) et des microfossiles, les Foraminifères (protozoaires marins à test calcaire) en grande majorité les Milioles, prodigieuse accumulation pouvant atteindre 800 individus par cm3 de roche.


Le tout est cimenté par de très petits grains de calcite micro cristalline, mais une forte porosité subsiste.


Des études ont démontré qu’il s’agit d’un dépôt de mer calme, légèrement confiné (golfe) et d’une température de 25° correspondant à une mer tropicale.


Ces dépôts caractéristiques du Bassin Parisien portent le nom de calcaire Lutétien (de Lutétia : Paris). Ils sont très importants et leur épaisseur peut atteindre 40 à 50 mètres.




L’exploitation des carrières au cours de notre histoire


L’exploitation des carrières de Calcaire grossier est très ancienne dans la région, elles ont procuré au pays une certaine richesse au cours de notre Histoire.


Notre région a été habitée par des populations sédentaires depuis plusieurs milliers d’années, mais le monument le plus ancien où l’on peut voir des blocs extraits d’une carrière proche est le temple Gaulois de Thiverny. Il date du 5e siècle avant notre ère.


Dans le Valois et Soissonnais, des carrières sont ouvertes à l’époque Gallo-romaine : Pline l’Ancien au 1 er siècle cite Senlis et ses exploitations de « liais ».


Au Moyen-âge et à la Renaissance, la pierre est de plus en plus demandée pour les villes, les églises, les châteaux, les forteresses. C’est à cette date que débutent les innombrables carrières à ciel ouvert et souterraines de l’Oise, du Vexin et de l’Aisne.


De cette époque date aussi un véritable commerce de la pierre de Saint-Leu. La pierre transportée par chariots et voie d’eau est acheminée sur Paris, Sens, Auxerre, Rouen, Chartres et même en Angleterre.


Jusqu’à la Révolution, les carrières sont actives sauf celles de Paris, devenues dangereuses ou épuisées. A Paris un arrêt du 15-9-1776 contient en germe le Service de Surveillance qui deviendra l’Inspection Générale des Carrières en 1818.


A Chantilly sous l’hippodrome actuel s’ouvrent vers 1720 d’immenses carrières souterraines d’où sortiront les grandes Écuries et les maisons de la ville.


La Restauration et la Monarchie de Juillet sont des époques de sommeil.


La grande impulsion est donnée par le baron Haussmann, durant le Second Empire. Paris se rénove. Il faut beaucoup de pierre et les carrières de l’Oise et de l’Aisne travaillent à plein rendement.


La main d’œuvre locale ne suffit pas et on fait appel à des tâcherons d’appoint. De nouvelles carrières s’ouvrent dont il ne reste que des traces et des noms de lieux-dits.


Les périodes de reconstruction après les guerres donnent un regain d’activité aux carrières. Mais il faut noter qu’après 1945 la pierre a été concurrencée par des matériaux nouveaux et des techniques nouvelles comme celle des murs préfabriqués ; néanmoins elle s’adapte aux besoins actuels sans connaître de grandes heures.


L’extraction et l’utilisation de « calcaire grossier » sont passés du stade empirique au stade scientifique. La géologie épaule de plus en plus le travail des maîtres- carriers et des techniciens du bâtiment.


Si l’homme du XXIe siècle n’est pas contraint de venir revivre dans les profondes carrières souterraines, il pourra peut-être habiter dans une maison confortable construite en calcaire grossier.


d’après Alphonse BLONDEAU dans le Bulletin du BRGM (1970).


Les carrières du canton de Mouy


Neuilly-sous-Clermont


Neuilly-sous-Clermont possédait, au XIXe siècle, deux carrières. La principale, d’origine très ancienne, était située sur un terrain communal. L’exploitation avait lieu en galeries.


La pierre de Neuilly est grasse, tendre, facile à tailler et à diviser avec la scie à dents, mais elle ne résiste pas à la gelée et ne peut être employée dans les soubassements. Plusieurs maisons de Clermont sont construites en pierre de Neuilly.


Une autre carrière à ciel ouvert, près du chemin de Cambronne, donnait surtout des moellons.


Cambronne


A Cambronne, une carrière à ciel ouvert, peu importante, fournissait des moellons pour l’usage local. Une autre carrière en galeries était située près du hameau d’Ars.


Rousseloy


Le Vallon de Flandres avait plusieurs carrières fort anciennes qui dépendaient de la commune de Rousseloy : la carrière du parc, la carrière Muraine et deux carrières abandonnées : l’une près de Follemprise, l’autre nommée carrière du Prieuré.


Tous ces ateliers ont donné une pierre de grain ou vergelet qui a été employée dans les grandes constructions des environs. L’Hôtel de Ville de Beauvais est en pierre de Rousseloy.


De nombreux textes du XVIIIe siècle, trouvés dans les archives mouysardes, mentionnent l’excellente qualité de la pierre de Rousseloy.


Saint-Claude


A Saint-Claude, au dessus de la chapelle, une carrière à ciel ouvert donnait un vergelet fin.


Bury


Sur la route de Mouy à Liancourt, au lieu-dit la Cavée de Creil, au Nord de Bury, on extrayait une roche dure et compacte qui fournissait des dalles et des marches d’escalier. Les bancs de pierre tendre étaient débités en moellons.


Mérard


Les carrières de Mérard, situées à l’ouest du village, comprenaient six exploitations à ciel ouvert. Elles seraient d’origine très ancienne : les fortifications Gallo-romaines de Beauvais auraient été construites avec de la pierre de Mérard. Les pierres de Mérard ont servi à la construction des transepts de la cathédrale de Beauvais. Elles étaient très estimées et tout le pays environnant en faisait usage.


Mouy


Au-dessus du marais de Fourneau, près de Mouy, se trouvaient les carrières de Janville. Elles comprenaient plusieurs exploitations toutes en galeries. Leur existence très ancienne est attestée dans un texte de 1286, conservé aux archives départementales. A cette date, Jean de Mouy, seigneur du lieu, confirme aux religieux de l’abbaye de Froidmont la donation, à eux faite, de la carrière de Janville, par son aïeul Gauthier de Mouy. On peut supposer, que la superbe grange cistercienne de Froidmont (en bien mauvais état à l’heure actuelle !) a été construite avec de la pierre de Janville.


D’autres carrières, près de la route de Noailles, donnaient un vergelet grossier, très solide, non gélif, propre aux fondations et un vergelet fin ou pierre tendre facilement altérable. Les pierres de ces ateliers auraient servi à la construction de l’église de Mouy.


Toutes ces carrières encore en exploitation et de grande renommée au XIXème siècle, sont aujourd’hui abandonnées. Chacun, au hasard d’une promenade, pourra en découvrir les entrées ou les vestiges. Devant les traces du travail des carriers saluons leur savoir-faire et leur droit d’appartenir pleinement ment au patrimoine culturel de notre canton.


La pierre est omniprésente dans tout le paysage humain du canton : murs, maisons, bâtiments civils et religieux ; elle témoigne de l’importance de ce matériau dans les siècles passés et !s donne au paysage de notre Région son charme et sa personnalité.


Les carriers de Bury


Les archives du Service des Monuments Historiques ont conservé une étude technique très complète que l’architecte Bertrand Monnet (+ 1989) consacra en 1941 à l’église de Bury. Entre autres aspects, il s’intéressa à ce que les hommes de l’art nomment l’appareil les différentes sortes de pierres, diversement taillées par les carriers du Moyen-âge afin de prendre une place précise dans l’édifice.


Ces carriers étaient eux-mêmes de Bury ; ils travaillaient dans les carrières locales, en particulier celles de Mérard, qui fournirent aussi des matériaux pour la cathédrale de Beauvais. Et Bertrand Monnet eut la chance d’interroger certains de leurs lointains successeurs, voire descendants, exerçant encore en 1941 le même rude et beau métier avec les mêmes outils à peine modifiés à travers les siècles.


Si d’aventure vous faites une visite à ce monument qu’ils construisirent, interrogez du regard « leurs » pierres : elles portent toutes la trace anonyme de leur labeur ; quelques unes ont conservé leur « marque de tâcheron », humble signe qu’ils nous font à travers 700, 800, 900 ans d’histoire humaine.


Les matériaux


Sur les collines qui dominent Bury au nord, se trouvent d’anciennes carrières dites Carrières de Mérard , autrefois exploitées à ciel ouvert.


Nous avons soumis à des appareilleurs divers échantillons provenant de ces carrières et nous les avons fait comparer à d’autres échantillons prélevés dans l’église.Cet examen paraît prouver tout d’abord que les carrières de Mérard contenaient les différentes qualités de pierre que l’on trouve à Saint-Maximin et à Saint-Leu-d’Esserent : roche ordinaire, grignard, pierre fine, vergelés ordinaires et grossiers, et ensuite que c’est avec la pierre extraite de ces carrières que fût édifiée l’église de Bury.


Elle présente, suivant les bancs, diverses qualités dont on a tiré parti judicieusement suivant les nécessités de la construction. Le grignard, permettant les tailles qui font jouer la lumière, a été choisi pour les parements extérieurs, tandis que la roche à grain fin a été réservée aux arcs, aux moulures, aux chapiteaux, le vergelé aux parements intérieurs et aux compartiments des voûtes.


A l’extérieur de l’édifice, ces pierres sont encore en excellent état et ont pris une belle patine bleutée. Malheureusement l’absence ou la disparition des caniveaux, ainsi que l’humidité de condensation ont fort dégradé les soubassements.


Les hauteurs d’assise, fort inégales, dépendent du clivage de la roche. Dans les parties les plus anciennes, construites avec des matériaux provenant des couches supérieures des carrières (murs des bas-côtés de la nef) : petit appareil irrégulier de moellons, dont la hauteur varie de 6 à 20 cm ; certaines parties sont hourdées au mortier de tuileaux. De place en place apparaissent des tuileaux destinés à caler les pierres lors de leur mise en place.


Dans les piliers et les arcs de la nef, les assises ont de 20 à 25 cm de hauteur, tandis que dans le transept et le chœur, les hauteurs d’assise ont 25 à 30, voire même 35 cm.


Si les ogives et les doubleaux de la nef sont appareillés avec soin, les compartiments sont constitués de claveaux de 6 à 15 cm d’épaisseur dans le sens du lit, grossièrement taillés au marteau et disposés parallèlement à la ligne de faîte : l’adhérence du mortier sur ces pierres rugueuses contribue donc beaucoup plus que la science, inexistante alors, de la stéréotomie, à la bonne tenue de ces voûtes qui se sont admirablement conservées dans cette partie de l’édifice.


Il en est de même des compartiments des voûtes du XIIIe et du XIVème siècle, dont l’appareil, guère mieux soigné, est masqué par un enduit sur lequel, comme sur les voûtes de la nef, ont été figurés de faux joints.


La taille


C’est sur les murs des combles, dépourvus d’enduit pour la plupart et abrités des intempéries, que l’on peut le mieux étudier les différentes tailles de la pierre, suivant les époques auxquelles ils appartiennent.


Dans les parties les plus anciennes (murs des bas côtés jusqu’à 3 m de hauteur, peut-être antérieurs au XIIème siècle), les murs, de petit appareil irrégulier et enduit, sont construits de moellons grossièrement taillés et présentant dans tous les sens de profonds sillons indiquant l’emploi du taillant droit.


Sur les contreforts, les piliers et les nervures de la nef, sans doute reconstruits au milieu du XIIe siècle, la taille est plus régulière, les coups de taillant moins profonds et plus serrés sont disposés parallèlement ou forment un réseau de fines hachures entrecroisées. Quelques traces de bretture apparaissent.


C’est dans le transept et le chœur, du XIIIème siècle, que les parements sont le mieux dressés au moyen de layes dont l’écartement des dents varie de 4 à 6 cm. Les moulures durent être faites presque partout au ciseau à dents pour autant qu’on en puisse juger sous les enduits.


Enfin, dans les parties reprises au XVIème siècle, la mise en œuvre de pierres provenant de bancs plus tendres a nécessité l’emploi de ciseaux et de ripes à dents fines et très serrées qui donnent aux parements un aspect monotone. Comme l’a fort bien remarqué Viollet le Duc : « Ces ripes ont l’inconvénient, pour les parements unis surtout, d’entrer dans les parties tendres et de se refuser à attaquer celles qui sont plus dures, il en résulte que les surfaces ripées sont ondulées et produisent le plus fâcheux effet sous la lumière frisante. On en vint à passer le grès sur ces parements pour les égaliser, et cette opération amollit les tailles, leur enlève cette pellicule grenue et chaude qui accroche si heureusement les rayons du soleil. Les moulures, les tapisseries prennent un aspect uniforme, froid, mou, ce qui donne à un édifice de pierre l’apparence d’une construction couverte d’un enduit. » (art. appareil).


En résumé, dans les murs des bas côtés jusqu’à 3 m de hauteur (fin du XIe début du XIIe siècle), petit appareil irrégulier et enduit.


Dans les parties construites au Xlle siècle, emploi du taillant droit et parfois de la bretture à large dentelure, maçonnerie très bien exécutée à joints minces.


Au XIIIe siècle, très belle taille obtenue par des layes finement dentelées - joints épais.


Dans les restaurations du XVIe siècle, taille uniforme et sans relief, au moyen de ripes, les joints sont parfaitement dressés et très minces.


Bertrand Monnet 1941


La Carrière Notre-Dame


Il n’y a plus de carrières exploitées dans le Canton de Mouy, mais à la frontière de notre Canton il y a à Mello la carrière Notre-Dame qui est de nouveau en activité.


D’exploitation fort ancienne, ces carrières portent sur le cadastre actuel, comme sur le terrier de 1774, conservé aux archives du Château de Mello, le nom de carrières Notre-Dame.


Exploitées depuis 1965 par la S.A. DUBOIS dont les gérants sont les deux frères associés Jean et Claude Dubois, les carrières appartiennent à Monsieur de Boissieu. Elles constituent un vaste cirque présentant de multiples traces d’extractions antérieures : aiguilles, layes, etc...


Ces marques du passé dont peuvent s’enorgueillir les carrières de Mello, sont une émouvante trace du travail des hommes. Elles engendrent un sentiment profond de respect et d’admiration envers la parfaite connaissance du matériau et savoir faire des carriers.


La coupe stratigraphique des carrières de Mello fait apparaître les niveaux suivants


1) 8 à 12 mètres de roches sans utilisation.


2) un niveau de 0,20 m à 0,30 m d’une pierre très dure « le petit liais ». Cette pierre n’est pas extraite à Mello car elle nécessiterait un matériel particulier en raison de sa dureté.


3) 6 à 8 m de roche fine.


4) 3 à 4 m de roche de construction. Cette pierre plus dure que la roche fine, portait anciennement le nom de « vergelé », les carriers de Mello parlent de « grignard ».


5) 3 m de banc de St-leu.


L’extraction actuelle entièrement souterraine concerne aussi bien la roche fine que la roche de construction.


La technique aujourd’hui est entièrement mécanisée, toutefois le savoir faire du carrier est toujours aussi important quant à la connaissance de la morphologie de la roche.


Les étapes de l’extraction sont les suivantes :


Une galerie est dimensionnée par la hauteur et l’envergure de la grue (de conception maison) qui permet de déterminer « une passe ». Une passe forme un parallélépipède d’environ 4 m de largeur, 4 m de hauteur, 2 m de profondeur.


Face au fond de la galerie, la première opération consiste à repérer à la craie le niveau qui marque le délit naturel de la pierre. Ensuite la grue avec son bras articulé équipé en tête de fraises entaille au ras du plafond sur toute la largeur un très large espace : le « four ». A l’aide de « haveuses » (tronçonneuses dont le guide atteint deux mètres) les verticales sont descendues.


Engagés dans le four, les carriers descendent ensuite la face intérieure du fond de la galerie.


Grâce au délit naturel, le bloc détaché est emporté par un puissant tracteur équipé d’une benne frontale.


Le bloc de 3 à 4 m/cube (1.700 kg le m/cube) est transporté à l’extérieur de la galerie au chantier de sciage ou sinon entreposé à l’air libre. C’est avec l’une des trois « guillotines » que le bloc sera débité en « dalles ». Toutes les manutentions sont ici assurées par un palan à commande électrique à distance.


L’atelier de taille


A l’entrée d’une ancienne galerie, à l’abri des intempéries, les tailleurs de pierre vont débiter les dalles aux dimensions et au profil indiqués sur les plans. Ils utiliseront pour cela la guillotine, la raboteuse à moulures (une ancienne machine à métaux reconvertie) avec ses gabarits, une scie électrique avec un guide de 60 cm, une perceuse à pierre et tout l’outillage à main des tailleurs de pierre tendre. Le palan électrique à commande à distance fait passer les pierres de la guillotine à la raboteuse et au tailleur qui termine à la main.


Prêts à partir, rampes d’escalier, balustres, marches, tables, les cheminées, corniches etc... sont soigneusement posés sur la paille et cerclés sur les palettes.


d’après F. CALAME


++++


 

 


Interview d’un carrier


Monsieur Roger STEIL exerça un métier, qui depuis l’antiquité, se pratiquait avec les mêmes tours de mains, les mêmes outils : des outils qui servaient au quotidien. Son résultat est un témoignage exemplaire, il est tonique, avec lui nous entrons dans les détails de son labeur.


Quand je pense qu’il y a seulement quarante ans, je travaillais avec mon père qui était carrier de son métier, comme les hommes de la préhistoire pour extraire la pierre.


Remarquez, je ne regrette rien car la pierre est un matériau noble.


A quatorze ans on m’a donné les outils rudimentaires du carrier un TETU, un RUSTIQUE, un TAILLANT, une LAYE, des AIGUILLES EN FER et des LANCES.


Le TETU était une sorte de masse avec un côté coupant pour déliter la pierre et l’autre côté pour frapper les coins".


Le RUSTIQUE avait les tranchants crantés de 7 à 8 tétons pour parer les blocs avant de les livrer au commerce.


Le TAILLANT avec ses deux côtés coupants s’employait pour tailler les moellons.


La LAYE servait comme le rustique à habiller les blocs.


Pour l’extraction des blocs à ciel ouvert nous utilisions un jeu d’AIGUILLES EN FER avec des pointes en acier qui se terminaient en queue d’hirondelle. Celles-ci étaient répertoriées suivant leur longueur.


La première s’appelait le "SIX-PIEDS" (un pied = 33 centimètres) et ainsi de suite jusqu’à treize pieds. Elles étaient choisies en fonction de l’épaisseur du banc de pierre, variant lui-même avec les "délits" c’est-à-dire une veine provenant de dépôts d’algues accumulés. Les délits variaient de 0,80 m à 2 m 60. Sur le banc on commençait par un trait de la largeur d’une règle soit 8 cm de large et d’une longueur de 1 m 60. Avec l’AIGUILLE on éclatait par coups successifs cette largeur de 8 centimètres pour faire les "tranches". On faisait une tranche en paroi et une tranche sur le fond : le retour d’équerre. Le coté opposé était scié avec un « crocodile » (c’est-à-dire une lame de 1 m 80 à une seule poignée).


Pour gagner sa vie un bon carrier devait faire une tranche par jour ; à la scie, 3 heures suffisaient pour faire la même coupe. Le bloc étant détaché de la masse, il était toujours en place sur le "délit", il s’agissait alors de le déplacer pour le verser au sol en contrebas.


L’opération s’exécutait de la manière suivante : dans la tranche du fond, on enfonçait un coin de bois de 60 cm de longueur et de chaque côté on plaçait des pattes en fer dites "pattes d’oie". Tous ces éléments dépassaient la tranche. Dans l’axe du coin de bois on installait la levrette, un gros cric fonctionnant à l’horizontale. Pour que le cric ne recule pas, on le sanglait avec une chaîne dont les deux extrémités s’accrochaient aux pattes de fer. Quant aux cornes de la levrette elles s’encastraient sur la partie supérieure du coin de bois enfoncé dans la tranche. En actionnant la levrette, le bloc avançait peu à peu avant de culbuter dans le vide. Au sol, pour le recevoir sans qu’il éclate, on avait préparé un matelas de moellons (aujourd’hui ils sont remplacés par des pneumatiques d’automobiles). Remis sur ses lits, on procédait à la mise à l’équerre, dégauchi et habillé à la "LAYE" et au "RUSTIQUE" : 1 côté laye, 1 côté rustique. Le parage à la "laye" permettait de découvrir le lit et le grain de pierre, celui au "rustique" indiquait le grain de la pierre au toucher. Les blocs de pierre de 5 tonnes de poids moyen étaient placés sur le Fardier qui servait au transport à la voie ferrée. Les chemins de fer les acheminaient aux tailleurs de pierre qui les débitaient sur place en fonction des besoins d’une construction ou d’une restauration. Un bloc taillé, posé, témoignant de la noblesse d’une construction pèse en moyenne 130 kg.


Dès que la mauvaise saison arrivait, avec le gel et la neige, le travail du carrier se continuait en souterrain dans les galeries et les AIGUILLES de 3 centimètres de diamètre étaient remplacés par des LANCES : tiges de fer de 6 mètres de long et de 5 à 6 centimètres de diamètre. Les LANCES étaient beaucoup plus lourdes et de ce fait étaient suspendues au plafond de la galerie.


Avec l’AIGUILLE la frappe était verticale, tandis qu’à la LANCE c’était à l’horizontale.


L’aiguille était approximativement accrochée par le milieu au départ de la TRANCHE, et au fur et à mesure de la pénétration, il y avait rééquilibrage par l’arrière en faisant coulisser le "balourd". Étant plus lourdes et plus longues l’on frappait à la LANCE un coup pour deux coups à l’AIGUILLE.


Avec les LANCES se réalisaient les "tranches" et les "fours". Le "four" était la tranche horizontale sous le bloc. A l’intérieur il n’était plus possible d’utiliser le CROCODILE et par conséquent il était nécessaire de faire des tranches verticales de chaque côté. Pour décoller le bloc du fond qui était inaccessible, on plaçait dans le "délit" qui était cette fois la partie supérieure du bloc, des coins de bois dans des avant trous. Ces coins en orme étaient trempés quelques minutes avant leur pose pour que l’eau qui pénétrait dans le bois apporte l’élasticité afin de ne pas éclater sous les coups du TETU. Placés le plus souvent le soir, ils gonflaient lentement pendant la nuit et faisaient rompre l’arrière du bloc quasi verticalement.


Grâce aux trois "roules" que l’on avait introduit dans le four le bloc venait se poser sur eux à la rupture. C’est alors que l’on perçait un trou à la tarière dans la façade du bloc pour l’appeler au treuil et le sortir, cette opération s’appelle le soufflage.


Réussir régulièrement ce que je viens d’expliquer, nécessitait les connaissances visuelles, acoustiques et de la sensibilité manuelle pour interpréter les vibrations, les connaissances se sont additionnées au fil du temps de générations en générations pour mieux produire et plus vite.


Aujourd’hui les blocs sont détachés de la masse à la HAVEUSE ou tronçonneuse électrique et le travail à la main qui durait une journée et demi est réduit à trois heures.


Pour le transport, c’est un camion spécialisé "le bardeur" qui vient enlever les blocs sur le chantier de la carrière pour le déposer au tailleur de pierre qui le débite en une journée quand il fabrique des éléments rectilignes à moulures. Il emploie pour cela une machine qui reproduit les gabarits.


Dans ces nouvelles conditions, la vie laborieuse est moins pénible mais il n’en reste pas moins que le travail bien fait et aimé était une source d’équilibre et de bonheur.


Roger STEIL


La Pierre de Picardie suivant une étude de Madame Blanc au Centre de Recherche sur les Monuments Historiques indique :


18 % dont la conservation est bonne.


80 % dont la conservation est moyenne.


2 % dont la conservation est mauvaise.


Cette qualité est estimée selon la durée de conservation de la pierre en question.

 


Nombre d’années


Très mauvaise

Mauvaise Moyenne Bonne Excellente


- 100 ans

de 100 à 200


de 200 à 300


+ de 300


Infinies


Le calcin est le sel de la pierre qui ressort et qui la protège. C’est ainsi qu’une pierre posée d’un bâtiment se durcit aux intempéries.


Le calcin a la composition chimique suivante :


- 60 % de carbonate de calcium


- 27% de sulfate de calcium


Remettre à neuf des pierres par l’emploi d’outils comme chemin de fer ou guillaume, détruit le calcin et favorise la maladie de la pierre. Au dire des vieux carriers, ce serait les rayons de la lune qui affectent la pierre.

 


 

Dans la même rubrique



pucePlan du site puceContact puce

RSS Valid XHTML 1.0 Strict

2014-2017 © Patrimoine Culturel et Historique du Canton de Mouy - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.85.4