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Patrimoine Culturel et Historique du Canton de Mouy
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Angy - L’église St Nicolas
Article mis en ligne le 18 juin 2014

par Mauricette
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VISITE de L’église St Nicolas d’Angy ( France - Oise )



L’implantation


Beaucoup de localités de la vallée du Thérain sont très anciennes. L’emplacement d’Angy sur la voie gallo-romaine qui joignait Beauvais à Senlis, la découverte d’un cimetière franc (datant du Vème ou VIème siècle, situé sur le trajet de Clovis pourchassant les derniers Romains vers Beauvais) attestent de l’ancienneté du village et de l’église. « ’ L’existence d’une source d’eau pure, fraîche, régulière et abondante n’est pas sans incidence sur le choix du lieu retenu pour la construction d’un édifice religieux. On sait l’attirance, le respect que portaient les hommes depuis le monde gaulois, aux sources considérées comme un don magique des forces obscures de la terre.


L’Église s’est efforcée de détourner ces cultes païens en les « christianisant ». L’eau joue un rôle important dans les rites religieux, purification des âmes et des corps, baptême, eau bénite, bénédiction, etc.., etc. Il était logique que la croyance dans les bienfaits de l’eau de cette source pour les maux d’yeux, serve la religion catholique qui s’installait alors. Ce ne fut pas chose facile si on en croit l’abbé Santerre « Il existe à Angy près de l’église, une fontaine dite de Saint-clair, vénérée dès la plus haute antiquité pour les maux d’yeux, et en grand renom avant la Révolution. Elle a cessé depuis de voir sur ses bords autant de ` pèlerins qu’autrefois, bien que chaque année, le 17 juillet, jour de la fête, on y vienne encore religieusement. Voici ce qui s’y passe. Les pèlerins affligés de maux d’yeux se rendent à jeun à la fontaine, y boivent un verre d’eau, puis assistent à la messe, font réciter sur leur tête l’évangile du saint, retournent ensuite à la fontaine. Là ils trempent dans l’eau le doigt avec lequel ils vont faire de nouveau le signe de la croix, puis lavent leurs yeux, et enfin boivent un second verre d’eau. (...) La vraie source de la fontaine n’est pas celle où boivent aujourd’hui les pèlerins, ce n’est même pas celle du jardin du presbytère qui coule à gros bouillons. La source primitive qui alimente celle dont nous venons de parler, se trouve renfermée dans une crypte faisant partie aujourd’hui du presbytère et servant de cellier. (...)


Plus tard, ce deuxième emplacement, qui était devenu le lieu de pèlerinage fut à son tour enclos dans le jardin et nécessita un troisième déplacement. » 


La source fut placée sous l’invocation de Saint-clair qui comme son nom l’indique se charge de faire voir clair à ceux qui le vénèrent. Disons au passage que la légende raconte qu’il eut la tête tranchée mais assura malgré tout ses bons offices tout comme la fontaine qu’on a voulu supprimer et qui a rejailli un peu plus loin. Il semble que de nos jours c’est cette source qui alimente l’ancien lavoir. Son eau est toujours claire par contre sa teneur en nitrate n’est pas connue ! Si vous avez choisi un jour d’été pour faire cette visite, allez près du lavoir et songez à tous ces malheureux qui mettaient leurs espoirs dans la source. L’église eut comme saint patron : Nicolas.


Visite des alentours



Depuis l’ancien lavoir, examinons l’édifice. En plan, l’église dessine une croix latine. Elle comprend une nef dotée d’un bas côté nord, un transept saillant sur la croisée duquel s’élève un imposant clocher, et un chœur polygonal. En regardant la façade on remarque près du contrefort que la partie gauche a été ajoutée après coup. La symétrie en souffre.


 


La porte attire l’attention par ses dimensions modestes et surtout par la technique employée pour réaliser sa partie supérieure. (Le sommet de la porte, le linteau et une partie du tympan sont taillés dans le même bloc de pierre.) Nous retrouvons ce même détail au-dessus de la porte latérale sud. Le linteau forme une partie du tympan et les bases de l’arc de décharge. Cette manière de faire est unique dans la région ! Cette partie de l’église est la plus ancienne et remonte au XIème siècle, le collatéral a été construit plus tard pour agrandir la nef. Longeons ce côté jusqu’au transept nord.


Le transept nord


Dans la deuxième moitié du XIIème siècle, on entreprit de reconstruire les parties orientales de l’église en substituant au sanctuaire primitif un transept avec un clocher sur la croisée et un chœur polygonal.



Les murs sont couronnés d’une corniche formée d’arcatures contenant deux contre-arcatures, toutes en plein cintre, dite « corniche beauvaisine ». Ce décor est un des éléments caractéristiques des églises de la région au XIIème siècle. Très creuse en 1125, la corniche devient de plus en plus plate au fur et à mesure qu’on avance dans le XIIème siècle, à Angy la taille relativement faible de la corniche (6 cm) permet de la dater des années 1150 ou 1160.


Le chevet



Extérieurement, le chevet et le transept, dominés par la masse à la fois imposante et harmonieuse du clocher, forment un ensemble du plus bel effet qui, fait assez rare, n’a pas été modifié depuis l’époque de la construction.


Un contrefort a été placé entre chaque pan du chœur polygonal pour épauler les retombées des voûtes. Chacun des pans est percé d’une baie en plein cintre surmontée d’une archivolte en pointe de diamant. C’est une ornementation que l’on retrouve dans de nombreux édifices de la région. (Cambronne, Mouy, Hondainville pour ne citer que le canton)


Le clocher


C’est incontestablement la partie la plus remarquable de l’édifice. La tour reste élégante malgré des dimensions imposantes (près de 6,50 m de côté). Un cordon de pointes de diamant surmonté d’un rang de boutons encadré par deux moulures, souligne les ouvertures. Chacune des quatre faces est percée de deux grandes baies. On peut noter que ces baies sont surmontées d’une archivolte également en pointe de diamant. Une corniche beauvaisine termine la décoration de l’étage des baies. Le pignon oriental est percé d’un oculus encadrant une rosace à six lobes autour d’un cercle, contrairement à son symétrique occidental qui ne montre qu’une baie en plein cintre. Un toit en bâtière coiffe l’ensemble : ce mode de couverture est beaucoup moins onéreux que les flèches en pierre comme celle de Cambronne.


Les anciennes cloches ont été fondues dans la période révolutionnaire et remplacées en 1830. Le cimetière, qui entourait l’église, a été transféré en 1832 hors du village.


Transept sud


Le bras sud du transept est plus élevé et beaucoup plus simple que son vis-à-vis. La corniche qui termine ses murs est une simple plate-bande en biseau. Un appendice a été ajouté pour servir de sacristie (XVIIIème) On remarque les encorbellements correspondants à la partie supérieure d’un escalier tournant. Une ouverture bouchée en forme d’arc brisé, occupe la partie nord de la face occidentale de ce bras du transept. Le maître d’œuvre avait vraisemblablement envisagé une ouverture vers un bas-côté qui n’a jamais été réalisé.


La nef


Continuons notre promenade après avoir jeté un oeil sur les deux fenêtres du mur méridional. L’étroitesse des ouvertures a permis de découper leur sommet dans une même pierre.


La nef de l’église d’Angy est un bon exemple de l’architecture en usage au XIème siècle. Dans les églises rurales du beauvaisis, pour la construction des murs on fait appel le plus souvent à de simples moellons noyés dans un mortier.


Visite de l’intérieur


Pénétrons par la porte latérale. Sur la droite, un curieux bénitier engagé dans le mur de l’église est formé par une cuve hémisphérique sur laquelle se détache, grossièrement sculptée, une tête chimérique. Les bénitiers remontant à cette époque sont très rares, celui-ci a été classé dès 1908, il est vraisemblablement d’époque romane.


 


Nous constatons que la nef n’est pas voûtée. Un plafond fait de planches cache la charpente, il est par endroit taché par des fuites de la toiture. Avançons jusqu’à la porte du fond. Nous laissons sur notre gauche un christ en croix que des âmes pieuses ont badigeonné en blanc pour ajouter à son malheur ! Le vitrail au-dessus de la porte représente le baptême du Christ par St Jean Baptiste. Nul doute que cette représentation chrétienne est là pour atténuer le succès de la source que le clergé s’est efforcé de freiner pour son côté païen. Continuons vers la gauche. Trois arcades, deux en arc brisé et une en plein cintre séparent la nef de son bas-côté nord. Ce dernier, également recouvert d’une charpente, est éclairé par trois fenêtres.


Selon Vermand, ce collatéral aurait été construit dans la première moitié du XIIème siècle. Vers 1150 ou 1160, on entreprit de reconstruire les parties orientales de l’église en remplaçant le sanctuaire du XIème siècle par un transept sur la croisée duquel on érigea le clocher et un chœur polygonal.


A remarquer un pierre tombale qui sépare le bas-côté du croisillon nord. (On peut y reconnaître une silhouette de femme dont nous ne connaissons pas l’identité).


Derrière nous, le vitrail qui se trouve au bout du bas-côté offre un beau point de vue.



Les vitraux, dont certains du XIXème siècle, que nous voyons dans cette église sont de deux types, certains s’inspirent de personnages religieux, d’autres plus nombreux se contentent de jouer avec les couleurs (1960).


 


 


 


Le transept


Avançons-nous sous la masse impressionnante du clocher. On appelle cet endroit la croisée du transept car effectivement elle se trouve au croisement du transept et de la nef prolongée par le chœur. Cette partie, comme tout l’ensemble oriental, est voûtée d’ogives. Ici les nervures sont constituées par deux boudins encadrant un tore en amande.



Du côté de la nef, ces nervures reposent sur des chapiteaux s’appuyant sur des colonnettes, du côté du chœur sur des cul-de-lampe. Les arcades qui s’ouvrent sur les croisillons (à gauche et à droite) sont moins larges que les deux autres et laissent en avant du chœur deux importants massifs de maçonnerie supportant le clocher. Le transept nord accueille la statue du Saint-patron de l’église Saint-Nicolas, patron des marins, des voyageurs, des enfants, des filles à marier et des parfumeurs, très populaire il est chargé de distribuer des cadeaux de Noël. Ce fut un rival redoutable pour Saint-clair que l’on venait prier à Angy. Trois fenêtres ébrasées vers le bas, éclairent cette partie de l’église. Au sol, des grilles qui devaient autrefois fermer le chœur sont stockées en attendant que la rouille fasse son œuvre. Sur chacun des piliers situés à l’entrée du chœur on peut encore voir les points d’attache de cette grille.


Avant de nous avancer dans le sanctuaire, jetons un coup d’œil sur les statues de la nef. A gauche de la petite porte, le patron secondaire du lieu Saint-clair (c’est écrit dessus), il est décapité et tient sa tête dans les mains. Devant lui, une statue représentant une femme couronnée qui pose le pied sur un homme, lui aussi couronné mais qui semble à sa merci, (qui est-elle ?). Près de la croisée du transept une vierge à l’enfant du XVIème L’enfant Jésus tient dans ses mains un petit oiseau. Dans le croisillon sud se trouve le départ d’un escalier tournant qui dessert les combles et permet l’accès au clocher. A gauche de l’escalier, la porte qui communiquait avec la sacristie est aujourd’hui condamnée, elle est surmontée d’une sorte de linteau dont la décoration est apparemment inachevée. Au-dessus, une statue (XVIIème) représente Saint-Louis tenant dans la main gauche la couronne d’épines qu’il rapporta de croisade. Dans ce transept sud figure également un Saint-Nicolas en bois doré de petite taille pour les processions et une boîte à bannières vide. On y trouve également un grand lutrin représentant un aigle.


Le chœur


Le chœur polygonal est éclairé par cinq baies largement ébrasées vers le bas et qui donnent beaucoup d’élégance au sanctuaire. La voûte d’ogives qui le recouvre est formée par six tores très fins profilés en amande, rayonnant depuis une clef centrale décorée de cinq feuilles stylisées. Ces nervures s’appuient sur des chapiteaux sur colonnettes ou sur des culs-de-lampe.


Sur la gauche, une statue du XVIIème est à remarquer, il s’agit de Saint-Jean baptiste, reconnaissable à la toison dont il est revêtu et au mouton qu’il tient dans ses bras. Certains l’ont confondu avec Saint-Roch, la sculpture est incomplète ce qui explique la confusion. Le vitrail de gauche est consacré à Saint-Nicolas, patron de l’église. De sa très riche légende, les deux épisodes représentés ici, sont particulièrement célèbres : la dotation des trois pucelles et la résurrection des trois enfants jetés au saloir.


« Un noble ruiné projette de prostituer ses filles, faute de pouvoir les marier ; elles sont sauvées du déshonneur par Saint-Nicolas qui, trois nuits de suite, jette par la fenêtre de leur maison une bourse remplie d’or. (Sur le vitrail, on voit les trois bourses en jaune). En période de famine, trois enfants demandent l’hospitalité à un boucher (ou un aubergiste) qui les tue, les découpe en morceaux « jetés au saloir comme pourceaux » afin de les servir à ses clients. En faisant le signe de la croix, le Saint parvient à rassembler les morceaux et à ressusciter les trois enfants. »


Le vitrail de droite est consacré à Saint-Louis, celui du centre représente le calvaire.


 


Conclusion


C’est à partir des XIII et XIVème siècles que change le rituel du baptême chrétien. Avant cette date, les catéchumènes étaient immergés en tout ou partie dans l’eau. C’est une des raisons qui font que très souvent l’eau n’est pas loin des églises primitives. A Angy, la présence d’une source a pesé dans le choix du site religieux. L’église d’Angy est un bel exemple de l’évolution architecturale de notre région. Un premier bâtiment, élevé dans la première moitié du XIème siècle, comprend une nef qui est celle que nous voyons actuellement mais dénuée de bas-côté et prolongée par un chœur dont nous ignorons le plan. Un siècle plus tard, on greffe un bas-côté au nord de la nef, une adjonction vraisemblablement rendue nécessaire à cause de l’accroissement de la population, et on perce le mur nord de la nef afin de permettre la liaison entre les deux parties. Quelques décennies plus tard, le chœur roman est remplacé par le chœur actuel de style gothique.


Au cours des siècles les modes et les techniques de construction ont évolué, l’église d’Angy a vu le jour dans une période romane et a été laissée pour compte dans une période gothique, les guerres, les crises, les épidémies, etc. ont empêché d’aller jusqu’au bout des projets. Telle qu’elle est maintenant avec son clocher élégant malgré ses dimensions imposantes, son chevet à cinq pans, Saint-Nicolas d’Angy, au milieu d’un square de verdure, est dans un coin agréable du canton. Dommage que des vandales aient abîmé le lavoir où coule toujours l’eau de Saint-clair.


Textes :


Janny Noblécourt


Illustrations :


Robert Dourlen


Documentation : 


Précis statistique sur le canton de Mouy (L. Graves)


Guide iconographique : La bible et les Saints (Duchet-Suchaux)


Angy en Beauvaisis (comte de Luçay)


L’église d’Angy (Dominique Vermand)


Histoire du Beauvaisis (Pierre Louvet)


Histoire de Mouy (Warmé)


Archéologie des monuments religieux de l’ancien Beauvoisis (Woillez)



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