Bury est une des églises de la région
qui, comme Cambronne-les-Clermont, se
compose d'une partie romane (peut-être
1140), d'une partie gothique et de
parties intermédiaires.
L'église vue de l'extérieur
La Façade occidentale
Jetons un premier regard depuis la
placette sur laquelle s'ouvre le portail
de l'église. Cette façade occidentale
est divisée verticalement en trois
parties par des contreforts qui marquent
la nef et les bas côtés et
horizontalement en trois étages: le
portail, les fenêtres hautes et le
pignon. A notre gauche, l'appareil du
bas-côté nord est moins soigné. Il est
plus ancien que le reste de la façade.
Le portail, en plein cintre, légèrement
outrepassé, repose sur deux ensembles de
quatre colonnettes. Un arc segmentaire,
pris dans le tympan, décharge le linteau
de la porte. Le constructeur avait
grande confiance en ce dernier car les
joints sont verticaux ce qui est un défi
aux lois de la pesanteur! Heureusement
une barre de fer maintient les claveaux
à leur rang et rassure le visiteur!
Au-dessus de ce portail, la façade
reprend l'aplomb du pignon. Trois
fenêtres éclairent la nef, celle du
milieu est plus large.
La Tour SAINTE-BARBE
Sainte
Barbe étant toujours représentée avec
une tour, ce nom a été donné tout
naturellement à cette construction qui
semble avoir eu une destination plus
militaire que religieuse. La flèche qui
la couronne n'a jamais eu de cloche et
ne peut pas en recevoir. Par contre,
depuis sa plate forme, on peut
surveiller tout le pays.
Une restauration maladroite a
couronné le sommet de la flèche de
crochets, de pointes et d'un pinacle à
fleurons dont le sommet culmine à plus
de 24 m du sol.
La Façade Nord
Dirigeons nous vers la place Jules
Ferry. Un premier regard met en évidence
la grande disparité entre la nef, petite
et basse et les parties orientales qui
surprennent par leur ampleur.
Dans les parties basses des murs
latéraux de la nef, apparaît souvent un
appareil de moellons irréguliers que
l'on retrouvera également dans le mur
ouest du transept du XIIème siècle.
Au-dessus de la toiture des bas-côtés,
on aperçoit des hauts de fenêtres en
plein cintre, décorés par des arcs en
pointes de diamant. La toiture du
bas-côté masque une partie de ces
fenêtres qui à l'origine devaient être
entièrement dégagées. M. Monnet dans son
étude sur l'église avance, après avoir
retrouvé des pierres plates dans les
combles, l'hypothèse suivante : les
bas-côtés auraient reçu primitivement.
Le Clocher
Au sommet de l'édifice se trouve un
moignon de clocher en lieu et place
d'une flèche qui n'a jamais été
construite ou qui s'est écroulée.
Le mur oriental du comble principal
nous donne des indications précieuses
sur le premier transept construit au
XIIIème siècle. Sur un mètre de hauteur,
apparaît fort nettement le soubassement
d'un clocher octogonal renforcé aux
angles par des massifs de maçonnerie
(étude archéologique de l'église de
Bury: M. Monnet).
Cet "appendice" abrite des cloches dont
le son n'avait pas de portée parce que
donnant au niveau des combles. Pour
remédier à cet état de chose il a fallu
construire des abat-son ouvrant sur
l'espace. Ces sortes de lucarnes, que
beaucoup de visiteurs prennent pour des
pigeonniers, sont aussi efficaces qu'un
clocher élevé mais beaucoup plus
économiques. Elles sont malheureusement
mal entretenues. Cette solution est
unique dans la région.
Dans l'angle nord de la nef, on
distingue une tête de bœuf, (encadrée
sur la photo) représentation symbolique
de St Luc (une figure ailée, St Mathieu,
dans l'angle sud marque un deuxième
angle du clocher, les deux autres
évangélistes devaient figurer aux autres
angles de la croisée du transept
primitif. M. Monnet) une couverture en
pierres disposées comme des lauzes. Des
traces laissées sur les murs, la nature
de ces dalles non gélives, (que l'on
trouve dans la découverte de carrières)
autorisent cette hypothèse. Ajoutons que
ce type de couverture avait été adopté à
l'abbaye de St Jean du Vivier, près de
Heilles.
Deux portes, aujourd'hui murées, se
devinent. Elles donnaient sur les
jardins et bâtiments conventuels qui
occupaient alors la place communale.
Juste sous la toiture de la nef,
admirons la magnifique corniche
beauvaisine, élément caractéristique des
églises du diocèse de Beauvais au XIIème
siècle. Très creuse en 1125 comme à
Bury, la corniche devient de plus en
plus plate au fur et à mesure qu'on
avance dans le siècle .
Le Transept nord
Continuons
vers la gauche pour rencontrer le
transept nord. En quelques pas nous
avons franchi presque un siècle. Dans
les parties basses, les ouvertures
présentent encore des formes arrondies
tandis que les parties supérieures
prennent des formes plus aiguës
habituelles des années 1235-1250. Les contreforts portent des traces de
constructions par ailleurs bouchées,
mais laissant la possibilité d'imaginer
l'existence d'un petit fossé longeant
l'édifice. L'humidité est l'ennemie
principale de l'église de Bury, le
terrain en pente est parcouru par des
sources qui alimentent dans le bas de la
rue, le lavoir dit de St Fiacre.
Le Chevet
Le chevet quadrangulaire longe la route,
l'étage bas du mur est ajouré d'un
triplet encadré de deux petits oculi. La
composition triple est habituellement
utilisée dans les murs plats de chevet
dans le 1er quart du XIIIème siècle . Au coin du transept sud et du chevet se
trouve une tourelle polygonale
d'escalier qui assure l'accès aux
combles et au clocher, la partie
supérieure de la flèche a disparu. Au
passage l'escalier dessert une "galerie"
qui permet aux habitants de Bury de
fantasmer sur les déclarations faites
depuis ce perchoir par les édiles de la
ville tout au long des siècles.
Dans
les trois murs pignons, l'éclairage est
assuré par les ouvertures supérieures en
forme de roses. La rose du bras sud du
transept s'inscrit dans un carré suivant
un schéma caractéristique de l'art
gothique.
Une
rosace devrait attirer votre regard
"éclairé" à ce stade de la visite
(comptez les lobes!).
Le Portail Méridional
Il s'ouvre au milieu de la deuxième
travée et reprend, en plus simple, la
disposition du portail principal. Les
vantaux refaits au XVIe siècle ont
conservé les pentures du XIIIème siècle.
Un oculus surmonte le portail.
Continuons pour passer devant la tour
Ste Barbe. Avant de pénétrer dans
l'église,
Jetons
un œil sur la porte et les pentures des
vantaux et sur la forme de la serrure
et de sa clé.
Le Plan
L'église est orientée N-E, S-o elle
prend la forme d'une croix, son chevet
est carré. Les trois premières travées
remontent au XIIème siècle. La quatrième
travée, le transept et le chœur sont du
XIIIème siècle avec des restaurations du
XVème siècle.
-Largeur de la nef entre les piles
4,22 m -Largeur des collatéraux 2,65m
-Largeur du chœur entre les piles
6,80m -Hauteur moyenne des voûtes de la nef
11,90m
-Hauteur du chœur 17,18m
Les Chapiteaux
L'église a été recouverte de badigeon ce
qui lui donne une assez bonne clarté. Des joints colorés ont été tracés
verticalement et horizontalement. Les épaisses couches de chaux
successives ont empâté le relief des
chapiteaux.
Les Chapiteaux à volutes
Ils sont placés dans les parties les
plus élevées et dans les bas-côtés.
Ils s'inspirent de décors végétaux comme
l'arum (plante commune de Picardie). On
ne peut qu'admirer l'habileté avec
laquelle, sous forme de rinceaux,
d'entrelacs de torsades, les sculpteurs
ont réussi leur décor.
Les Chapiteaux à atlantes
Situés dans la troisième travée du
bas-côté nord, quatre petits atlantes
soutiennent la retombée des ogives.
Voici comment les a vus M. Monnet : "Tous ces personnages sont assis, trois
d'entre eux, des hommes pourvus de
courtes barbes, soutiennent à bras
tendus la retombée des ogives, tandis
que la quatrième, une femme, repose les
mains sur les genoux. Les attitudes sont
raides et symétriques, les figures
inexpressives. La femme, ainsi que deux
des personnages masculins, ont le front
ceints d'un cercle d'orfèvrerie orné de
perles, ses longs cheveux retombent sur
ses épaules recouvertes d'un manteau
orné de bijoux cloisonnés" Monnet conclut : "Les atlantes de Bury représentent des
personnages considérables, monarques,
grands seigneurs, ou donateurs; leur
attitude même les désigne comme soutiens
de l'église."
Cette façon de représenter les
personnages soutenant l'église sera
reprise par l'école angevine à la fin du
XIIème siècle. Le docteur Woillez voyait, lui, dans ces
personnages la représentation de
Constantin, Clovis, Charlemagne et
Clotilde. D'autres érudits refusent
cette interprétation parce que le cercle
d'orfèvrerie qui retient leurs cheveux
n'est pas une couronne.
Les Chapiteaux à figures
Ils représentent des humains ou des
monstres.
Deuxième pilier nord, deux monstres
affrontés mi oiseaux mi-poissons. Deuxième pilier sud, figures à chevelure
et barbe bouclées, deux oiseaux semblent
dévorer la tête d'un homme, etc...
Les Chapiteaux Historiés
Sur le premier pilier nord de la nef,
deux chapiteaux représentent chacun un
moine, l'un bêchant la terre, l'autre
émondant des arbustes.
Sur le deuxième pilier nord est
représentée la décollation de St Lucien,
le bourreau à gauche (hache sur
l'épaule) s'agenouille devant St Lucien
qui tient sa tête (au milieu), à droite
St Pierre tient les clés du paradis pour
y accueillir le martyr. Sur le premier pilier sud de la nef, un
barbu tenant un sac dans chaque main
pourrait représenter l'avarice (ou un
donateur!).
Sur le deuxième pilier un prêtre revêtu
de la chasuble lève les bras au ciel.
Les Chapiteaux Historiés
Ils représentent (peut-être) l'histoire
médiévale de l'église St Lucien de Bury
racontée dans le cartulaire de l'Abbaye
de St Jean d'Angély rédigé en 1201.
Dessins de E. Woillez (1839/1849) et
photos de 1983 (France romane -
Zodiaque)
En 1078, le prêtre Albert, curé de Bury,
est désireux de rendre toujours plus
belle son église et d'y célébrer des
cérémonies toujours plus magnifiques. Il
décide de fonder une communauté de 4
chanoines en leur assurant, sur son
patrimoine personnel, les moyens de
vivre décemment pour assurer leur
mission de prêtre. Il demande à son
évêque, Guy à Beauvais, de prendre sous
sa protection et autorité le don qu'il
avait consacré à Dieu.
1084, 25 février. - Charte par laquelle
Guy, évêque de Beauvais, confirme la
création faite par un prêtre nommé
Albert, d'un monastère situé à Bury,
dans son diocèse, et frappe
d'excommunication tous ceux qui
voudraient le détruire. - Cart. orig.
fol. 7 recto; C. 1. XXVII bis. D-304
1085-1096. - Don par Lambert de Csenehot,
sa femme Aremburgis, ses fils Ansculfe
et Lambert, de divers biens à
Saint-Lucien de Bury (Oise).
Carta de molendino quod dicitur de
Buriaco. Notum sit tam presentibus quam futuris,
quod Lambertus de Csenehot et uxor sua
Aremburgis, filiique illorum, Ansculphus
et Lambertus, dederunt Deo et Santo
joanni Baptistae, necnon Santo Luciano
ac monachis (de) Buriaco, de obola
terrae arabilis quae est in Leato III
denarii; .../...
Vers 1090 (1060-1091).
Rogier Barba transige avec l'abbé Eudes
et abandonne ses prétentions sur
l'église de Bury, provenant d'Albert,
frère de la femme de Roger, et doyen de
l'église de Bury, qui en avait fait don
en devenant moine. Cet accord eut lieu à
Beauvais, en présence de Foulques,
évêque de Beauvais,
Henri, évêque de Soissons et autres
personnages. - Cart. orig. fol. 134,
recto. - C.1. LXIII, p. 247.
Un peu d'histoire
En 1078, le prêtre Albert, alors curé de
Bury, décide la création d'une
communauté de quatre chanoines, sur ses
fonds propres.
En 1084, Guy, évêque de Beauvais
confirme cette création.
En 1085, Philippe 1er, roi de France,
confirme les dons faits par Albert et
place le monastère sous l'autorité de
l'abbaye de St Jean d'Angély
En 1247, l'évêque Robert de Cressonsacq
installe à Bury, trois chanoines
réguliers venant de St Just en Chaussée.
L'église devient plus tard un simple
prieuré. Durant les guerres de
religions, le seigneur de Mouy qui était
protestant demande au prieur du moment
asile pour échapper à ses poursuivants.
Il versera en échange chaque année un
porc bon à manger, cet engagement sera
appliqué jusqu'à la Révolution.
Le Transept
La quatrième travée
La nef et les trois travées que nous
venons de voir ont été réalisées avant
le milieu du XIIème siècle (vers
1135-1140). Une 4ème travée fait la
jonction avec le reste de l'édifice.
Cette travée de plan trapézoïdal permet
l'extension en hauteur et en largeur des
dimensions de l'église, au moment où les
bâtisseurs ont acquis de nouvelles
techniques de construction. Un pilier suspendu, composé d'une
colonne reposant sur un cul de lampe,
est appuyé à un dosseret. Il s'élève
dans l'axe de l'arcade entre deux
colonnettes. Il avait sans doute une
destination bien précise qui n'a jamais
été réalisée. Une statue coiffe la
colonne. Il s'agit peut-être de St
Sébastien patron des archers.
La croisée du Transept
Trois des piliers de la croisée du
transept sont caractéristiques des
constructions habituelles du XIIIème
siècle, seul le pilier nord a été
reconstruit sur un plan octogonal
(curieuse restauration!). La voûte
primitive, probablement une simple
croisée d'ogives, a été refaite au
XVIème siècle (si on en croit M.
Bertrand Monnet). Une coursière a été
aménagée pour l'entretien des vitraux.
Dans les angles de petits passages
aujourd'hui bouchés, permettaient d'y
accéder depuis l' extérieur.
Les voûtes des croisillons ont été
refaites au XVIème siècle.
Sur le mur nord, un tableau représentant
Ste Catherine est une œuvre d'Herminie
Collard, épouse d'un industriel. Ce
dernier fit construire la "cité
Herminie" .
C'est dans le transept sud que se
trouvait "Le tryptique de la passion",
très beau retable daté de 1548, dont il
ne reste que l'entourage!
Le Chœur
Les voûtes du chœur de la première
travée ont été refaites au XVIème siècle
(10 à 15 cm d'épaisseur) celles de la
dernière travée (18 à 20 cm) datent du
XIIIème siècle. Le triforium* primitif, muré, se voit
encore dans la deuxième travée. Le plat du chevet accueille un enfeu*. Le sol est carrelé. Il est couvert d'une
végétation faite en grande partie
d'algues vertes, preuve d'une humidité
constante qui ronge littéralement la
pierre et le mobilier. Les murs
s'effritent, le bois pourrit.
Statues encore reconnaissables
Sur le mur du chevet
un Christ qui provient d'une poutre de
gloire.
Dans le chœur:
St Pierre, St Lucien, St Fiacre, Christ
en croix, Vierge à l'enfant, etc... Deux anges de
grande taille.
Sur la chaire*:
St Georges terrassant le dragon, St
Pierre, le Christ, St Lucien en évêque,
St Fiacre (le plus souvent ce sont les
évangélistes qui y sont représentés).
Face à la chaire
Christ en croix de facture populaire
(malheureusement enguirlandé comme un
sapin de noël avec des fils électriques
et des projecteurs).
Les Vitraux
Les quelques vitraux anciens de Bury
sont fort simples. Dans la partie nord
du transept, ils sont remplacés par du
verre ordinaire. Quelques uns sont
cassés et des pigeons viennent souiller
l'église.
Lexique :
cartulaire: recueil de titres aux droits
d'un monastère, d'une église.
chaire : estrade d'où le prêtre peut
s'adresser à son auditoire (rarement
utilisée de nos jours).
collégiale: église non-cathédrale
possédant un chapitre de chanoines.
enfeu: niche funéraire à fond plat
(servait de tombe à un haut personnage).
penture: ferrure qui soutient sur ses
gonds une porte, un volet.
triforium: galerie étroite placée
au-dessus des collatéraux et ouverte par
une suite de baies.