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Patrimoine Culturel et Historique du Canton de Mouy
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Heilles - L’église Saint-Martin
Article mis en ligne le 26 juin 2014

par Mauricette
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L’église Saint-Martin de Heilles



L’église se trouve à flanc de coteau sur un replat dominant la zone inondable du fond de la vallée du Thérain. Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour reconnaître l’endroit où se trouvait l’ancien cimetière dominé par le clocher carré de style roman.


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Devant la nef, a été ajouté un petit bâtiment à ossature en bois, ouvert en permanence aux visiteurs qui ont besoin de s’abriter d’une pluie inattendue. Ce genre de construction se rencontre plus fréquemment dans le sud de la France et se nommait autrefois une "caquetoire". C’est l’endroit où on peut parler sans déranger les offices religieux, tout en étant à l’abri du soleil ou de la pluie. L’endroit rêvé pour se tenir au courant des commérages du village !

Il semble que dans le cas de St Martin de Heilles, ce soit surtout pour se protéger de l’humidité qui a toujours été le problème des paroissiens. Le terrain autour de l’église est sur le chemin d’une grande partie des eaux de ruissellement de la pente.

A ce propos M. Warmé, dans son ouvrage de 1873 écrit : on comprend que le porche doit être la conséquence de l’éloignement de l’église du village, et qu’il est en même temps un grand protecteur en empêchant les eaux pluviales et les égouts des côtes voisines de se précipiter dans cette église si malheureusement placée.

Le toit de cet abri, que certains nomment également porche ou avant-porche, reprend la même inclinaison que celle de la nef. Il masque en partie la baie de la façade occidentale de l’église. Avant de faire "le tour de l’église", remarquons que les toits de la "caquetoire", de la nef et du transept, mettent en valeur le clocher qui domine l’ensemble de l’édifice.

La Nef

JPEGContournons l’église par la gauche. Laissons la façade ouest où se situe un premier contrefort (à gauche de l’entrée) puis longeons le côté nord de la nef. La surprise est grande quand nous découvrons les trois arcs brisés "incrustés" dans le mur de la nef. Observons "l’appareil" du mur. (L’appareil est l’agencement et la disposition des pierres dans une maçonnerie). Nous voyons au premier coup d’œil qu’il y a deux sortes d’appareils : Un petit appareil fait de pierres de petites dimensions (dont les plus grosses ne dépassent pas la largeur de la main) et un assemblage de grosses pierres, taillées avec suffisamment de soin pour s’ajuster précisément les unes aux autres, et qu’on nomme des pierres appareillées.



 

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Pourquoi cet aménagement ?

Deux réponses possibles :

  1. Pour pouvoir faire des ouvertures. Le percement des murs construits en petit appareil, est source d’éboulement de la structure. Pour éviter ce souci, il est recommandé de construire un arc de décharge qui viendra soulager l’encadrement de la fenêtre.
  2. Pour Supprimer le mur. En le remplaçant par une suite de grandes arcades, puis construire un collatéral qui agrandira l’église. (Voir cette solution appliquée à Angy).


Des baies ont été percées dans les deux premiers arcs, avec des embrasures taillées en biais pour faire entrer plus de lumière. Dans le troisième arc, le travail est en route depuis si longtemps que personne n’espère plus trouver le responsable du chantier, pour lui demander ce qu’il voulait faire.

Le transept nord

Il est moins élevé et plus étroit que la nef, sa façade occidentale est éclairée par une rose à 12 compartiments.

Le mur a été consolidé par un appareil moyen venant semble-t-il en surépaisseur. La rose est curieusement décentrée et sa partie supérieure placée sur le décalage des surfaces.

Au point de jonction de la nef et du transept se trouve un bloc rajouté, pour servir probablement de contreforts, au clocher et aux murs du transept et de la nef, ou pour tout simplement fermer une ouverture jugée inutile. (Cette hypothèse justifierait la présence de ce qui pourrait être un ancien pilier, sur la droite de l’ouverture) (1).

Les ouvertures de la partie nord du transept sont des baies type fin du gothique classique début du gothique rayonnant, semblables au style des années 1230/1250.

Sur la face orientale, une sacristie a été logée entre deux contreforts.


Le clocher

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Construit à la croisée du transept, il est de forme carrée et est percé sur trois de ses côtés par des baies géminées. De style roman il est décoré d’une corniche beauvaisine qui court sur les trois faces ayant des ouvertures, la quatrième face, sur laquelle s’appuie le chœur, reste aveugle. La toiture en forme de pyramide est couverte en ardoises.
 
 



La corniche beauvaisine



Il s’agit d’un décor, à succession d’arcades en plein cintre recoupées de contre-arcatures, qu’on ne voit que sur certaines églises de l’Oise, situées à proximité de Beauvais (d’où son nom). Dans les églises de notre canton, on peut voir des corniches beauvaisines à Bury, Rousseloy, Cambronne, St Jean du vivier et Angy.


Certains chercheurs pensent avoir établi un rapport entre la profondeur de la corniche beauvaisine et sa date de construction. Ce qui donnerait pour Heilles 1150/1160.

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Le chevet


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Il est de forme polygonale. Remanié, sans doute au XVIème siècle, il est devenu maintenant trop élevé par rapport au clocher. L’équilibre, remarqué depuis l’entrée principale, est ici rompu.

En général, les églises rurales ont un chœur en pierre dappareil, bien voûté, plus ou moins orné, à larges contreforts, et une nef chétive, lambrissée, construite en moellons, en cailloux ou briques ; cette différence vient de ce que le chœur a été rétabli par les gros décimateurs, tandis que la nef était à la charge d’une population misérable.


Ici, le chœur est plus haut que le reste de l’église, disposition inverse de celle de la période romane, où presque toujours la nef dépasse le chœur en étendue et en élévation. (2)

Le sommet de la toiture du chevet, affleurant la base de la toiture du clocher, a nécessité le remaniement d’une des faces du clocher ce qui a entraîné la disparition, non seulement des deux baies, mais aussi celle de la corniche beauvaisine correspondante.

JPEGDes contreforts ont été placés entre les baies pour épauler les retombées des voûtes du chœur et apporter de la lumière. Avant d’achever le tour du chevet, le "visiteur très observateur" peut découvrir sur le mur nord, des dessins tracés au compas et à l’équerre. Il s’agit d’épures réalisées à l’échelle un, qui ont servi au découpage de patrons (les gabarits ou panneaux) pour la réalisation d’éléments d’architecture et qui sont grattées à la fin du chantier.



De telles épures sont rares. L’église de Heilles est la seule du canton à conserver ces éléments tracés par le maître d’œuvre qui dirigeait le chantier, il y a plusieurs siècles ! Depuis quelques années ces traces s’effacent emportées par la pluie et le vent.



Le transept Sud



JPEGIl est éclairé par trois ouvertures, celle donnant à l’ouest étant plus étroite que les deux autres.
 



Remarquons que la toiture du transept est plus élevée dans sa partie sud (le sommet du toit est au niveau des baies du clocher, au nord il est un mètre plus bas).



Une petite tour octogonale d’escalier assure la jonction avec la nef.




La nef (vue du sud)

On remarque les "cicatrices" laissées par d’anciennes ouvertures. Entre autre une petite porte qui pourrait être ce qu’on appelait au Moyen-âge "la porte des morts" ou plus simplement porte donnant sur le cimetière qui, jusqu’en 1884, entourait l’église pour faire profiter les défunts des prières des vivants. Le visiteur attentif aura sans doute relevé des inscriptions et croix gravées dans la pierre.

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L’intérieur de l’église



JPEGAprès avoir descendu quelques marches protégées par le petit abri remarqué au début de la visite, nous entrons par une porte à deux vantaux séparés par un pilier central (3). Un tympan en forme de trèfle domine l’ensemble.



La nef est voûtée en bois. Sur le mur de gauche, on retrouve les arcs remarqués depuis l’extérieur. Le premier est aveugle, les deux autres sont percés par des baies dont les embrasures sont taillées en biais. Une croix, rapportée de l’extérieur, est fixée contre le mur. (Il s’agit de la croix de l’ancien cimetière).



En continuant vers le chœur, nous atteignons les quatre piliers qui soutiennent le clocher et qui forment la croisée du transept. Cette dernière, ainsi que les deux bras, à droite et à gauche, semble voûtée de pierres. (un habillage de feuilles de zinc peint avec un décor "pierre" pourrait masquer des difficultés de construction.)



Sur la gauche, à partir de la base du clocher, nous remarquons des modifications dans l’agencement qui ressemblent plus à une réparation improvisée qu’à une volonté de construire une voûte sur le transept.



Dans le bras nord du transept, on retrouve sur la gauche les trace d’un" demi-arc". Au-dessus, une baie circulaire en forme de rose.



Continuons à gauche pour découvrir la chapelle de la Vierge.



Warmé dans son ouvrage sur les environs de Mouy (1873) raconte la visite de l’église : " ...Nous nous dirigeons vers la chapelle de la Ste Vierge qu’on nous dit avoir été restaurée, en l’année 1855, aux frais de l’abbé Millière, vicaire général de Mgr l’Évêque de Beauvais... M. Millière eut l’idée de faire reconstruire, aussi à ses frais, le sanctuaire de cette église en élevant les voûtes, en faisant percer des croisées, en créant une rosace décorée de verrières."



 JPEGNous savons grâce à ce texte que la rosace néoromane est en place depuis 1855 et qu’elle faisait partie d’un ensemble de travaux financés par un particulier. Ces travaux transforment l’édifice et changent l’équilibre général. En élevant les voûtes du chœur, le toit qui les protège des intempéries doit être surélevé d’autant. La corniche beauvaisine et les baies deviennent une gêne pour raccorder toit et clocher, ce qui entraîne leur suppression sur la face Est du clocher.




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1 Graves parle d’une porte latérale "anguleuse" bouchée. (p 50)

2 Louis Graves : Notice archéologique sur le département de l’Oise (p 382). Réédition de 1996

3 Trumeau
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La statuaire

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Avant d’entrer dans la partie nord du transept, le visiteur sarrêtera un instant pour admirer les restes d’une sculpture représentant un Christ aux liens qui n’est pas sans rappeler la statue figurant à l’extérieur de l’église de Mérard (près de Bury).

 

 

JPEGDans la nef, perdu dans la hauteur, un christ de facture plus populaire, domine les bancs des fidèles. (Un paroissien, plein de zèle a cru bon d’ajouter à la sculpture un peu de peinture rouge. )

 

 

 

 

 

 

JPEGSaint Martin est ici chez lui. Il est présent dès l’entrée au-dessus de la porte. Du haut de son cheval, il se tourne vers un pauvre qui n’est plus là pour recevoir la moitié de son manteau.

La représentation de St Martin est naïve. La position du cavalier surprend par" la souplesse" dans son retournement. Le visage du saint et son geste pour tenir la cape sont particulièrement réussis. Le cheval est petit pour la taille du cavalier et sa croupe est très allongée. L’absence du pauvre recevant le demi manteau, nuit à l’ensemble. Il est probable qu’on pouvait facilement séparer les personnages et que "le pauvre" a fini (dans le meilleur des cas) comme figurant dans une crèche de Noël !

 

St Martin est présent une autre fois dans le chœur, sur la droite. Cette fois-ci cheval, pauvre et cavalier sont présents. Le groupe est fixé dans le mur un peu trop haut pour être bien observé. De facture plus récente, il évoque lui aussi le partage de la cape du soldat Martin.


JPEGSaint Claude en évêque, assis dans son siège épiscopal, bénit les paroissiens dans le transept Sud, (Graves signale l’existence d’une chapelle dédiée à St Claude, construite en 1533 à Monchy-la-ville ou Moncy, et disparue plus tard), ce qui peut expliquer la présence inattendue de ce personnage alors qu’on s’attendrait plus à y trouver un St Clair lié à une fontaine miraculeuse de la commune. (à l’exemple d’Angy)

Le blason peint au-dessus de sa tête devrait pouvoir nous renseigner. Il n’est pas conforme à la héraldique, les 3 merlettes d’or sont mal disposées.

 

 

 

 

 JPEGUne statue d’un évêque (Sans doute St Claude lui aussi, mais peut-être St Martin qui fut évêque de Tours) domine, à contre-jour la scène. Un tableau, en mauvais état évoque la charité de St Martin, un second tableau est malheureusement illisible. Revenons entre les quatre piliers du clocher.

 

 

 

 

 

Sur les piliers sont représentés à gauche, St Fiacre patron des maraîchers (qui lui aussi a profité de la peinture rouge) et à droite un évêque qui pourrait être St Claude ou St Martin en évêque de Tours.

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Les Vitraux

Sans être spécialiste, on distingue deux types de vitraux : ceux à décors géométriques et ceux qui illustrent des scènes religieuses.

Les vitraux du chœur sont les plus intéressants. Au centre, une illustration de la vie de St Martin. (La lecture se fait de bas en haut).

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Les médaillons (détails)

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Remarques/conclusions

L’église St Martin est le type même de la petite église rurale. Accrochée au flanc de la colline, elle reçoit l’eau de pluie qui ruisselle depuis l’amont et qui s’accumule autour de ses murs avant de s’infiltrer dans son environnement. Elle a la réputation d’être froide et humide.

Les quelques travaux entrepris n’ont jamais eu l’envergure nécessaire pour une rénovation d’ensemble. Le fait qu’ils soient payés par le vicaire de l’évêque de Beauvais a sans doute facilité leur réalisation.

La visite de l’intérieur réconcilie le visiteur avec l’édifice. Le lieu est propice à la réflexion et reste à la dimension humaine.

La vue côté Est accentue la dimension du chevet, ce qui nuit à l’ensemble. Il vaut mieux photographier l’église depuis le côté Ouest (côté de l’entrée), le clocher prenant alors, toute sa valeur. La présence de panneaux de signalisation routière vient malencontreusement perturber la vue.

Avant de sortir, jetons un coup d’œil sur les fonts baptismaux. La margelle est polie par les habitants venus se faire baptiser. La croix des morts est proche. Combien de paroissiens sont entrés dans la communauté de Heilles en passant par ici pour en ressortir par la porte, maintenant bouchée, qu’on devine juste en face ? Quelques uns se sont faits enterrer dans l’église même (le pavage en porte les stigmates).

Saint-Martin

Pendant tout le Moyen-âge et une partie de l’époque moderne, Martin fut en France le saint le plus populaire. Ses premiers biographes, Sulpice Sévère et Grégoire de Tours, ont beaucoup contribué à cette popularité, en ajoutant à sa vie de nombreux éléments légendaires.

Né en Pannonie (la Hongrie actuelle), Martin est enrôlé très jeune dans l’armée romaine et sert en Italie, puis en Gaule. C’est dans ce dernier pays que se situe l’épisode le plus fameux de sa vie, celui de la "charité" : un jour d’hiver de l’année 337, se trouvant en garnison à Amiens, Martin rencontre un mendiant nu et grelottant de froid. Il tranche d’un coup d’épée sa chlamyde (cape militaire) pour en offrir la moitié au pauvre. (Une tradition tardive précise qu’il ne donne que la moitié de son manteau parce que l’autre est la propriété de l’armée romaine).

Le lendemain, Martin voit en rêve le Christ revêtu de son manteau et disant à son père "J’avais froid mais Martin m’a réchauffé". Aussitôt, il se fait baptiser et quitte l’armée pour une vie d’ermite. Quelques années plus tard, il sera nommé évêque de Tours.

On doit à Martin la christianisation des campagnes païennes. "L’apôtre des Gaules" réalise une œuvre gigantesque : 485 localités françaises portent son nom, 3.667 églises lui sont dédiées. Dans le seul département de l’Oise 113 églises lui sont consacrées, dont Rousseloy et Heilles dans notre canton.

Quelques dictons de la St-Martin

(11 novembre)

 

  • A la St-Martin, glace au matin.

  • Brouillard de la St-Martin amène bon grain et bon pain.

  • A la St-Martin, goûte le nouveau vin et laisse l’eau au moulin.

  • A la St-Martin, l’hiver en chemin.

  • A la Toussaint commence lété de la St-Martin.

  • A l’été de la St-Martin est sot qui ne boit du vin, est âne deux fois qui trop en boit.

  • Pour la St-Martin châtaignes et nouveau vin.

  • L’été de la St-Martin dure trois jours et un brin.

  • Le temps du jour de St-Martin est de l’hiver le temps commun.

  • Si tu veux avoir du grain, sème ton blé à la St-Martin.

  • Tue ton cochon à la St-Martin et invite ton voisin. Etc... Etc...

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  • Textes

    M. Janny Noblécourt.

  • Sources

La bible et les saints. Guide iconographique. (Flammarion)

Mouy et sa région. Warmé.

Précis statistique sur le canton de Mouy. Graves

Notice archéologique sur le département de l’Oise. Louis Graves

  • Photographies

    Mme Françoise Cassagne, assistée de M. Jean-Louis Cassagne.

  • Remerciements

    M . Guillaume pour le prêt de carte postale.



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