PEUPLIERS - BOIS DE FEU

Le Paysage du Canton

Le paysage traduit toujours l'histoire du peuplement et de la mise en valeur du territoire : c'est un registre de la mémoire collective.

Depuis près d'un siècle, le Canton de Mouy, comme la France, à été le siège de transformations profondes dans l'utilisation du sol et dans la répartition du peuplement. Ces transformations résultent de l'évolution socio-économique et se caractérisent par quelques mots : 

- urbanisation

- industrialisation

- concentration

- exode rural

Le Canton de Mouy est en quelque sorte sur les marches de la Picardie et quand on quitte les plateaux sans arbres, mais couverts de moissons riches et variées, on aborde des territoires plus arides qui sont autant de bois particuliers.

Aux chênes et aux hêtres s'adjoignent les bouleaux, les robiniers, les érables, les merisiers et le Pin Sylvestre. Plus près de la vallée, le coudrier, le charme, l'orme et le frêne sont installés sur les calcaires tertiaires variés recouverts en partie de limons.

Tout à coup au détour d'un chemin qui descend, c'est la vallée, elle est recouverte de pâturages entremêlés de marais, mais piquetée de peupliers en ligne, parmi lesquels s'écoule lentement la rivière.

Sur les pentes ourlées de bois et de broussailles, envahies de friches, on découvre aussi d'anciennes carrières aujourd'hui abandonnées et béantes. Enfin depuis la dernière guerre, nous avons dans la vallée les trous d'eau des ballastières, transformées en domaine de pêche.

Coupe.jpg (31128 octets)Pour mieux comprendre, regardons la coupe ci-contre où l'on voit disparaître la craie de la plaine Picarde barrée au Sud par de grandes épaisseurs de sables et d'argiles que surmonte un couronnement de calcaires durs où les hauteurs boisées abritent des vents du Nord les villages de Thury, Hondainville, St-Félix, c'est le beau massif de la Forêt de Hez, vestige des forêts antiques.

Le peuplier est un élément du paysage du Canton de Mouy soit par ses plantations qui jalonnent les vallées comme une forêt galerie, soit par des alignements le long des eaux, des routes et en bordures des pâtures.

Si le secteur public personnifié par l'Office National des Forêts peut à bon droit s'enorgueillir d'être une organisation capable à la fois de protéger et de "conserver" la forêt, comme de l'aménager, d'y investir et d'y pratiquer avec succès une production de qualité en l'adaptant aux besoins présents et futurs, c'est sans conteste au secteur privé que revient le mérite de la culture du peuplier.

La populiculture a surtout pris de l'extension à partir de 1870. C'est à cette époque que le rôle et l'importance de l'énergie hydraulique dans la mise en place d'un tissu de petites industries dans la vallée du Thérain nécessite, pour alimenter les chutes, de relever le niveau de la rivière. Les prés humides de la vallée, volontiers inondés en hiver, sont alors transformés en peupleraies.

Généralement planté hors forêt et malgré sa qualité d'arbre recherché par l'industrie, la culture du peuplier s'apparente plus à l'agriculture et à l'arboriculture qu'à la sylviculture.

En France, les quelques 40 millions de peupliers fournissent avec 2 300 000 m3 par an 15 % de la production de gros bois, au second rang parmi les feuillus immédiatement derrière le chêne.

Très longtemps, la populiculture traditionnelle était l'affaire de petits propriétaires ruraux qui plantaient sans grand soin, et exploitaient plus ou moins tard lorsqu'une offre leur paraissait intéressante ou qu'un besoin d'argent les amenait à "casser la tirelire" que ces arbres représentaient.

Cette culture d'appoint n'a pas perdu son importance et son intérêt mais simultanément des industriels du bois ont planté pour assurer une partie de leur approvisionnement.

Evolution de la production.jpg (38246 octets)Depuis 1982, l'utilisation de nouveaux clones performants, des interventions faites à temps et correctement, fait que les peupleraies produisent plus rapidement.

 

 

Le Peuplier en France, en Picardie et dans le canton de Mouy

La superficie occupée par les peupliers au niveau national est d'environ 260 000 hectares et en Picardie ce sont :

- 16 800 hectares dans l'Aisne

- 11 500 hectares dans l'Oise

- 4 700 hectares dans la Somme

- 508 hectares dans le Canton de Mouy.

1993

Peupleraies

Taillis sous futaies Tailles

simples

Futaies

résineuses

Futaies

feuillues

Totaux Superficies

des

communes

% des terrains

boisés

Angy

26,11,06

8,70,83

39,91,87

 

 

74,73,76

360,32,55

20,74

Ansacq

2,90,23

13,04,32

172,11,16

 

1,05,30

189,11,01

840,26,60

22,51

Bury

130,94,96

95,40,03

91,85,96

220,12,13

 

538,33,08

1704,72,62

31,58

Cambronne

17,66,95

71,88,52

140,71,00

 

 

230,26,47

933,67,00

24,66

Heilles

106,71,92

94,26,53

23,06,63

 

 

224,06,08

601,42,13

37,26

Hondainville

101,85,51

121,28,86

36,31,27

14,24,89

 

273,71,23

600,12,13

45,61

Mouy

95,91,69

67,58,95

104,83,99

 

 

268,34,63

987,19,54

27,18

Neuilly s/s Clermont

5,11,51

3,69,96

91,45,99

8,46,35

 

108,73,81

774,56,09

14,04

Rousseloy

 

27,61,99

59,39,24

 

 

87,01,23

389,88,44

22,32

Saint-Félix

14,42,66

44,40,08

69,12,34

 

 

127,95,08

519,82,57

24,61

Thury s/s Clermont

6,33,85

132,56,86

44,23,92

3,50,00

2,1500

188,79,63

541,82,65

28,00

 

508,01,34

680,46,93

873,04,07

246,33,37

3,20,30

2311,06,01

8253,88,32

28,00

 

 

Année 1991

 

 

Qualité

placages

GRUMES DE PEUPLIER

Qualité sciages

 

TOTAL

02 AISNE

84 272

 

213 368

 

297 640

60 OISE

66 572

 

105 318

 

171 890

80 SOMME

23 004

 

52 565

 

75 569

PICARDIE

173 848

 

371 251

 

545 099

wpe6.gif (3876 octets)Répartition de la production de bois d'Œuvre par essence en 1991 en Picardie.

La grande famille des peupliers

Famille de peupliers.jpg (29951 octets)

La famille des Salicacées comprend environ 300 espèces et dans cette famille il y a deux genres : le genre SALIX et le genre POPULUS.

Le Saule pleureur (genre Salix) et le peuplier d'Italie (peuplier noir) sont deux espèces d'ornement que nous connaissons bien.

Avec sa ramure semblable à celle du cyprès, le peuplier d'Italie a été introduit dans l'Oise en 1762. II était depuis longtemps cultivé dans les régions méridionales pour la production de poutres, de pièces de charpente et de planches pour les carioles. Il convient parfaitement à la création d'alignements brise-vents.

Peuplier noir.jpg (55130 octets)

Le grisard : Fréquent dans notre région, le croisement naturel entre le peuplier blanc et le tremble donne un arbre majestueux. Plus tolérant que les autres peupliers, il peut vivre et se développer dans un taillis. Il a de beaux chatons avant l'apparition des feuilles, lesquelles vertes en dessous, sont couvertes au dessus d'un duvet grisâtre disparaissant plus ou moins au cours de l'été.

Le savoir populaire attribue au peuplier grisard des qualités plus appréciables que les autres peupliers. Bien des charpentes de nos maisons anciennes ont été réalisées en "grisard".

Les charpentiers l'utilisaient aussi pour fabriquer des escaliers de service. Il est aussi désigné quelquefois sous le nom de "FRANC-PICARD".

Liste des cultivars de peupliers utilisables en Picardie et financés par le Fonds Forestier National.

Peupliers euraméricains Peupliers interaméricains Peupliers trichobel

FLEVO

GHOY

1.214

ROBUSTA

BEAUPRE

BOELARE

DONK

FRITZI

PAULEY

TRICHOBEL

Les classiques :

  • LE ROBUSTA

C'est un peuplier de sexe mâle apparu en 1885 dans les pépinières SIMON LOUIS à Plantières-les-Metz. C'est le plus connu, et le plus planté dans notre région depuis des décennies.

Ses aspects positifs sont : une grande plasticité, un fût très droit, une densité de bois élevée.

Ses défauts : une sensibilité aux maladies foliaires, et une faible production. Il demande un minimum de 25 ans pour attendre des dimensions commerciales sur les meilleurs terrains.

  • LE 1.214

C'est une réussite des sélectionneurs italiens. Né en 1929, sa plantation commence dans notre région en 1961. De sexe femelle (coton) il exige des soins soutenus, mais permet d'escompter des rotations de l'ordre de 20 ans. La qualité du bois est appréciée, mais il est lui aussi sensible aux maladies foliaires.

Les nouveautés à la mode :

  • LE BEAUPRÉ

D'origine belge, ses plantations n'ont vraiment commencé qu'en 1982. Sa croissance juvénile est très rapide, mais ses accroissements se stabilisent à partir de la 7e année. Il redoute les stations humides où il y a risque de submersion en période de végétation.

 

  • LE GHOY

Il remplacerait très avantageusement le Robusta. Il est résistant aux maladies, il s'adapte à divers sols. Son démarrage est lent, mais sa croissance serait satisfaisante en fin de cycle de production. Il n'existe actuellement qu'à l'état de jeunes plantations, au plus âgées de 5 à 7 ans.

  • FLEVO, BOELARE, DONK, FRITZY PAULEY, TRICHOBEL sont encore très peu plantés, ils sont prometteurs, mais il faut se garder de tout engouement excessif.

Le long des rivières, les peupliers retiennent de leurs multiples racines le sol des berges. Certaines variétés n'ont-elles pas des racines de quinze mètres de long.

Où et comment planter des peupliers ?

Dans notre canton, les peupliers sont en majorité dans les marais des vallées où la profondeur du plan d'eau en été varie de 50 à 100 cm par rapport à la surface. La "Reine des Prés" qui pousse dans ces vallées est un indice de végétation favorable.

Il y a deux périodes de plantation l'automne et le printemps. Le choix entre ces deux périodes ne comporte pas de règle absolue, il dépend de la station.

On a l'habitude de dire qu'un peuplier a besoin de 50 m3 de sol prospectable. Si la profondeur de terre utilisable est de 1 m, les peupliers devront être distants les uns des autres d'au moins 7 mètres. Avec un sol limité à 50 cm, mettre les plants à 8 x 8 m ou même 9 x 9 m.

Dans le cas d'une plantation de peupliers en alignement simple, la distance peut être ramenée à 5 m.

En sol meuble et tourbeux, les plants sont mis directement en place sans ouverture de trous, ceux-ci étant réalisés directement à la barre à mine. La profondeur de la plantation doit être telle que le plant puisse tenir sans tuteur.

Preparation des plants.jpg (35050 octets)

Un beau plant doit être fort et sans blessure. On choisira de préférence des plants de 2 ans, de 3 à 4 m de hauteur, avec un diamètre à 1 m 30 du collet de 3 à 4 cm .

L'expérience prouve que la reprise est équivalente quelque soit le mode de plantation : plants racinés ou plançons.

 

 

Evolution de l'elagage.jpg (39867 octets)

Par conséquent, il est conseillé de planter en plançons : 

 

 

- c'est moins coûteux, 

- de manipulation plus facile, 

- d'installation rapide.

Le plant manifeste très tôt sa rapidité de croissance ce qui oblige dès la 2e et 3e année de plantation à former la tige, en éliminant les trop grosses branches et les cimes multiples.

L'époque d'intervention est indifférente mais il est plus facile d'intervenir pendant le repos de la végétation afin de permettre une meilleure cicatrisation (entre le 15 février et le 15 mars).

 

Developpement du peuplier.jpg (40451 octets)Pour produire un bois de qualité, il y aura lieu a de procéder à l'élagage, lequel consiste à intervenir progressivement et en s'arrêtant lorsque la bille élaguée atteint 8 m.

 

Coût moyen d'une plantation de 200 Peupliers sur 1 Hectare

Nous supposons qu'il y a absence de travaux préparatoires à la plantation : nettoyage du terrain, nettoyage d'un ancien réseau de fossés, création de fossés.

Année 1

- Fourniture et mise en place des plants...10 000F

Année 2

- Remplacement de 6 % de la plantation......600F

Année 3

- Taille de formation...................................950F

Année 5

- 1er élagage..........................................2 135 F

Année 8

- 2eme élagage de plus de 6 m.................3 085F

Total.....................................................15 915F

C'est un prix de revient minimum de 79,57 F par arbre, car il peut y avoir à mettre en place une protection contre le gibier (minimum 10 F par arbre), un désherbage, une fertilisation.

Dans vingt ans, lors de la récolte, il est probable que les arbres ne seront plus que 190 de 1,4 m3 de moyenne, soit un volume de plantation de 266 m3.

Évolution du prix sur pied du m3 commercial de peuplier 

(en francs constants 1990)

1973 :261

1974 :560

1975 :440

1976 :400

1977 :372

1978 :346

1979 :310

1980 :277

1981 :280

1982 :254

1983 :206

1984 :186

1985 :174

1986 :174

1987 :190

1988 :220

1989 :232

1990 :240

Depuis des années, le cours des prix du peuplier n'a pratiquement pas évolué, c'est donc une valeur qui a perdu 250 % en dix ans compte tenu de l'inflation.

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