Le linge
Les trousseaux emplissaient de grandes
armoires.
Il y avait des draps, du linge de corps, du
linge de table et des torchons (taillés dans des
vieux draps).
Laver douze paires de draps, cinq douzaines
de torchons, quatre douzaines de chemise de nuit
et de jour, demandait plusieurs jours. C'était
de la grosse toile de lin ou de chanvre,
rugueuse, épaisse, quasi inusable. En attendant
la grande lessive de printemps et d'automne, le
linge sali s'était accumulé sur une barre de
bois au grenier (pour lui éviter de moisir et de
s'abîmer), les bleus vêtements de travail, les
bas de coton, les tabliers, les mouchoirs se
lavaient tous les mois en petite lessive à la
chaudière ou sinon sur une épaisse planche de
chêne polie par l'usage.
Très souvent, les effets personnels étaient
très limités, les sous-vêtements masculins
particulièrement les caleçons, commencèrent à
être portés vers 1885, surtout par les jeunes
qui revenaient du service militaire, quant aux
sous-vêtements féminins, ils n'entrèrent en
usage que plus tard; les pyjamas étaient encore
inconnus et les dormeurs gardaient tout ou une
partie de leurs vêtements de jour.
Les
cendres de bois
En
vue des grandes lessives, les laveuses
conservaient la cendre de bois des cendriers et
les passaient au tamis fin pour obtenir une
cendre gris clair, fine et soyeuse au toucher.
Les cendres sous l'action de l'eau chaude
libéraient les sels de potasse qui traversaient
le linge. Chaque laveuse avait ses secrets. Ici
on écrasait dans les cendres des coquilles
d'œufs, là on utilisait
des orties pour qu'elles donnent ce bel œil bleu
qu'on cherche par l'azurage.
Entre l'eau chaude et les cendres de bois, il y
avait la dissolution des sels de potasse
(une petite opération chimique bien simple) qui
traversait le linge. La cendre du chêne était la
meilleure
Date des
grandes lessives
On choisissait de préférence Pâques et la
Nativité de la Ste Vierge. La Fréquence
dépendait de la richesse de la famille, les plus
pauvres les faisaient trois ou quatre fois.
En Picardie, il était déconseillé de le faire
pendant les "brouillards de l'Avant".
Veille
de grande lessive
Dès la veille du jour fixé, la ménagère
devenait fiévreuse. La servante qui restait les
bras ballants ou qui prononçait une parole de
trop était vertement rabrouée. Les hommes
n'avaient plus guère accès à la cuisine et les
enfants ne s'aventuraient plus dans les jambes
des ouvrières !... Les bêtes familières, chiens
ou chats, perdaient le droit de faire la sieste
au bord de l'âtre.
C'était aussi la sortie du cuvier pour le
nettoyer, l'abreuver, le placer sur une selle,
un trépied de quatre vingt centimètres de haut.
Ce cuvier est une belle pièce de tonnellerie
à qui les années ont donné une belle couleur
blonde. Il pouvait avoir un mètre trente de haut
et un mètre cinquante de diamètre. Il était en
"douelles" de chêne de vingt sept d'épais...
Il se plaçait près la chaudière et on
enfonçait une cannelle dans la bonde du bas ou
un bouchon de paille de seigle. On plaçait sous
la cannelle une bassine ou sinon une "coulotte"
qui était une gouttière en zinc qui aboutissait
dans la chaudière où l'on faisait bouillir
l'eau.
La bassine obligeait à des vidanges dans la
chaudière quand elle était pleine.
La
première journée : le trempage
Le linge était mis dans de l'eau tiède.
La
deuxième journée : le décrassage
Savonné au savon de Marseille à la brosse de
chiendent, le décrassage se faisait dans une
"tinette" montée sur un trépied ou sinon à
pleine eau au lavoir avec du savon et le
battoir... On enlevait le plus gros et c'est
souvent une "artisane" qui était chargée de
"décrasser". C'était une maîtresse femme à
grosses mains rouges avec une langue preste, une
mémoire imperturbable, une documentation
parfaite. Elle savait tout et le reste. Elle
l'exprimait avec franchise dans un langage
direct et robuste. On l'écoutait. Elle apportait
dans la famille l'air du dehors et même le grand
vent des au-delà du Canton.
La
troisième journée : la buée
C'était l'opération dite du "coulage" qui
permettrait d'obtenir du linge parfaitement
blanc. On l'appelle la "buée" parce que cette
journée se fera à la buanderie dans une épaisse
vapeur, avec quelquefois la fumée envahissante
de l'âtre, si l'eau est chauffée dans la
cheminée. Le plus souvent, ce sera dans une
chaudière. Il y avait aussi l'odeur fade du
linge qui a longuement bouilli...
La lessive à la buée dégradait les murs et
les plafonds, sans parler des mains des
lavandières qui étaient rendues douloureuses par
le fréquent contact avec la lessive chaude.
Pendant que certaines femmes s'activaient autour
de la chaudronnée d'eau à bouillir, les autres
préparaient le cuvier.
Au fond du cuvier on étalait une botte de
paille de seigle ou bien un petit fagot de
bouleau ou de sarments de vigne. Les sarments de
vigne était un bois réputé ne pas se décolorer
et il durait de longues années. On maintenait
ainsi un écart entre le linge et la goulotte qui
servirait à l'évacuation des eaux.
Ensuite on disposait un vieux drap qui devait
recouvrir les parois internes du cuvier et
même dépasser de quelques centimètres les bords
du cuvier. Par dessus, dans un ordre déterminé,
on empilait les draps, le linge de corps, le
linge de table et les torchons. Entre chaque
couche de linge, bien égalisée, on épandait des
lamelles de savon et des chapelets de racines
odorantes, généralement des racine d'iris
desséchées au soleil ou au four. Cette pyramide
ainsi montée à 15 cm de bord, on rabattait le
drap d'enveloppement et dernière opération, on
étendait par dessus une grosse toile de chanvre
sur laquelle on étalait de 10 à 15 cm de bonne
cendre de bois; quelquefois on allait chercher
dans le jardin une branche de fenouil que l'on
plaçait sur la cendre. La lessive était prête et
"la couleuse", une spécialiste, allait exercer
son savoir dans cette méthode apparemment
primitive. II s'agissait de puiser l'eau
bouillante dans la chaudière et de la verser
dans le cuvier, sur les cendres, en surveillant
la température et les quantités, une lessive
trop "forte" pouvant ruiner le patrimoine
vestimentaire familial. L'eau traversait ensuite
le linge et s'écoulait goutte à goutte par la
cannelle, dans la petite cuve placée sous le
cuvier. Ensuite on versait l'eau de la petite
cuve dans la chatière pour la faire réchauffer.
C'était un transvasement permanent qui allait
durer une demi-journée, parfois une journée. Il
n'était pas nécessaire d'utiliser
d'anticalcaire, ni d'assouplissant, ni de "protergent".
On réalisait ainsi depuis le fond des temps ce
que sa Majesté la
Science a découvert très tard sous le nom
d'"épuisement méthodique".
Il fallait maintenir le feu ardent sous la
chaudière, arroser la cendre, récupérer l'eau de
lessive, laquelle prenait peu à peu une teinte
ambrée. Lorsque l'eau de lessive ressortait
presque bouillante, la lessive était faite. Il
suffisait de laisser refroidir jusqu'au
lendemain matin en recouvrant le cuvier d'une
couverture pour maintenir la chaleur.
Un
des secrets pour couler une bonne
lessive était du début jusqu'à la fin
d'augmenter progressivement la chaleur de l'eau
de lessive.
Les laveuses ressortaient fourbues, le
corsage et jupe plus trempés que le linge
qu'elles ébouillantaient, autant ruisselantes de
sueur qu'elles l'étaient de vapeur. Cette
méthode qui se pratiquait depuis des siècles fut
supplantée à partir de 1910 avec l'invention de
la lessiveuse.
La
quatrième journée: le rinçage
Quand on allait rincer le linge au lavoir, à
la fontaine ou à la rivière avec un battoir et
cette eau qui coulait, on voyait tout le savon,
toutes les impuretés partir. On avait
l'impression que non seulement le linge était
propre, mais que Soi-même se trouvait comme
purifié.
Au battoir sur la pierre lisse, ou la
planche, draps et torchons étaient tordus, tapés
à tour de bras, trempé rebattus et trempés
encore. C'était pour les lavandières, malgré les
mains gelées, engourdies par le froid une
agréable journée car rien ne leur interdisait
entre deux coups de battoir de cailleter à
loisir, de caqueter et de cancaner, bref de
juger le monde. Tous sujets de bavardage
épuisés, les commères chantaient pour se donner
force aux bras et cœur à l'ouvrage.
Pour avoir du linge "plus blanc que blanc"
certaines lavandières avant de le
sécher trempaient une dernière fois le linge
dans un bain d'eau claire où macérait dans un
chiffon noué une "boule de bleu".
Le
séchage
L'essorage ayant été fait au battoir le petit
linge était mis à sécher sur les buissons, les
haies et les draps étalés sur le pré
ou
sur des fils placés au vent. Lorsqu'il
s'envolait ou bien claquait clair au vent, il
était sec.
La
ravaudeuse
Elle venait après la laveuse et elle savait
aussi beaucoup de chose. L'on pouvait ainsi
contrôler et rectifier avec elle la véracité des
dires de la laveuse. Son travail consistait à
raccommoder le linge avant de le repasser. Les
guenilles qui ne méritaient plus d'être
ravaudées finissaient en chaussettes
russes dans les sabots.
La
repasseuse
Elle en avait pour une semaine à remettre en
plis tout le linge, qui était replacé dans les
armoires en intercalant des sachets de racines
d'iris.
Voilà pourquoi les lourdes armoires de nos
grands-mères fleuraient bon mille senteurs
champêtres. Et ce n'était certes pas le bas de
laine rebondi d'écus caché entre les piles de
draps qui contrariaient cette délicate
fragrance. Car l'argent c'est bien connu, n'a
pas d'odeur...
Les
LAVOIRS

Le
Lavoir de St-Félix ( Photo prise le 12/11/06 )
Autrefois il y avait au moins un lavoir par
village ou hameau et l'on pouvait estimer
l'importance du village par rapport au nombre de
lavoirs que possédait ce village. Il y avait les
lavoirs situés près d'une source pour être moins
sujets aux variations du niveau de l'eau et à la
pollution de cette dernière, et les lavoirs
aménagés sur la berge d'un cours d'eau.
N'oublions pas les lavoirs alimentés par un
puits artésien comme celui de Mouchy la Ville.
Un texte de loi daté du 5 février 1851
tendant à développer l'hygiène est à l'origine
de la construction de beaucoup de lavoirs.
Les travaux étaient mis alors en adjudication
sur rabais à la chandelle, d'où une certaine
similitude de conception et de matériaux.
Dans certaines communes, les femmes
utilisaient les lavoirs gratuitement, dans
d'autres communes, elles devaient payer un
droit.
Exemple : 40 centimes pour un lavoir
couvert, 25 centimes pour un lavoir non couvert
et c'est le garde champêtre qui encaissait les
redevances.
Les plus anciens lavoirs étaient construits
en bois avec des panneaux. A partir de la moitié
du 19ème siècle, les briques ou les pierres de
la région sont devenues les matériaux utilisés
pour construire des murs autour du lavoir et le
recouvrir avec un toit ou une ou deux pentes en
petites tuiles plates.
De grandes dalles ou grands madriers de bois
étaient légèrement inclinés dans le sens de
l'eau pour faciliter le travail. En effet sur
ces plages inclinées les femmes frottaient le
linge à l'aide de la brosse et du savon.
Agenouillées dans une boîte de bois garnie de
paille dite "barrot", cette boîte avait sur le
côté un petit compartiment où se plaçaient la
brosse à chiendent et le savon.
Quand intervenait le rinçage en eau vive, la
lavandière se saisissait du battoir pour évacuer
l'eau savonneuse du linge. Une dernière fois le
battoir servait à essorer le linge rincé.
Ensuite le linge rentrait vers la maison
transporté à la brouette dans des baquets en
bois ou en zinc.
Quand les adductions d'eau ont apporté l'eau
à domicile, les lavoirs ont été déserté, après
avoir vécu la plupart ont disparu dans
l'indifférence.
Dans notre canton nous en avons encore :
1 à Angy
2 à Bury
2 à Heilles (dont 1, à Mouchy la Ville)
2
à Hondainville (dont un sur une propriété
privée)
1 à Fillerval hameau de Thury
1 à Rousseloy
1 à St-Félix.
Voici un petit circuit pour les beaux jours,
un bon endroit pour y pique niquer.
Charles Péguy écrivait : il y aurait de bons
courriers à faire de France et de pays que nous
croyons connus : l'étrange n'est pas toujours au
pays étranger ! on ferait d'immenses découvertes
chez soi, on obtiendrait de singuliers résultats
si l'on savait regarder le pays habituel d'un
regard inhabitué; regarder la France comme si on
n'en était pas.
|
POÈME
:
Le lavoir |
Connaissez-vous le lavoir
et la source,
Au bord des bois sous les
saules,
Qui sont comme des gueux sans ressource
Tombés dans les herbes jaunes
?
Dans l'eau claire qui
scintille
Le soleil, comme un faune,
Avec toutes ses flammes se
joue;
Les laveuses, prestes
filles,
De leurs draps mouillés lui
giflent la joue;
La mousse bleue et le
battoir,
Soleil, ont troublé ton
miroir.
Sournoisement entre les
branches
Tu te penches
Et viens, sur les bras nus,
mordiller la
peau blanche,
Et tout à coup les rires
Entre les lèvres fines
Battent de l'aile, ainsi que
des mésanges
Lorsque renaît l'avril.
- " Eh là, Margot, mon ange,
Quels fruits trop lourds
Hors de ta chemise ont jailli
?
Le doux soleil leur fait la
cour :
Ils sont trop beaux pour
n'être pas cueillis !»
-" Folles, ce sont des
oiseaux
Que j'ai pris dans leur nid
tantôt,
Des tourterelles !"
- M Allons ! gamines, l'eau
s'enfuit;
Le lavoir crève :
Vite des chiffons et de
l'herbe !
Le linge court dans les
épines :
Qu'on se dépêche,
Et le repêche !» '
-« C'est fait ! Tordons les
draps;
|
|
Sur le rideau là-bas
Étendons mouchoirs et
batistes !»
- « Non ! non ! Qu'on ne
s'attarde point ! A genoux pour
vos pénitences !
Saisissez l'étoffe à pleins
poings;
Frottez et battez sur la
planche
Draps et chemises,
Qui seront doux à la peau
blanche;
Car c'est lessive !»
Ohé ! Fillettes,
Il faut laver,
Laver le corps et laver
l'âme,
Tout ce qui souille, tout ce
qui damne;
la Lavez, lavez et lessivez !
Ce que vous faîtes,
Le soleil le fait lui-même;
Vous le voyez !
Dès que vous serez parties,
Dans la fontaine
Il reviendra baigner son
quotidien souci;
Car il monte vers lui
Tant de rancœurs et tant de
haines
Que par instants il
s'obscurcit :
C'est pourquoi, sous les
saules,
Entre les roseaux jaunes,
Il y a de l'eau claire et
pure qui jaillit.
Lavez, lavez ; faites de la
blancheur;
Toute blancheur cache des
flammes :
Lavez le corps et lavez
l'âme,
Lavez le cœur,
Lavez, ô femmes !
Phileas Lebesgue
Les Chansons de Margot 1926
|
Vieux
souvenirs de deux lavoirs à Bury
1857 : on les habille de neuf
Le 6 décembre 1857, le Conseil Municipal de
Bury approuvait "un devis estimatif pour la
couverture de deux lavoirs publics au chef-lieu
...
(devis) établi par le sieur Brebant,
architecte à Mouy "
- pour la fontaine au lavoir Saint Fiacre
: 583,42 F
- pour le lavoir de l'Orme
:
629,09 F
- honoraires de l'architecte
:
60,00 F
Total
: 1 272,51 F
En bonne gestion communale, il fallait
dégager les crédits correspondants : on décida
d'y affecter - 1000 F déjà votés pour cela au
budget supplémentaire de 1857 - le "produit" de
nouvelles concessions créées au cimetière (les
morts venant ainsi en aide aux vivants !) - et
un excédent de recettes de 80 F.
Non sans quelques années de retard et cédant aux
objurgations de la sous-préfecture, le Conseil
burysien se mettait ainsi en règle avec la loi
du 5 février 1851 sur le développement de
l'hygiène (nous
dirions aujourd'hui : la promotion de la santé
publique), avec un double but : le linge lavé
plus blanc, et les lavandières mieux protégées
des courants d'air et intempéries.
Ces mêmes lavoirs, tels qu'ils furent alors
réorganisés au point de vue maçonnerie,
charpente et couverture, viennent d'être
restaurés en 1987-1989, avec l'aide de l'actuel
conseil municipal, par une équipe de bénévoles.
Des
fontaines immémoriales
Le registre des délibérations de 1857 laisse
clairement entendre qu'il s'agissait déjà de
restaurer deux ensembles "fontaine-lavoir" pré-
existants, autrefois en plein air ou sous abri
sommaire, mais depuis longtemps aménagés au sol
en trois compartiments dallés (encore nettement
visibles au lavoir de l'Orme) : l'eau de la
source, présumée pure et en tout cas fraîche,
était recueillie dans un premier bassin destiné
au puisage de l'eau "potable", puis s'écoulait
successivement dans les deux parties du lavoir
proprement dit, équipées de vannes pour 1es
vidanger, une fois savonnage et rinçage
terminés. Sur un vieux plan, on retrouve cette
disposition typique dès avant la Révolution. A
la sortie des lavoirs, l'eau s'évacuait enfin
sous la forme d'un "ru" qui serpentait jusqu'à
la proche rivière.
La
fontaine Saint-fiacre
La fontaine Saint -Fiacre remonte peut-être
aux temps de la religion gauloise : les sources
y étaient sacrées, et souvent lieux de
pèlerinage, voire d'intercession pour des
guérisons. Lors de la christianisation de notre
pays, le clergé, plutôt que d'en détourner les
adeptes, préféra mettre ces sources sous le
patronage d'un saint thaumaturge : ainsi, la
"fontaine St Clair" d'Angy, censée guérir les
maux d'yeux ("Saint Clair, mais c'est bien sûr
!"); ou la "fontaine des Vierges" à Balagny, si
réputée qu'elle est mentionnée sur la carte de
Cassini vers 1755; ou encore, un peu plus loin,
la "saine fontaine" de Bulles, vers laquelle
affluaient jadis toutes sortes de malades
(profitant d'un tel label, cette même eau a été,
à notre époque, mise en bouteilles plastiques et
commercialisée jusqu'à ces dernières années).
Alors, pourquoi notre "fontaine St Fiacre ?"
On peut avancer que ce saint-là était patron des
jardinier. (il y avait beaucoup de cultures
maraîchères à Bury) et qu'il était présumé
guérir, entre autres infirmités, ... les
hémorroïdes (pour lesquels, miracle ou non, un
bain de siège froid était de toute façon
conseillé par les vieux médecins). En outre, la
dite fontaine était située dans un cadre
religieux, en bas de la "rue des prêtres" ou "de
Lettres" (actuellement rue Émile Zola) où se
situait le presbytère du curé et qui menait à
l'église paroissiale, laquelle était dédiée à St
Lucien, à St Pierre et ... à St Fiacre.
La
fontaine de l'Orme
La "fontaine de l'Orme", en bas de la "rue
Mangny" ou "du prince" (actuelle rue Gambetta),
semble avoir été plus profane. Elle se trouve
encore au bord d'une petite place publique, au
centre de laquelle régnait sans doute le
traditionnel orme ou ormeau et où la jeunesse du
pays devait avoir coutume de se rencontrer : une
expression qui a survécu depuis ce temps-là (les
dictons ne font-ils pas aussi partie du
patrimoine ?) nous fait encore dire : "Je t'ai
attendu sous l'orme" pour "Tu m'as posé un
lapin", c'est-à-dire "Tu n'es pas venu au
rendez-vous fixé". Hélas, on a planté récemment
sur cette placette un "arbre de la liberté" qui
est... un tilleul.
1891 :
des lavoirs sur rivière
Mais revenons-en aux lavoirs : en 1891, la
population de Bury ayant augmenté et donc aussi
la quantité de linge à laver, le conseil
municipal décide de compléter les lavoirs sur
fontaine par des lavoirs sur rivière, notre
rivière étant ce bras du Thérain que nos
ancêtres appelaient le "fossé l'Évêque",
probablement parce que l'initiative en était
venue de leur seigneur et maître, l'évêque-comte
de Beauvais : certes il avait pris la décision,
pour drainer les marécages et pour implanter des
"moulins", mais c'est les paysans qui durent le
creuser et l'histoire, injuste, ne nous a pas
gardé leurs noms.
Donc, à la fin du 19ème siècle, quatre
lavoirs communaux (et quelques lavoirs privés)
se créèrent sur la rive, construits en dur avec
murs et toit, au bout des sentiers aboutissant
au Fossé l'Évêque. Étant donné que le niveau de
celui-ci était variable et que les nouveaux
édifices ou édicules ne flottaient pas comme des
bateaux-lavoirs, certains furent dotés d'un
plancher en bois qu'un ingénieux mécanisme
permettait de monter ou descendre pour le mettre
au ras de l'eau. Il n'en subsiste que des
vestiges.
Lessive
à la maison et eau courante
Faut-il préciser, pour
conclure, que toute la gente féminine ne se
retrouvait
pas aux lavoirs publics, si commodes qu'ils
aient été
et
si propices à l'échange
des nouvelles ou confidences. Le lavage du linge
se
faisait aussi à la maison (ne dit-on pas qu'il
vaut mieux "laver son linge sale en famille"),
surtout si l'on possédait un puits à soi et 4 à
plus forte raison si l'on
disposait d'eau courante à domicile : en effet,
au-dessus du village, à flanc de colline, au
lieu-dit "les Fonts", une source à fort débit
avait été reliée par des canalisations
souterraines à certaines maisons, et de nos
jours encore ce réseau permet à plus d'un
burysien d'arroser son jardin gratis.
Puis, dans les années 1950, l'eau courante au
sens moderne fut installée partout. Alors, les
fontaines, les puits, les pompes et les lavoirs
se sont endormis, attendant sans rancœur le jour
où - qui sait - nous aurons à nouveau besoin
d'eux. Quoi qu'il en soit, au lieu de les
laisser tomber en ruines, ne vaut-il pas mieux
les sauvegarder ?
|
Patrons et patronnes |
|
des blanchisseuses : |
St Blanchard, 10 mars. |
|
des lingères : |
Ste Véronique, 4 Mars. |
|
des lavandières : |
Ste Marthe, 29 Juillet et
Ste Claire ou Clarisse, le 12 Août. |