La Brosserie activité désignant
communément la fabrication et la
commercialisation des brosses de toute
sorte, est à mettre au rang des
savoir-faire et traditions du canton de
Mouy.
Celle ci a concerné et concerne encore
de nos jours plus particulièrement les
communes situées dans la vallée du
Thérain ; elle s'inscrit en ce sens dans
la lignée des activités artisanales et
industrielles ( textile cuir, chaussure,
etc...) qui tiraient partie d'une ,force
Fournie à bon compte pan le Thérain. En
effet , cette rivière à forte
dénivellation; inutilisable pour la
navigation est depuis les époques les
plus reculées, jalonnée de très nombreux
moulins. Plus de cent entre la Source
dans la Seine Maritime et Montataire à
la confluence avec L'Oise.
Les activités développées sur les fonds
de la vallée marécageuse impropre à
toute forme d'agriculture autre que
l'économie herbagère, contrastent avec
l'essor agricole que connaissent les
communes des plateaux avoisinants du
Clermontois et du Pays de Thelle .
Ainsi à deux types de milieux
géographiques nettement différenciés
correspond deux types de ressources pour
les populations : l'agriculture
extensive ou l'industrie.
La
Brosserie THOMAS à Bury vers 1908-1909
Une partie des bâtiments est toujours
visible en ayant été légèrement
modifiée, à partir du chemin
départemental N°12.
1ère Partie - Aperçu historique
Les Industries Traditionnelles du XIXe
Siècle dans le canton de Mouy
L'économie du canton, de Mouy est
marquée durant tout le XIXe Siècle par
une succession de filières artisanales
et proto-industrielles qui n'arrivèrent
jamais à se développer, à l'exception
d'une seule : la Brosserie.
Les premières activités mentionnées
durant les années 1820-1835 font part
d'une forte proportion de travaux liés
au textile, notamment la filature de
laine à Bury et Mouy, la bonneterie de
laine à Angy ou encore la confection des
draperies et étoffes de laine. Le tout
est accompagné des secteurs de
fabrication amont et aval tels que
l'apprêt réalisé à Mouy, Hondainville et
Heilles dans les Moulins à Foulon (1)
ou la teinture pour étoffes.
Cette industrie disséminée dans une
multitude de petits ateliers ou parfois
même à domicile chez des tisserands (720
pour la draperie en 1837) devint vite
concurrencée par les toiles Saint
Quertinoises et Rouennaises.
Ayant presque totalement disparue vers
1840, elle laissait la place à
l'industrie du cuir, de la chaussure et
des activités annexes ( corroyerie,
lacets, etc... ) dès 1845.
A. DESJARDINS BEAUVAIS 1837
Mais là encore deux décennies plus tard,
la concurrence réduisait l'activité à
peu de chose. Sans relâche, la
population s'orientait alors vers le
travail du bois ( marqueterie,
façonnage, tournage fabrication de
mesures linéaires ). Le choix était
difficile à supporter en la présence des
voisins du canton de Noailles qui
bénéficiaient d'une expérience séculaire
en ce domaine.
Dès 1880, le travail du bois se résumait
à quelques rares établissements. Seule
l'entreprise J. M. PAILLARD à Bury a
perpétué cette pratique jusqu’à nos
jours. La population de manière générale
a retiré et su montrer une grande
adaptation en fonction des acquis
techniques et des filières économiques
sans cesse remaniés.
C'est ainsi que vers 1875, quelques
fabricants de tabletterie, qui
connaissaient une expansion de leur
affaire dans Le Pays de Thelle,
s’installent dans la vallée du Thérain,
plus précisément à Mouy, Bury et
Hondainville.
Ceux ci trouvent des avantages dans
cette nouvelle implantation, ils y
bénéficient pour partie de la force
hydraulique du Thérain et par ailleurs
de la possibilité d'utiliser des moyens
de transport nouvellement créés. Le plus
bel exempte est sans contexte la voie de
chemin de fer de Beauvais à Creil
exploitée à partir de 1860.
La brosserie occupe tout au plus une
centaine de personnes en atelier, mais
un nombre bien plus conséquent à
domicile (300, 400 ?. . )
Le développement de la Brosserie dans le
Canton de Mouy
De manière globale, il y a
développement de la brosserie dans la
moyenne vallée du Thérain (c'est à dire
la portion de la rivière comprise entre
Beauvais et Mouy ) dès 1885.
Les raisons de ce développement sont
liées au fait que la corporation des
tabletiers souffrant de la concurrence
étrangère, cherche des palliatifs, des
dérivatifs, aux productions de
boutonnerie, jeux de société, etc...
L'os communément utilisé en tabletterie,
travaillé sous toutes ses formes laisse
entrevoir à certains la possibilité de
se lancer dans une nouvelle production :
la brosserie.
Celle ci est appelée à se développer
sous le coup de la demande en brosses à
dents plus particulièrement. Les brosses
à dents deviennent d'un emploi plus
généralisé à la fin du XIXe siècle et
contribuent au respect des règles
d'hygiène dentaire et buccale.
L'installation de la première brosserie
tabletterie dans le canton de Mouy est
attestée depuis 1864 à Hondainville . A
cette date un tabletier du nom de
Monsieur COSSART s'installe dans une
partie du moulin à Goulon, situé sur le
Thérain. Originaire de Cauvigny,
Monsieur Cossard fabrique des boutons
d'os et des anneaux. Un peu plus tard
(en 1881 précisément) son gendre
Monsieur FLEURY reprend l'affaire. Ce
dernier continue dans un premier temps
dans la fabrication des boutons d'os et
des anneaux, mais soucieux de
diversifier sa production, il s'engage
dans la manufacture des brosses à dents
et à ongles. Il s'entoure pour cela de
quelques ouvriers déjà au fait de tour
de mains, des communes de Cauvigny et
Noailles pour développer l'affaire.
Quelques années plus tard, c'est sa
veuve Madame FLEURY COSSART qui reprend
l’affaire, et qui par manque de place,
arrive à Saint Félix, dans les locaux
laissés vacants par Monsieur MASCRE,
scieur d'os pour boutonniers et
éventaillistes . Elle ne négligera pas
de maintenir la fabrication de boutons
d'os et de divers petits articles de
tabletterie en complément de la
brosserie. Cette solution lui permet de
réaliser, à partir des chutes de trop
petites dimensions pour obtenir des
brosses, des boutons en tirant le
meilleur parti de la matière première.
Monsieur FALCONNET reprit durant
quelques années la direction de la
manufacture à la mort de Madame FLEURY
COSSART avant de la revendre en 1910. A
ce stade, le devenir de la brosserie de
Saint Félix, comme celui de l'industrie
brossière dans le canton de Mouy,
découle de l'arrivée d'une seconde
brosserie installée à Bury quelques
années plus tôt. En effet, la brosserie
THOMAS à Bury est sans doute
l'établissement qui fixa de manière
définitive la brosserie dans
l'agglomération mouysarde à la limite
des territoires communaux de Bury et
Mouy, le long d'un bras du Thérain.
Celle-ci occupait l'emplacement de
l'actuelle scierie de J.M. PAILLARD le
long du chemin Départemental n ° 12.
Elle a débuté dans les années 1885, à
priori par déplacement d'une affaire
installée précédemment à Noailles. Cette
brosserie devait connaître de multiples
déboires malgré des débuts prometteurs.
Conscients des difficultés financières
de la Société, le directeur et plusieurs
contremaîtres décident de se lancer et
voler de leurs propres ailes.
L'expérience acquise, leur compétence le
leur permet aisément. C'est ainsi que
Monsieur Anatole LHOYER, directeur de
l'usine, la quitte en 1899. Il reste à
Bury pour continuer la Fabrication des
brosses à dents et brosses à ongles en
os. En 1905, il s’installe à Mouy sur
une plus grande surface. En 1912, la
brosserie THOMAS ferme définitivement
ses portes laissant un site vide,
réutilisé ultérieurement par la Société
J.M. PAILLARD.

Entêtes de factures des maisons "
Charles COET " ( 1922 ) et " A.AUTIN &
Fils " ( 1940 )
Celles-ci présentent les marques de
fabrication respectives. A noter que la
seconde fait état du déroulement
historique de l'activité. Le plan des
bâtiments rigoureusement exact, par un
effet de perspective et de vue
plongeante surdimensionné l'ensemble...
Monsieur Albert AUTIN entré comme
commis dès l'âge de 14 ans, devenu entre
temps contremaître, décide à son tour de
tenter sa chance. Il s’installe à Mouy à
partir de 1909, mais pour peu de temps
puisqu'il rachète en 1910 la brosserie
de Monsieur FALCONNET à Saint Félix.
Devant l'ouverture d'un marché en
expansion et les facilités de
communications ferroviaires, d'autres
brossiers viennent monter leur affaire.
Monsieur COET , dont les parents
exerçaient le même métier dans leur
atelier de Cauvigny, arrive en 1906.
Monsieur Cyrille ROUSSELLE, originaire
de Fay Saint Quentin (canton de
Nivillers ) suit quelques années plus
tard. A ces noms viendront s'ajouter
ceux de Messieurs BIET , BONNAIRE,
DEBRIE et DUMONT, tous fabricants à
Mouy. Cette liste est loin d'être
exhaustive, puisqu'au fil des
opportunités du désir d' imiter ses
voisins, le canton comptera jusqu'à
quinze entreprises dans ce secteur.
Caractéristiques de la main d'œuvre
Poux mieux en saisir les éléments,
précisons tout d'abord que celles ci
sont indissociables du mode
d'organisation du travail et des
techniques. Ces aspects feront l'objet
d'un développement plus particulier dans
la suite de cet article.
Les premiers chiffres précis et
significatifs de la population salariée
dans la brosserie sur le canton de Mouy
datent de 1876 (2).
Ceux-ci font état d'une soixantaine de
salariés en 1876, autant en 1886, 80 en
1896, 140 en 1901, plus de 400 en 1911.
Plus de la moitié travaillent à cette
date pour le compte de brossiers
installés à Mouy, 20% pour Le compte de
la brosserie AUTIN à Saint Félix et 20%
pour des industriels de Cauvigny Hermes
ou des environs. Ces salariés se
répartissent en fonction de la
domiciliation, sur la quasi totalité des
communes du canton, à l'exception de
Rousseloy.
Mouy abrite 111 salariés, Bury 87,
Heilles 58, Angy 44, Saint Félix 39,
Thury sous Clermont 25, le reste des
communes de 1 à 5 salariés.
Cette proportion moyenne, par rapport à
l'ensemble des brossiers du département
s'élevant au chiffre de 10 000,
dissimule au moins deux réalités. Une
grande partie des taches sont effectuées
à domicile par des façonniers qui
préparent une partie du travail ou par
les ouvrières qui font le montage des
brosses et qui omettent de déclarer leur
activité.
Plus de 300 salariés, exclusivement des
ouvrières employées au montage des
brosses sont recrutées sur le plateau
Picard, exercent pour le compte des
sociétés de Mouy ou Saint Félix.
L'activité, quelque soit la commune et
l'année observée, fait part d'une su
représentativité de main d'œuvre
féminine.
On compte généralement de 60 à 70% de
brossières pour 30 à 40% de brossiers.
Cette répartition s'explique par le fait
que le poste de travail dominant et
mobilisateur de 70% du volume de main
d'œuvre, fait appel exclusivement aux
salariées du sexe féminin.
En effet, le montage, opération qui
consiste à fixer les pincées de soie
dans les trous prévus à cet effet,
nécessite patience, doigts agiles et
minutie.
Cette caractéristique tait de la
brosserie, le métier le plus féminisé de
tout le département de l'Oise et du
canton de Mouy en particulier. La
première Guerre Mondiale a eu un effet
très mitigé sur les conséquences du
développement de la brosserie.
L'activité brossière semble avoir cessé
durant quelque temps, mais aucune
destruction des outils de production ne
fut à déplorer.
De surcroît, les brossiers installés au
nord du département, dans la bourgade de
Tracy le Mont ( canton d'Attichy) ont
connu pour leur part, l'exode sous
l'invasion Allemande et se sont fixés en
grand nombre dans les cantons de Mouy et
Noailles. Ceux qui n'étaient pas
mobilisés vinrent grossir les effectifs
des usines de Mouy et Saint Félix, en
apportant un savoir faire et des
pratiques qui étaient jusqu'alors
inconnues dans la vallée du Thérain.
En effet, Tracy le Mont était renommé
dans la fabrication de brosses de
toilette ( brosse à cheveux, à poudre, à
teinture, à barbe, etc... ) et a fourni
par le déplacement de la population
ouvrière, le moyen de développer cette
activité autour de Mouy.
Le créneau étant d'autant plus facile à
saisir que la production traçotine était
réduite à néant.
Au delà des années douloureuses, les
industriels continuèrent à fabriquer des
brosses de toilette à Mouy en ayant
gardé parfois quelques ouvriers
originaires de Tracy le Mont,
définitivement implantée à Mouy. De
même, les chefs d'entreprise eurent soin
de garder des contacts avec les ouvriers
et ouvrières rentrés chez eux. Grâce au
développement de l'automobile, ceux ci
portèrent le travail à domicile d'une
grande partie de la production
de brosses de toilette réalisées à Mouy
en organisant des tournées régulières.
Avant la première Guerre Mondiale

Voici.. brièvement présenté, le
déroulement des opérations techniques
telles qu'elles se présentent dans
l'espace étudié jusqu'à la veille de la
première Guerre Mondiale.
La fabrication ne comporte pas moins
d'une vingtaine de manipulations. Ce
nombre élevé est lié à l'hétérogénéité
des matières premières et notamment l'os
employé comme monture ( tête et manche
non garnis de poils )
Dans une première étape, les os sont
triés, car seuls sont utilisés pour les
brosses à dents et à ongles, les os de
bœuf et précisément des membres : tibia,
fémur os du bassin.
La consommation est telle qu'il n'est
pas rare à l' époque de les importer des
abattoirs américains : Chicago, Saint
Louis ou d'Argentine.
La première transformation consiste à
scier les têtes, inutilisables. On
découpe alors dans le corps de l'os des
bâtonnets ( pour les brosses à dents) ou
des plaquettes rectangulaires ( pour les
brosses à ongles ). Seule la partie
externe présente un intérêt, le cœur
constitué de moelle est éliminé.
Pour un deuxième passage à la double
scie circulaire, et en fonction de l'
écartement entre les deux lames, les
bâtonnets sont sciés en longueur,
largeur et épaisseur. D'un naturel
poreux, les os sont ensuite laissés à
tremper durant plusieurs heures en vue
de les indurer. Cette étape permet
d'obtenir dans les opérations suivantes,
un résultat propre et net ne laissant
pas apparaître de bavures ou d' éclats.
La mise en forme intervient alors. Cette
opération est réalisée avec une machine
appelée décoceuse, qui est constituée
d'une molette tranchante tournant sur un
axe. Par rotation, celle ci joue le rôle
de lame et entaille la matière pour
donner le galbe souhaité à la brosse.

Cette photographie prise en 1961 dans un
atelier de la Vallée du Thérain, montre
le sciage des os, en vue d'obtenir des
bâtonnets. La scie circulaire trempe
pour la partie inférieure dans un bac
rempli d'eau, ceci afin d'éviter
l'échauffement au contact de la matière.
Les paniers servent à recevoir les
bâtonnets de différentes longueurs.
La Forme est obtenue par couplage de la
molette avec un moyeu lisse suivant le
contour du modèle à exécuter. Le
façonnage complète l'étape préalable et
correspond à la nécessité de limer les
bords coupants et d'arrondir les angles
saillants . Le façonnage est réalisé à
l'aide d'une "wastringue" ou grattoir
constitué d'une lame d'acier maintenue
par des poignées, il embellit la forme
et l'assouplit avant d'être garnies de
soies, les brosses subissent quatre
traitements préliminaires qui sont :
Le blanchissement : car l'os de couleur
naturelle jaune pale paraît sale, il est
blanchi en étant trempé une nuit dans un
bain, d'eau oxygénée.
Le ponçage permet d'obtenir, après
décoloration, des manches lisses. Pour
ce faire, les bâtonnets sont disposés
dans un tonneau monté sur un axe et
relié à un moteur imprimant un mouvement
de rotation lent. Pendant 24 heures, les
os, au contact d'eau et de blanc
d'Espagne vont glisser, frotter ,les uns
sur les autres, ceci provoque une usure
superficielle et régulière. Séchés sur
des claies, les bâtonnets sont ensuite
percés de trous qui assureront la
fixation des pincées de soies. Ceci est
réalisé avec un foret gui perce
jusqu'aux 2/3 de l'épaisseur de la
monture.
Le contre perçage, opération qui
consiste à relier tous les trous de
perçage d'une même rangée, en procédant
d'un trait de scie pratiqué sur le dos
de la brosse, complète l'ouvrage. Par le
trait de scie, l'ouvrière peut
introduire le fil de nylon qui va
retenir l’ ensemble des loquets ( trous
garnis de soie) d'une même rangée. Le
fil de lin doublé et formant une boucle
est tiré à l'aide d'un crochet par
l'ouvrière qui saisit une pincée de soie
et la passe dans la boucle. Resserrant
les deux extrémités de la pincée, la
brossière tire d'un coup sec sur le fil
de lin : Le loquet est en place.
La dernière opération permet de
reboucher le trait de scie du contre
perçage avec une cire coulée dans les
rainures.
Il ne reste plus alors qu'à recouper et
égaliser la garniture et polir les
montures pour obtenir l'aspect brillant.
Sur cette photographie, on voit le
mouvement des doigts de la main gauche
qui plient la pincée de soie, tandis que
de la main droite, la brossière tire sur
le fil de lin.
( Photo D.BRANCOTTE - 1985 )
Évolution depuis la première Guerre
Mondiale
L'évolution majeure constatée dans le
secteur de la brosserie est liée à
l'apparition quelques années avant que
le conflit n'éclate, des premières
machines à monter les loquets selon un
procédé automatisé.
Celui ci est mis au point pan un
ingénieur austro-hongrois : Monsieur
GRUNEBERG et directement exploité à
Mouy. Les machines sont fabriquées sur
place pour assurer le suivi de la
production de brosses à dents. Ce
procédé est inspiré de celui en cours
sur des machines créées quelques années
plus tôt pour balais et brosses de
ménage. Sur ce type de machine,
l'opérateur devait déplacer manuellement
la monture de brosse pour amener chaque
trou à garnir devant un inséreur
mécanique actionné au pied. Un bras
articulé prenait la juste quantité de
soie pour emplir le trou, il l'amenait
devant un fil de laiton, sectionné pour
en faire une agrafe. L'ensemble était
alors poussé et piqué en force dans la
monture.
Le procédé GRUNEBERG permet de coupler
les deux opérations : piquage en force
des pincées de soie et déplacement de la
brosse grâce à un guide formé d'un galet
parcourant une surface bosselée appelée
"came".
Le travail toujours délicat, lent,
occasionnait même avec les
perfectionnements décrits, beaucoup de
déchets ; l'os s'avérant une matière
trop dure et non homogène.
L'innovation réside donc après la
première Guerre Mondiale dans l'emploi
généralisé des matières dites de
synthèse, telles que le celluloïd ou la
galalithe.
Cette dernière très tendre supprime à
l'utilisation tous les inconvénients de
l'os, notamment la préparation longue et
fastidieuse.
Après 1945, le procédé est perfectionné.
Celui-ci réside dans la précision et la
synchronisation optimale du déplacement
de la brosse mue par la came, par
rapport au va et vient du bras articulé
conduisant la soie pour être courbée et
agrafée.
Plus récemment les améliorations ont
surtout concerné l'adoption des
plastiques injectés (après 1945) ; les
montures directement utilisables dès la
sortie du moule sont conduites sur une
machine entièrement automatisée, puis
disposées sur des rails et acheminées
devant une chaîne technique qui assure
montage des loquets et biseautage des
têtes.
De telles modifications ont abaissé
considérablement les coûts de production
par le temps gagné et de là, les prix de
revient. La main d'œuvre a connu face à
l' apparition des machines de plus en
plus sophistiquées, une lente et
irrésistible baisse des effectifs.
A titre d'exemple, le temps gagné au
montage d'une brosse à dents peut
s'exprimer ainsi : six minutes étaient
nécessaires pour en monter une à la main
en 1900, une minute en 1920 suffisait à
la machine semi automatique, 20 secondes
en 1950 à la machine automatique, moins
de trois secondes aujourd'hui.
Contribution des mécaniciens brossiers
au développement des technologies
Sans que la question soit loin d'être
élucidée, dans son intégralité, force
est de constater que le canton de Mouy a
toujours su intéresser les constructeurs
de machines pour brosserie.
Deux constructeurs ont marqué leur
époque dans le domaine de l'élaboration
de machines, mais par une trop grande
diversité de leurs domaines
d'interventions, ceux-ci n'ont jamais
pu, au cours du XXe siècle, se consacrer
pleinement au développement des
technologies brossières.
Ces deux maisons sont les Ateliers de
Construction Mécaniques de Monsieur
André FLANDRE et de Monsieur Georges
THIRE.
Concepteurs de machines conçues pour la
fabrication de brosses à dents, ils
connurent chacun leur heure de
prospérité avant l'apparition des
machines semi automatiques ou
automatiques.
En effet, l'application des machines
était conditionnée par la seule
utilisation de l'os où la dureté était
facteur déterminant dans les
possibilités de mécanisation. Les
machines conçues à Mouy étaient
uniquement amenées à percer les trous
pour y fixer les pincées de soies. La
force était transmise dans tous les cas
à partir d'une roue hydraulique (Saint
Félix) ou par une machine à vapeur.
Les machines se composaient de deux
parties :
Une mèche fixée sur un tour, Un bâti
comprenant un chariot où était fixé la
brosse, mue par une poignée poussée
d'avant en arrière en vue d'imprimer un
mouvement de déplacement latéral à la
brosse. Crémaillères, chaîne et ressorts
complétaient l'ensemble.
L'avance technologique des concurrents
Belges et Allemands, utilisateurs de
matière de synthèse, s’afficha très vite
dans le choix et l’étude de machines
automatisées. Par leur savoir-faire,
elles ruinèrent complètement les
espérances des sociétés mouysardes.
Les dernières machines fabriquées à Mouy
datent de l’entre-deux guerre, et à
notre connaissance, seul un artisan de
la région de Compiègne utilise encore
deux machines THIRE. Celles-ci sont
âgées de plus de 80 ans.
Aujourd’hui, la construction de
machines, activité annexe à la
brosserie, permet d’affirmer qu’il y a
eu tentative de création d’une filière
technique " Brosserie " dans le canton
de Mouy.
Ces
deux papiers à lettre à entête font état
de l'ensemble des activités de deux
constructeurs. A noter que les ateliers
THIRE ont eu un prolongement par le
garage d'Automobiles du même nom.
La Brosserie au présent et au futur
Après la fermeture de la Brosserie AUTIN
à Saint Félix en 1979, qui rappelons le,
avait repris le site du moulin en 1909
(par Monsieur Albert AUTIN auquel
succéda son fils Marcel AUTIN, dès
l'entre deux guerre).
Seules trois entreprises perpétuent de
nos jours, la tradition centenaire de
l'industrie brossière. Toutes trois
situées à Mouy, elles assurent une part
non négligeable de la production
départementale et nationale de brosses
de toilette ( brosses à cheveux, brosses
à dents, brosses de maquillage,etc... )
.
Qui sont-elles ?
La Société Générale de Brosserie (S.G.B.
) implantée 20 rue de la gare à Mouy.
Fondée par Anatole LHOYER en 1899, elle
a connu diverses raisons sociales
(Société Franco Suisse de Brosserie,
etc... ) Celle-ci occupe plus de 200
salariés, dont 70% de main d'œuvre
féminine.
La production se compose pour
l'essentiel de brosses de maquillage et
de brosses à cheveux. La part des
brosses à dents est en pleine expansion
dans le volume de production de la
société.

Sertissage des semelles caoutchouc
garnies de picots, pour confection de
brosses à cheveux pneumatiques. le
modèle universellement répandu est l'un
des fleurons des Établissements
FOURNIVAL.
L'exportation représente 25'% du chiffre
d'affaires. Face au développement de la
production et la généralisation des
machines toujours plus importantes, la
société a ressenti le besoin de
décentraliser à Thury Sous Clermont la
partie "Injection des montures'' en
1983.
C'est sous l'impulsion d'un secteur
négoce de pâte dentifrice, brosses à
dents électriques, que la production de
brosses à dents connaît une nouvelle
vogue.
Celles-ci sont commercialisées sous la
marque "Docteur CHARCOT " (du nom, du
célèbre navigateur, qui faisait chez
Monsieur LHOYER, provision de brosses à
dents avant de partir en expédition vers
le Pôle... ) et vendues en pharmacie.
Les brosses à cheveux sont
commercialisées pour leur part sous la
marque "Gébé".
La production atteint des seuils jamais
égalée de par le passé, puisque les
machines les plus sophistiquées, qui
font appel à des programmes
informatiques pour assurer le montage
des loquets, permettent à partir d'une
seule chaîne technique de mener tout le
processus de fabrication. La production
maximale est assurée par quelques
machines qui réalisent jusqu'à 1 200
brosses à dents à l'heure, soit près de
10 000 en une journée, 40 000 en une
semaine. La S.G.B. produit deux millions
et demi de brosses à dents annuellement,
ce qui représente près du tiers du
marché français.
A cela viennent s'ajouter les 60
millions de brosses de maquillage,
pinceaux pour vernis et brosses de
rasoirs électriques qui sont produites
annuellement.
Les Etablissements FOURNIVAL situés rue
de l'Abattoir à Mouy ont une origine au
moins aussi lointaine que la S.G.B.
puisque c'est l'arrière grand père du
dirigeant actuel qui en est le fondateur
vers 1875, occupant une soixantaine de
salariés sur 2 600 m2.
Les Établissements FOURNIVAL se
distinguent essentiellement par la
qualité de leurs articles de brosserie
fine de toilette, les brosses à cheveux
de luxe notamment. Cet article constitue
80% de la production, le reste étant
constitué d'un peu de brosses à dents.
L' exportation assure 30% de l'
écoulement de la production.
La société réalise elle même toute la
chaîne technique en important les
matières brutes (soies de porc et de
sanglier, bois exotiques) et réexportant
les produits finis.
La commercialisation tant auprès des
grands magasins que des parfumeries, se
fait sous les marques MARLY et ALTESSE.
De plus en plus les Établissements
FOURNIVAL sont amenés à faire de la
distribution pour compléter l'éventail
de leur production.

Garnissage de bouchons de flacons de
vernis à ongles avec un pinceau
applicateur. Le travail consiste
essentiellement à contrôler la qualité
du travail et approvisionner la machine.
Sans atteindre des seuils de
productivité comparables à ceux
rencontrés pour les brosses à dents, ce
sont cependant plus de 300 000 brosses à
cheveux qui sortent tous les mois de
l'usine.
Enfin, il convient de mentionner les
Établissements RISSELIN AINE & Cie, qui
à Mouy emploient 800 salariés dans le
secteur de la pinceauterie pour
l'industrie du bâtiment.
Le travail délicat consiste à sertir les
soies dans une virole qui est ajustée
sur un manche de pinceau.
L'assemblage une fois réalisé, il
convient d'ébarber, bomber les têtes de
pinceau et vernir les manches. Fort de
ce savoir-faire transmis par la famille,
Monsieur RISSELIN est venu s'installer
peu après la seconde guerre Mondiale à
Mouy. Il a quitté pour cela Charleville,
où ,La tradition pinceautière est
ancestrale, pour se rapprocher des lieux
de commercialisation ( Région Parisienne
)
Il peut aussi s'approvisionner plus
facilement en soies de porc, qui
constituent l’exclusif de la garniture
utilisée. La production n'est, que
depuis peu, automatisée, mais assure une
qualité au produit fini, remarquable.
Production de brosses à vaisselle. La
partie gauche de la machine perce les
trous, tandis que le montage est
effectué sur la partie droite. On
aperçoit au-dessus de la brosse qui est
garnie de soie, le bras articulé et
l'inséreur.
CONCLUSION
Le devenir de la brosserie : quelles
orientations ?
Il est indéniable que certains secteurs
sont plus porteurs que d'autres, la
brosserie s'ouvre à l'aube du 21e siècle
vers des marchés qui ne demandent qu'à
croître.
Malheureusement, ceux-ci restent peu
nombreux.
La Fabrication de brosses à dents laisse
encore des perspectives d'avenir,
lorsque l'on connaît les progrès à
réaliser en matière d'hygiène dentaire
et le peu de consommation de brosses à
dents en France.
Avec moins de 20 millions d'unités
vendues annuellement sur le territoire
national, il n' est pas exclu de penser
que la consommation pourrait doubler
dans les dix prochaines années.
La France étant le plus mauvais
consommateur par habitant de brosses à
dents ( moins de une par an et par
habitant contre trois en Italie et
Grande Bretagne, quatre en Allemagne,
cinq en Suède).
L'évolution peut de se faire aussi vers
la diversification et la modernisation
des brosses à cheveux, ,tout en alliant
les aspects esthétiques et pratiques de
ces objets.
Enfin la vogue du bricolage peut augurer
L'arrivée de nouveaux créneaux de
clientèle amenée à consommer des
pinceaux et surtout à en changer plus
souvent, vu leur non réemploi lié à la
présence de solvants dans les peintures.
La Brosserie : tradition séculaire du
canton de Mouy sera certainement amenée
à jouer un rôle dans l'économie
brossière nationale, au moins aussi
important que durant les trente
dernières années.
Souhaitons lui longue vie….
(1)
Énumération des Établissements
industriels existants dans le
département de l'Oise, au mois de
Juillet 1835 parue dans l'annuaire
statistique et administratif du
département de l'Oise, de l'année 1837.
(2)
Chiffres recueillis à partir des États
Nominatifs de Population des communes du
canton de Mouy de 1876 à 1931.