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Patrimoine Culturel et Historique du Canton de Mouy
Histoire de notre Canton
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Ansacq - L’église Saint-Lucien
Article mis en ligne le 18 juin 2014
dernière modification le 29 juin 2014

par Mauricette
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Relevé dans l’ouvrage de M. Warmé, Mouy et ses environs (1873)


 


L’implantation du village


Le village d’Ansacq placé dans un vallon, est divisé en deux parties par une rue principale, dite de Clermont. Il s’en trouve plusieurs autres qui se ramifient et dont les habitations sont placées à quelques distances les unes des autres.


Le vallon est garni de bosquets coupés par des voiries et des sources qui en se réunissant forment des lavoirs publics et composent un ruisseau que les habitants d’Ansacq nomment Foulandrau, et qui sert de moteur à deux usines qui sont à deux et trois km de leurs sources. En suivant leurs pentes dans la direction de Mouy, elles passent tout près de la station du chemin de fer de Mouy-Bury avant d’aller se jeter dans la rivière du Thérain.


Ansacq est dominé à l’Est, à l’Ouest et au Nord par des coteaux abrupts et couverts de bois. On ne peut rien apercevoir de ce village lorsqu’on se trouve au-delà de ces pointes boisées.


Les habitants d’Ansacq éprouvent aussi des difficultés ou des retards lorsqu’ils ont besoin de gravir ces coteaux et de traverser ces bois couverts et fangeux, pour se rendre à leurs champs ou voyager vers la ville de Clermont, leur chef-lieu d’arrondissement. Par contre, quand ils ont besoin d’aller à Mouy, ce qui arrive chaque jour à beaucoup d’entre eux pour y travailler, ils n’ont qu’un chemin facile à parcourir. 


L’église d’Ansacq 


Cette église est située sur un point tellement élevé qu’on atteint son portail qu’après avoir gravi les vingt marches d’un escalier placé au niveau déjà élevé de la grande rue d’Ansacq. L’édifice n’a pas pour autant un intérieur exempt d’humidité, état sanitaire, qui, joint à la grande simplicité de son ornementation et à l’insuffisance des croisées, lui donnent un aspect des plus austères.


L’humidité qui y domine peut être attribuée, en partie, au cimetière qui entoure l’église et dont le sol étant plus élevé que celui de l’édifice peut influer sur l’insalubrité de cet intérieur.


Cependant le monument de ce village est digne de remarque, et il y a lieu de croire que si, les ressources du budget communal le permettaient les habitants de la localité auraient déjà fait changer cette situation.


L’église à la forme d’une croix, la nef est élevée et obscure, parce qu’elle n’est éclairée que par trois petites croisées étroites et arrondies.


 



 


Dans l’annuaire du département de l’Oise, Louis Grave, secrétaire général de la préfecture, fait une présentation des communes du département telles qu’il les a connues dans le milieu du XIXème,


Voici ce qu’il écrit sur Ansacq (page 40) :


La commune, dont le territoire s’étend dans la plaine au nord de la rivière de Thérain, est traversée par un vallon ramifié courant du nord au midi. Le centre du village placé au fond du vallon, est formé d’une longue rue dite de Clermont ou d’en haut, sur le talus oriental, et de quelques maisons éparses autour du ruisseau qui descend vers le Thérain ; ce village entièrement dominé à l’Est, au nord et à l’ouest, ne peut être aperçu d’aucune partie du plateau qui l’environne.


L’origine d’Ansacq remonte très haut dans le Moyen-âge. Il fut détruit au neuvième siècle par les Normands en même temps que Bury.


 


La cure d’Ansacq, sous le vocable de Saint-Lucien, était à la nomination du Chapitre de la cathédrale de Beauvais depuis Avril jusqu’à Novembre, et à celle des chanoines de Saint-Barthélémy pendant les quatre autres mois de l’année. Elle avait été donnée en 1037, par Hilon, châtelain de Beauvais. (Don Fondateur)


L’église a la forme d’une croix.


La nef est élevée, obscure, sans ornements, éclairée par trois petites croisées étroites, arrondies, c’est la partie la plus ancienne. On y a ajouté une travée vers le XVIème siècle.


Le Chœur plus haut que la nef est de l’époque transition ; ses larges arcades sont légèrement anguleuses.


Les fenêtres sont longues étroites, arrondies, entourées d’un cordon : celle du maître-autel est une ogive tertiaire.


Les voûtes sont ornées de triples boudins croisés portant sur des colonnes fasciculées à long fût.


Une colonne isolée règne dans les angles rentrants des transepts. On voit quelques restes de vitraux. La nef est garnie de dalles.


Le portail est aussi de l’époque transition ; Il a trois voussures dont deux, cannelées sont chargées d’ornements, avec l’extérieur formé de zigzags.


Le clocher est central recouvert en charpente.


Le cimetière clos de murs entoure l’église qui, bien qu’élevée de vingt marches est rendue humide par son obscurité et par l’exhaussement du sol du cimetière.


Approchons nous pour vérifier si les constatations de ces deux personnes (Graves en 1835 et Warmé en 1873) sont toujours vraies 177 et 139 ans plus tard. Le cimetière a été transféré, seul le mur de pierres qui isolait les sépultures mortuaires des habitations, a été épargné et sert de limite.


Une porte métallique permet au visiteur de pénétrer aisément dans cet enclos, pour emprunter les vingt marches qui le séparent du parvis de l’église.


La façade occidentale (exposée à l’Ouest) reçoit les intempéries climatiques. Le petit personnage sculpté au-dessus du portail a beaucoup souffert de la pluie. Il nous rappelle que l’église est consacrée à l’évêque saint Lucien, patron de la commune.


Prenons le temps de récupérer notre souffle en essayant de lire ce qui est gravé sur les deux plaques scellées de chaque côté du portail.


Les habitants du canton qui suivent nos publications ne seront pas surpris de voir qu’à Ansacq aussi, les fidèles se méfiaient des promesses de « messes pour les défunts ».


Les fondations


A la fin du Moyen âge se répand l’idée qu’à l’heure de la mort, ceux et celles qui ne sont pas en paix avec leur conscience, peuvent encore échapper à l’enfer qui leur est promis.


L’Église offre une dernière chance aux mauvais chrétiens en leur donnant la possibilité de purger une peine plus ou moins longue au purgatoire, pour espérer ensuite connaître le paradis. Pour que ce temps d’attente soit le plus court possible, il convient de donner, par testament, des biens ou de l’argent, à ceux qui gèrent les intérêts de l’Église, afin que des messes et des prières soient dites pour le repos du défunt.


Cet engagement prend le nom de fondation.


Vous avez sous les yeux deux « pierres de fondation ». (Rappelons qu’il s’agit de faire respecter des engagements pris auprès des paroissiens du temps de leur vie terrestre sur un certain nombre de messes, de processions, de prières, de sonneries des cloches, de cierges, etc. déjà payés pour être effectués après leur mort).



La plaque de gauche est datée de 1627 celle de droite de 1687. Cette dernière est une retranscription d’un testament passé devant notaire à Senlis.


 Le portail


 



Comme le dit L. Graves, il s’agit bien d’une porte monumentale intégrée dans une façade. On distingue les trois voussures chacune en forme d’arc brisé.


Il semble, à première vue, que ce portail provienne (comme celui de Saint-Félix) d’une autre construction. Pour des questions de commodités, l’entrée se fait par le côté droit de l’édifice.


Avant de reprendre notre visite de l’extérieur, profitons de la vue sur le village. Vers la gauche de la nef, le mur d’enceinte restreint le passage et n’incite pas le promeneur à continuer par ce côté.


Il vaut mieux contourner l’édifice par la droite. Il n’y a plus de tombes mais pour autant, comme en 1873, l’humidité est toujours présente.


La nef porte la marque des fenêtres bouchées. (Baies romanes, en haut du mur près du toit).


Les nouvelles baies sont plus grandes mais le mur n’est plus suffisamment épais pour contenir les poussées exercées par le poids de la charpente. D’où la nécessité des contreforts. (photo ci-dessous)


 



Sitôt passé le contrefort de droite, on aperçoit le bras sud du transept. Une baie de type gothique (1190-1230) domine une porte avec un linteau de pierre (photo ci-dessous).


 



Le transept est largement éclairé avec cette baie de type gothique flamboyant qui donne sur le sud (1360-début du XVIème siècle).


Remarquez les matériaux utilisés différemment taille, forme, poids...


Nous passons devant la petite porte que nous emprunterons tout à l’heure après avoir vu les contreforts de la nef et les cicatrices » laissées par les premières croisées romanes rebouchées. 


Pour un bâtiment qui craint l’eau, il est curieux qu’on ait négligé d’y installer des gouttières ! 


Au Passage, nous découvrons d’autres ouvertures bouchées ou en mauvais état. Continuons pour atteindre le chevet. Le chemin n’est plus praticable au bout de quelques mètres, à l’évidence il ne nous mènera pas beaucoup plus loin.


Nous serons obligés de revenir sur nos pas. Ne regrettons rien, nous n’avions pas observé le clocher !


Continuons notre promenade découverte, en observant les diverses ouvertures. (Celles qui ont été bouchées et celles qui les ont remplacées).


Nous avons le choix entre de nombreuses baies.


 



Avant de pénétrer dans l’église il convient de réfléchir sur cette remarque extraite de la Notice archéologique sur le département de l’Oise (réédition 1996) : 


En général, les églises rurales ont un chœur en pierres d’appareil, bien voûté, plus ou moins orné, à larges contreforts et une nef chétive, construite en moellons, en cailloux ou briques ; (Cette différence vient de ce que le chœur a été rétabli par les gros décimateurs, tandis que la nef était à la charge d’une population misérable).


 Aide-mémoire


Pour se souvenir des différentes parties d’une église, il suffit d’imaginer un être humain debout les bras en croix.


Le corps représente la nef.


Les bras tendus représentent le transept.


La tête et le cou représentent le Chœur.


Si on parle de l’extérieur du chœur, on dira le chevet (pensez à cheveux).


  • Jusqu’aux VIIème /IXème siècles les charpentes à entrait des églises préromanes s’appuient sur les murs sans exercer de force d’écartement.


  • A l’époque romane le choix de voûter les églises conduit les bâtisseurs à épaissir les murs afin qu’ils ne versent pas sous la poussée des voûtes. II faut y adjoindre des contreforts. Les ouvertures sont très étroites ou supprimées.


  • A partir de 1140-1190 apparaissent les nervures porteuses appareillées, sortes de bandes de pierre qui se croisent. Le procédé sera connu sous le nom de croisées d’ogives.


  • La forme des baies va suivre l’évolution des procédés de bâtisseurs.


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L’intérieur de l’église


Les ouvertures, baies anciennes ou nouvelles, laissent pénétrer suffisamment de clarté qui en se réfléchissant sur l’enduit blanc des murs éclaire la nef.


Nous sommes surpris par la déclivité du sol.


Sur notre gauche, nous découvrons l’envers du portail.


Au passage, les visiteurs habitués aux églises auront remarqué que la cuve des fonts baptismaux n’existe plus (il reste des traces sur le sol). Plusieurs statues attirent l’attention : saint Nicolas en évêque, Vierge à l’enfant, femme en prière, etc. Des tableaux peints sur bois ou sur toile (en très mauvais état) sont difficiles à identifier.


La statuaire, les tableaux, le mobilier, les objets servant au culte
 


 



Il reste quelques fragments de vitrail impossibles à décoder.


La nef où nous nous trouvons est couverte d’une couche de plâtre qui « unifie » les différents procédés de construction. En vous approchant de l’autel, vous observerez la voûte du chœur et vous constaterez qu’elle est bien plus étroite que celle qui couvre la nef. Les nervures qui habillent le plafond de la nef ne s’appuient sur rien et servent surtout de décors, celles du chœur sont plus sérieuses.


Le voûtement en pierre d’une église rurale est rare dans la région (citons pour le canton : les culs de four de Saint-Jean du Vivier), par contre la couverture sur une charpente qui peut s’appuyer sur des murs relativement minces (consolidés par des contreforts) est plus fréquente et plus économique.


Avant de quitter la nef jetons un coup d’œil sur la composition des murs, puisque leur état de conservation nous le permet.


 



Un enduit de plâtre recouvre le mur, celui-ci est constitué de pierres noyées dans un mortier. Il semble que le travail consistait à boucher une ouverture (?). On a utilisé des moellons et de la pierraille pour en faire un blocage.


Le clocher


 



Au croisement des transepts et de la nef, sur une base solide, (en général quatre gros piliers) se situe la croisée du transept. Des orifices indiquent le diamètre des cloches qu’on espérait y placer.


Pour Ansacq, le clocher jouait le rôle d’un phare, annonçant la proximité d’un danger. Ici c’était l’annonce d’un incendie, d’un rassemblement des habitants, d’un événement important pour la population.


La destruction du village par les Normands durant les invasions du Moyen-âge, continuait d’alimenter les histoires des soirées d’hiver : « Si nos aïeux avaient pu être prévenus... ».


L’horloge



 



Si vous n’avez pas pu voir de cloche vous devrez vous contenter d’une horloge.


Mais pour profiter gratuitement du progrès en cette année 1899, il vous faudra sortir de l’église, essuyer vos lunettes et regarder sur la façade occidentale le don fait par Madame DAUGA (Elle l’a fait écrire bien haut !).


En cherchant à savoir pourquoi la nef portait des traces de remaniements, nous avons pu, grâce au concours de Madame le maire d’Ansacq, résoudre l’énigme suivante : Au début de la brochure, dans sa description, Louis Graves écrit : La nef est éclairée par trois petites croisées étroites, arrondies...On y a ajouté une travée vers le XVIème siècle.


Madame le Maire d’Ansacq a mis à notre disposition un dessin accompagnant un projet de création ou de réparation d’un avant-porche. Les trois petites croisées y sont bien visibles, le transept sud est encore en projet...


Voici ce dessin : l’entrée est masquée par le porche, mais nous comprenons pourquoi le seuil de la porte actuelle de l’église n’est pas au niveau du dallage de la Nef.


 



On découvre en même temps que des projets de travaux visaient à assécher la nef avant même de construire un transept !


L’idée de cet abri, inspirée peut-être, par l’exemple de Saint-Martin de Heilles (à moins que ce ne soit le contraire), avait pour vocation de protéger le portail de la pluie et des vents d’Ouest. Par ailleurs on peut y trouver la confirmation de ce que je supposais, déjà, dans la brochure sur Saint-Félix, que seules les ouvertures romanes existaient et que le bâtiment devait être, à l’origine, bien sombre et bien humide. Sur le dessin du projet d’avant porche d’Ansacq, on distingue nettement une grande baie à l’extrémité droite qui sera par la suite bouchée mais qu’on peut encore repérer depuis l’extérieur.


Il s’agit là de la travée ajoutée vers le seizième siècle.


Si quelque amateur, à jour de ses cotisations, a des idées sur la question qu’il se fasse connaître auprès de l’association :


Patrimoine Culturel &Historique du Canton de Mouy


Cette brochure est destinée aux habitants intéressés par le patrimoine du canton de Mouy. Les vieilles pierres sont la preuve que des hommes ont vécu, souffert, travaillé souvent dans des conditions difficiles.


Bien sûr il ne s’agit pas de tout conserver, les habitants d’aujourd’hui ont leur vie à assurer, leur famille à loger et nourrir, leurs enfants à éduquer, etc. Les églises, tout comme les dolmens d’autrefois, marquent les progrès de la société humaine.


Notre Association a réussi à maintenir dans le canton un esprit de respect envers les efforts des générations passées.


Il n’est pas facile de trouver des bénévoles qui soient capables d’assurer des visites guidées, des distributions de brochures, des recherches dans les publications parues sur les sujets traités. Ces personnes sont de plus en plus rares et de moins en moins disponibles.


Depuis 1989 c’est-à-dire depuis la célébration du bicentenaire de la Révolution française, nous avons édité des brochures rappelant les activités des habitants au long des années, leurs loisirs, leurs soucis, leurs difficultés. A partir de l’An 2000 nous avons publié une brochure par commune concernant l’église du village (celle sur Ansacq sera la huitième). Jusqu’alors nous avons choisi de ne pas demander de participation aux lecteurs de la commune concernée et aux adhérents de l’Association ayant versé leur cotisation. Mais, les quelques réserves pécuniaires que nous avions mises de côté se sont épuisées.


Il nous faut pour autant respecter les engagements pris vis-à-vis des trois dernières communes (Neuilly sous Clermont, Thury sous Clermont, et Rousseloy). À l’heure où sont écrites ces lignes, le Conseil d’administration de votre association réfléchit au problème.


Plaie d’argent n’est pas mortelle


C’est ce que dit le proverbe. En attendant de connaître la médecine préconisée par le conseil d’administration, il faut vous attendre à voir indiqué un prix de vente « amortissant » en partie le coût réel de l’impression, à moins qu’un vent de générosité ne souffle sur le canton !


Textes
M. Janny Noblécourt



Sources
L’architecture religieuse médiévale (éditions FRAGILE)
Précis statistique sur le canton de Mouy (Graves)
Notice archéologique sur le département de l’Oise (Louis Graves)
L’Art roman dans les terroirs de l’Oise (Gemob)



Photographies
Mme Françoise Cassagne & M. Jean-Louis Cassagne



Remerciements
Mme Christine Marienval, Maire d’Ansacq



Dans la même collection :
Aide à la visite de l’église de Mouy (2002)
Aide à la visite de l’église d’Angy (2003)
Aide à la visite de l’église de Bury (2004)
Aide à la visite de l’église Cambronne (2005)
Aide à la visite de l’église d’Hondainville (2008)
Sur les traces d’Herminie à Mouy et Bury (2009)
Aide à la visite de l’église de Heilles (2010)
Aide à la visite de l’église de Saint-Félix (2011)
Aide à la visite de l’église d’Ansacq (2012)


 



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