
L'implantation
Beaucoup de localités de la vallée du
Thérain sont très anciennes. L'emplacement
d'Angy sur la voie gallo-romaine qui
joignait Beauvais à Senlis, la découverte
d'un cimetière franc (datant du Vème ou
VIème siècle, situé sur le trajet de Clovis
pourchassant les derniers Romains vers
Beauvais) attestent de l'ancienneté du
village et de l'église. «' L'existence d'une
source d'eau pure, fraîche, régulière et
abondante n'est pas sans incidence sur le
choix du lieu retenu pour la construction
d'un édifice religieux. On sait l'attirance,
le respect que portaient les hommes depuis
le monde gaulois, aux sources considérées
comme un don magique des forces obscures de
la terre.
L'Église s'est efforcée de détourner ces
cultes païens en les «christianisant». L'eau
joue un rôle important dans les rites
religieux, purification des âmes et des
corps, baptême, eau bénite, bénédiction,
etc.., etc. Il était logique que la croyance
dans les bienfaits de l'eau de cette source
pour les maux d'yeux, serve la religion
catholique qui s'installait alors. Ce ne fut
pas chose facile si on en croit l'abbé
Santerre «Il existe à Angy près de l'église,
une fontaine dite de Saint-clair, vénérée
dès la plus haute antiquité pour les maux
d'yeux, et en grand renom avant la
Révolution. Elle a cessé depuis de voir sur
ses bords autant de ` pèlerins qu'autrefois,
bien que chaque année, le 17 juillet, jour
de la fête, on y vienne encore
religieusement. Voici ce qui s'y passe. Les
pèlerins affligés de maux d'yeux se rendent
à jeun à la fontaine, y boivent un verre
d'eau, puis assistent à la messe, font
réciter sur leur tête l'évangile du
saint, retournent ensuite à la fontaine. Là
ils trempent dans l'eau le doigt avec lequel
ils vont faire de nouveau le signe de la
croix, puis lavent leurs yeux, et enfin
boivent un second verre d'eau. (...) La
vraie source de la fontaine n'est pas celle
où boivent aujourd'hui les pèlerins, ce
n'est
même pas celle du jardin du presbytère qui
coule à gros bouillons. La source primitive
qui alimente celle dont nous venons de
parler, se trouve renfermée dans une crypte
faisant partie aujourd'hui du presbytère et
servant de cellier. (...)
Plus tard, ce deuxième emplacement, qui
était devenu le lieu de pèlerinage fut à son
tour enclos dans le jardin et nécessita un
troisième déplacement.»
La source fut placée sous l'invocation de
Saint-clair qui comme son nom l'indique se
charge de faire voir clair à ceux qui le
vénèrent. Disons au passage que la légende
raconte qu'il eut la tête tranchée mais
assura malgré tout ses bons offices tout
comme la fontaine qu'on a voulu supprimer et
qui a rejailli un peu plus loin. Il semble
que de nos jours c'est cette source qui
alimente l'ancien lavoir. Son eau est
toujours claire par contre sa teneur en
nitrate n'est pas connue ! Si vous avez
choisi un jour d'été pour faire cette
visite, allez près du lavoir et songez à
tous ces malheureux qui mettaient leurs
espoirs dans la source. L'église eut comme
saint patron : Nicolas.
Visite des alentours

Depuis l'ancien lavoir, examinons
l'édifice. En plan, l'église dessine une
croix latine. Elle comprend une nef dotée
d'un bas côté nord, un transept saillant sur
la croisée duquel s'élève un imposant
clocher, et un chœur polygonal. En regardant
la façade on remarque près du contrefort que
la partie gauche a été ajoutée après coup.
La symétrie en souffre.
La
porte attire l'attention par ses dimensions
modestes et surtout par la technique
employée pour réaliser sa partie supérieure.
(Le sommet de la porte, le linteau et une
partie du tympan sont taillés dans le même
bloc de pierre.) Nous retrouvons ce même
détail au-dessus de la porte latérale sud.
Le linteau forme une partie du tympan et les
bases de l'arc de décharge. Cette manière de
faire est unique dans la région ! Cette
partie de l'église est la plus ancienne et
remonte au XIème siècle, le collatéral a été
construit plus tard pour agrandir la nef.
Longeons ce côté jusqu'au transept nord.
Le
transept nord
Dans la deuxième moitié du XIIème siècle,
on entreprit de reconstruire les parties
orientales de l'église en substituant au
sanctuaire primitif un transept avec un
clocher sur la croisée et un chœur
polygonal.

Les murs sont couronnés d'une corniche
formée d'arcatures contenant deux
contre-arcatures, toutes en plein cintre,
dite «corniche beauvaisine». Ce décor est un
des éléments caractéristiques des églises de
la région au XIIème siècle. Très creuse en
1125, la corniche devient de plus en plus
plate au fur et à mesure qu'on avance dans
le XIIème siècle, à Angy la taille
relativement faible de la corniche (6 cm)
permet de la dater des années 1150 ou 1160.
Le
chevet

Extérieurement, le chevet et le transept,
dominés par la masse à la fois imposante et
harmonieuse du clocher, forment un ensemble
du plus bel effet qui, fait assez rare, n'a
pas été modifié depuis l'époque de la
construction.
Un contrefort a été placé entre chaque
pan du chœur polygonal pour épauler les
retombées des voûtes. Chacun des pans est
percé d'une baie en plein cintre surmontée
d'une archivolte en pointe de diamant. C'est
une ornementation que l'on retrouve dans de
nombreux édifices de la région. (Cambronne,
Mouy, Hondainville pour ne citer que le
canton)
Le
clocher

C'est incontestablement la partie la plus
remarquable de l'édifice. La tour reste
élégante malgré des dimensions imposantes
(près de 6,50 m de côté). Un cordon de
pointes de diamant surmonté d'un rang de
boutons encadré par deux moulures, souligne
les ouvertures. Chacune des quatre faces est
percée de deux grandes baies. On peut noter
que ces baies sont surmontées d'une
archivolte également en pointe de diamant.
Une corniche beauvaisine termine la
décoration de l'étage des baies. Le pignon
oriental est percé d'un oculus encadrant une
rosace à six lobes autour d'un cercle,
contrairement à son symétrique occidental
qui ne montre qu'une baie en plein cintre.
Un toit en bâtière coiffe l'ensemble : ce
mode de couverture est beaucoup moins
onéreux que les flèches en pierre comme
celle de Cambronne.
Les anciennes cloches ont été fondues
dans la période révolutionnaire et
remplacées en 1830. Le cimetière, qui
entourait l'église, a été transféré en 1832
hors du village.
Transept sud

Le bras sud du transept est plus élevé et
beaucoup plus simple que son vis-à-vis. La
corniche qui termine ses murs est une simple
plate-bande en biseau. Un appendice a été
ajouté pour servir de sacristie (XVIIIème)
On remarque les encorbellements
correspondants à la partie supérieure d'un
escalier tournant. Une ouverture bouchée en
forme d'arc brisé, occupe la partie nord de
la face occidentale de ce bras du transept.
Le maître d'œuvre avait vraisemblablement
envisagé une ouverture vers un bas-côté qui
n'a jamais été réalisé.
La
nef
Continuons notre promenade après avoir
jeté un oeil sur les deux fenêtres du mur
méridional. L'étroitesse des ouvertures a
permis de découper leur sommet dans une même
pierre.
La nef de l'église d'Angy est un bon
exemple de l'architecture en usage au XIème
siècle. Dans les églises rurales du
beauvaisis, pour la construction des murs on
fait appel le plus souvent à de simples
moellons noyés dans un mortier.
Visite de l'intérieur
Pénétrons par la porte latérale. Sur la
droite, un curieux bénitier engagé dans le
mur de l'église est formé par une cuve
hémisphérique sur laquelle se détache,
grossièrement sculptée, une tête chimérique.
Les bénitiers remontant à cette époque sont
très rares, celui-ci a été classé dès 1908,
il est vraisemblablement d'époque romane.
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Nous constatons que la nef
n'est pas voûtée. Un plafond
fait de planches cache la
charpente, il est par endroit
taché par des fuites de la
toiture. Avançons jusqu'à la
porte du fond. Nous laissons sur
notre gauche un christ en croix
que des âmes pieuses ont
badigeonné en blanc pour ajouter
à son malheur ! Le vitrail
au-dessus de la porte représente
le baptême du Christ par St Jean
Baptiste. Nul doute que cette
représentation chrétienne est là
pour atténuer le succès de la
source que le clergé s'est
efforcé de freiner pour son côté
païen. Continuons vers la
gauche. Trois arcades, deux en
arc brisé et une en plein cintre
séparent la nef de son bas-côté
nord. Ce dernier, également
recouvert d'une charpente, est
éclairé par trois fenêtres. |
Selon Vermand, ce collatéral aurait été
construit dans la première moitié du XIIème
siècle. Vers 1150 ou 1160, on entreprit de
reconstruire les parties orientales de
l'église en remplaçant le sanctuaire du
XIème siècle par un transept sur la croisée
duquel on érigea le clocher et un chœur
polygonal.
A remarquer un pierre tombale qui sépare
le bas-côté du croisillon nord. (On peut y
reconnaître une silhouette de femme dont
nous ne connaissons pas l'identité).
Derrière nous, le vitrail qui se trouve
au bout du bas-côté offre un beau point de
vue.

Les vitraux, dont certains du XIXème siècle,
que nous voyons dans cette église sont de
deux types, certains s'inspirent de
personnages religieux, d'autres plus
nombreux se contentent de jouer avec
les couleurs (1960).
Le
transept
Avançons-nous sous la masse
impressionnante du clocher. On appelle cet
endroit la croisée du transept car
effectivement elle se trouve au croisement
du transept et de la nef prolongée par le
chœur. Cette partie, comme tout l'ensemble
oriental, est voûtée d'ogives. Ici les
nervures sont constituées par deux boudins
encadrant un tore en amande.

Du côté de la nef, ces nervures reposent
sur des chapiteaux s'appuyant sur des
colonnettes, du côté du chœur sur des
cul-de-lampe. Les arcades qui s'ouvrent sur
les croisillons (à gauche et à droite) sont
moins larges que les deux autres et laissent
en avant du chœur deux importants massifs de
maçonnerie supportant le clocher. Le
transept nord accueille la statue du
Saint-patron de l'église Saint-Nicolas,
patron des marins, des voyageurs, des
enfants, des filles à marier et des
parfumeurs, très populaire il est chargé de
distribuer des cadeaux de Noël. Ce fut un
rival redoutable pour Saint-clair que l'on
venait prier à Angy. Trois fenêtres ébrasées
vers le bas, éclairent cette partie de
l'église. Au sol, des grilles qui devaient
autrefois fermer le chœur sont stockées en
attendant que la rouille fasse son œuvre.
Sur chacun des piliers situés à l'entrée du
chœur on peut encore voir les points
d'attache de cette grille.

Avant de nous avancer dans le sanctuaire,
jetons un coup d'œil sur les statues de la
nef. A gauche de la petite porte, le patron
secondaire du lieu Saint-clair (c'est écrit
dessus), il est décapité et tient sa tête
dans les mains. Devant lui, une statue
représentant une femme couronnée qui pose le
pied sur un homme, lui aussi couronné mais
qui semble à sa merci, (qui est-elle ?).
Près de la croisée du transept une vierge à
l'enfant du XVIème L'enfant Jésus tient dans
ses mains un petit oiseau. Dans le
croisillon sud se trouve le départ d'un
escalier tournant qui dessert les combles et
permet l'accès au clocher. A gauche de
l'escalier, la porte qui communiquait avec
la sacristie est aujourd'hui condamnée, elle
est surmontée d'une sorte de linteau dont la
décoration est apparemment inachevée.
Au-dessus, une statue (XVIIème) représente
Saint-Louis tenant dans la main gauche la
couronne d'épines qu'il rapporta de
croisade. Dans ce transept sud figure
également un Saint-Nicolas en bois doré de
petite taille pour les processions et une
boîte à bannières vide. On y trouve
également un grand lutrin représentant un
aigle.
Le
chœur

Le chœur polygonal est éclairé par cinq
baies largement ébrasées vers le bas et qui
donnent beaucoup d'élégance au sanctuaire.
La voûte d'ogives qui le recouvre est formée
par six tores très fins profilés en amande,
rayonnant depuis une clef centrale décorée
de cinq feuilles stylisées. Ces nervures
s'appuient sur des chapiteaux sur
colonnettes ou sur des culs-de-lampe.
Sur la gauche, une statue du XVIIème est
à remarquer, il s'agit de Saint-Jean
baptiste, reconnaissable à la toison dont il
est revêtu et au mouton qu'il tient dans ses
bras. Certains l'ont confondu avec
Saint-Roch, la sculpture est incomplète ce
qui explique la confusion. Le vitrail de
gauche est consacré à Saint-Nicolas, patron
de l'église. De sa très riche légende, les
deux épisodes représentés ici, sont
particulièrement célèbres : la
dotation
des trois pucelles et la résurrection des
trois enfants jetés au saloir.
«Un noble ruiné projette de prostituer
ses filles, faute de pouvoir les marier;
elles sont sauvées du déshonneur par
Saint-Nicolas qui, trois nuits de suite,
jette par la fenêtre de leur maison une
bourse remplie d'or. (Sur le vitrail, on
voit les trois bourses en jaune). En période
de famine, trois enfants demandent
l'hospitalité à un boucher (ou un
aubergiste) qui les tue, les découpe en
morceaux «jetés au saloir comme pourceaux»
afin de les servir à ses clients. En faisant
le signe de la croix, le Saint parvient à
rassembler les morceaux et à ressusciter les
trois enfants.»

Le vitrail de droite est consacré à
Saint-Louis, celui du centre représente le
calvaire.
Conclusion
C'est à partir des XIII et XIVème siècles
que change le rituel du baptême chrétien.
Avant cette date, les catéchumènes étaient
immergés en tout ou partie dans l'eau. C'est
une des raisons qui font que très souvent
l'eau n'est pas loin des églises primitives.
A Angy, la présence d'une source a pesé dans
le choix du site religieux. L'église d'Angy
est un bel exemple de l'évolution
architecturale de notre région. Un premier
bâtiment, élevé dans la première moitié du
XIème siècle, comprend une nef qui est celle
que nous voyons actuellement mais dénuée de
bas-côté et prolongée par un chœur dont nous
ignorons le plan. Un siècle plus tard, on
greffe un bas-côté au nord de la nef, une
adjonction vraisemblablement rendue
nécessaire à cause de l'accroissement de la
population, et on perce le mur nord de la
nef afin de permettre la liaison entre les
deux parties. Quelques décennies plus tard,
le chœur roman est remplacé par le chœur
actuel de style gothique.
Au cours des siècles les modes et les
techniques de construction ont évolué,
l'église d'Angy a vu le jour dans une
période romane et a été laissée pour compte
dans une période gothique, les guerres, les
crises, les épidémies, etc. ont empêché
d'aller jusqu'au bout des projets. Telle
qu'elle est maintenant avec son clocher
élégant malgré ses dimensions imposantes,
son chevet à cinq pans, Saint-Nicolas
d'Angy, au milieu d'un square de verdure,
est dans un coin agréable du canton. Dommage
que des vandales aient abîmé le lavoir où
coule toujours l'eau de Saint-clair.
FIN
de la visite
Textes :
Janny Noblécourt
Illustrations :
Robert Dourlen
Documentation :
Précis statistique sur le canton de Mouy (L.
Graves)
Guide iconographique : La bible et
les Saints (Duchet-Suchaux)
Angy en Beauvaisis (comte de Luçay)
L'église d'Angy (Dominique Vermand)
Histoire du Beauvaisis (Pierre Louvet)
Histoire de Mouy (Warmé)
Archéologie des monuments religieux de
l'ancien Beauvoisis (Woillez)