Comment
le calcaire grossier s'est-il
formé ?
Notre
région se situe dans la cuvette du Bassin Parisien qui au cours des
temps et particulièrement à l'âge tertiaire (il y a 50 millions
d'années) fut envahi par la mer. Des sédiments calcaires se sont
déposés sur une période d'environ 5 millions d'années.
Ces sédiments sont très variés, ils vont de la faune animale au règne
végétal mais sont essentiellement constitués par des mollusques
lamellibranches et des gastéropodes, on a reconnu 1800 espèces, mais
également des échinodermes (oursins), bryozaires (vers marins), des
coelentérés (méduses, coraux), des poissons, des algues, du bois
(palmiers) et des microfossiles, les Foraminifères (protozoaires marins
à test calcaire) en grande majorité les Milioles, prodigieuse
accumulation pouvant atteindre 800 individus par cm3 de roche.
Le tout est
cimenté par de très petits grains de calcite micro cristalline, mais
une forte porosité subsiste.
Des études ont
démontré qu'il s'agit d'un dépôt de mer calme, légèrement confiné
(golfe) et d'une température de 25° correspondant à une mer
tropicale.
Ces dépôts
caractéristiques du Bassin Parisien portent le nom de calcaire
Lutétien (de Lutétia : Paris). Ils sont très importants et leur
épaisseur peut atteindre 40 à 50 mètres.
L'exploitation
des carrières au
cours de notre histoire
L'exploitation
des carrières de Calcaire grossier est très ancienne dans la
région, elles ont procuré au pays une certaine richesse au cours
de notre Histoire.
Notre région a
été habitée par des populations sédentaires depuis plusieurs
milliers d'années, mais le monument le plus ancien où l'on peut voir
des blocs extraits d'une carrière proche est le temple Gaulois de
Thiverny. Il date du 5e siècle avant notre ère.
Dans le Valois
et Soissonnais, des carrières sont ouvertes à l'époque Gallo-romaine
: Pline l'Ancien au 1 er siècle cite Senlis et ses exploitations de «
liais ».
Au
Moyen-âge et
à la Renaissance, la pierre est de plus en plus demandée pour les
villes, les églises, les châteaux, les forteresses. C'est à cette
date que débutent les innombrables carrières à ciel ouvert et
souterraines de l'Oise, du Vexin et de l'Aisne.
De cette époque
date aussi un véritable commerce de la pierre de Saint-Leu. La pierre
transportée par chariots et voie d'eau est acheminée sur Paris, Sens,
Auxerre, Rouen, Chartres et même en Angleterre.
Jusqu'à la
Révolution, les carrières sont actives sauf celles de Paris, devenues
dangereuses ou épuisées. A Paris un arrêt du 15-9-1776 contient en
germe le Service de Surveillance qui deviendra l'Inspection Générale
des Carrières en 1818.
A Chantilly sous
l'hippodrome actuel s'ouvrent vers 1720 d'immenses carrières
souterraines d'où sortiront les grandes Écuries et les maisons de la
ville.
La Restauration
et la Monarchie de Juillet sont des époques de sommeil.
La grande
impulsion est donnée par le baron Haussmann, durant le Second Empire.
Paris se rénove. Il faut beaucoup de pierre et les carrières de l'Oise
et de l'Aisne travaillent à plein rendement.
La main d'œuvre
locale ne suffit pas et on fait appel à des tâcherons d'appoint. De
nouvelles carrières s'ouvrent dont il ne reste que des traces et des
noms de lieux-dits.
Les périodes de
reconstruction après les guerres donnent un regain d'activité aux
carrières. Mais il faut noter qu'après 1945 la pierre a été
concurrencée par des matériaux nouveaux et des techniques nouvelles
comme celle des murs préfabriqués ; néanmoins elle s'adapte aux
besoins actuels sans connaître de grandes heures.
L'extraction et
l'utilisation de « calcaire grossier » sont passés du stade empirique
au stade scientifique. La géologie épaule de plus en plus le travail
des maîtres- carriers et des techniciens du bâtiment.
Si l'homme du
XXIe siècle n'est pas contraint de venir revivre dans les profondes
carrières souterraines, il pourra peut-être habiter dans une maison
confortable construite en calcaire grossier.
d'après
Alphonse BLONDEAU dans le Bulletin du BRGM (1970).
Les
carrières du
canton de Mouy
Neuilly-sous-Clermont
Neuilly-sous-Clermont
possédait, au XIXe siècle, deux carrières. La principale, d'origine
très ancienne, était située sur un terrain communal. L'exploitation
avait lieu en galeries.
La pierre de
Neuilly est grasse, tendre, facile à tailler et à diviser avec la scie
à dents, mais elle ne résiste pas à la gelée et ne peut être
employée dans les soubassements. Plusieurs maisons de Clermont sont
construites en pierre de Neuilly.
Une autre
carrière à ciel ouvert, près du chemin de Cambronne, donnait surtout
des moellons.
Cambronne
A Cambronne, une
carrière à ciel ouvert, peu importante, fournissait des moellons pour
l'usage local. Une autre carrière en galeries était située près du
hameau d'Ars.
Rousseloy
Le Vallon de
Flandres avait plusieurs carrières fort anciennes qui dépendaient de
la commune de Rousseloy : la carrière du parc, la carrière Muraine et
deux carrières abandonnées : l'une près de Follemprise, l'autre
nommée carrière du Prieuré.
Tous ces
ateliers ont donné une pierre de grain ou vergelet qui a été
employée dans les grandes constructions des environs. L'Hôtel de Ville
de Beauvais est en pierre de Rousseloy.
De nombreux
textes du XVIIIe siècle, trouvés dans les archives mouysardes,
mentionnent l'excellente qualité de la pierre de Rousseloy.
Saint-Claude
A Saint-Claude,
au dessus de la chapelle, une carrière à ciel ouvert donnait un
vergelet fin.
Bury
Sur la route de
Mouy à Liancourt, au lieu-dit la Cavée de Creil, au Nord de Bury, on
extrayait une roche dure et compacte qui fournissait des dalles et des
marches d'escalier. Les bancs de pierre tendre étaient débités en
moellons.
Mérard
Les carrières
de Mérard, situées à l'ouest du village, comprenaient six
exploitations à ciel ouvert. Elles seraient d'origine très ancienne :
les fortifications Gallo-romaines de Beauvais auraient été construites
avec de la pierre de Mérard. Les pierres de Mérard ont servi à la
construction des transepts de la cathédrale de Beauvais. Elles étaient
très estimées et tout le pays environnant en faisait usage.
Mouy
Au-dessus
du marais de Fourneau, près de Mouy, se trouvaient les carrières de
Janville. Elles comprenaient plusieurs exploitations toutes en galeries.
Leur existence très ancienne est attestée dans un texte de 1286,
conservé aux archives départementales. A cette date, Jean de Mouy,
seigneur du lieu, confirme aux religieux de l'abbaye de Froidmont la
donation, à eux faite, de la carrière de Janville, par son aïeul
Gauthier de Mouy. On peut supposer, que la superbe grange cistercienne
de Froidmont
(en bien mauvais état à l'heure actuelle !) a été construite avec de
la pierre de Janville.
D'autres
carrières, près de la route de Noailles, donnaient un vergelet
grossier, très solide, non gélif, propre aux fondations et un vergelet
fin ou pierre tendre facilement altérable. Les pierres de ces ateliers
auraient servi à la construction de l'église de Mouy.
Toutes ces
carrières encore en exploitation et de grande renommée au XIXème
siècle, sont aujourd'hui abandonnées. Chacun, au hasard d'une
promenade, pourra en découvrir les entrées ou les vestiges. Devant les
traces du travail des carriers saluons leur savoir-faire et leur droit
d'appartenir pleinement ment au patrimoine culturel de notre canton.
La pierre est
omniprésente dans tout le paysage humain du canton : murs, maisons,
bâtiments civils et religieux ; elle témoigne de l'importance de ce
matériau dans les siècles passés et !s donne au paysage de notre
Région son charme et sa personnalité.
Les
carriers de Bury
Les archives du
Service des Monuments Historiques ont conservé une étude technique
très complète que l'architecte Bertrand Monnet (+ 1989) consacra en
1941 à l'église de Bury. Entre autres aspects, il s'intéressa à ce
que les hommes de l'art nomment l'appareil les différentes sortes de
pierres, diversement taillées par les carriers du Moyen-âge afin de
prendre une place précise dans l'édifice.
Ces carriers
étaient eux-mêmes de Bury ; ils travaillaient dans les carrières
locales, en particulier celles de Mérard, qui fournirent aussi des
matériaux pour la cathédrale de Beauvais. Et Bertrand Monnet eut la
chance d'interroger certains de leurs lointains successeurs, voire
descendants, exerçant encore en 1941 le même rude et beau métier avec
les mêmes outils à peine modifiés à travers les siècles.
Si d'aventure
vous faites une visite à ce monument qu'ils construisirent, interrogez
du regard « leurs » pierres : elles portent toutes la trace anonyme de
leur labeur ; quelques unes ont conservé leur «marque de tâcheron»,
humble signe qu'ils nous font à travers 700, 800, 900 ans d'histoire
humaine.
Les matériaux
Sur les collines
qui dominent Bury au nord, se trouvent d'anciennes carrières dites
Carrières de Mérard , autrefois exploitées à ciel ouvert.
Nous avons
soumis à des appareilleurs divers échantillons provenant de ces
carrières et nous les avons fait comparer à d'autres échantillons
prélevés dans l'église.
Cet
examen paraît prouver tout d'abord que les carrières de Mérard
contenaient les différentes qualités de pierre que l'on trouve à
Saint-Maximin et à Saint-Leu-d'Esserent : roche ordinaire, grignard,
pierre fine, vergelés ordinaires et grossiers, et ensuite que c'est
avec la pierre extraite de ces carrières que fût édifiée l'église
de Bury.
Elle présente,
suivant les bancs, diverses qualités dont on a tiré parti
judicieusement suivant les nécessités de la construction. Le grignard,
permettant les tailles qui font jouer la lumière, a été choisi pour
les parements extérieurs, tandis que la roche à grain fin a été
réservée aux arcs, aux moulures, aux chapiteaux, le vergelé aux
parements intérieurs et aux compartiments des voûtes.
A l'extérieur
de l'édifice, ces pierres sont encore en excellent état et ont pris
une belle patine bleutée. Malheureusement l'absence ou la disparition
des caniveaux, ainsi que l'humidité de condensation ont fort dégradé
les soubassements.
Les hauteurs
d'assise, fort inégales, dépendent du clivage de la roche. Dans les
parties les plus anciennes, construites avec des matériaux provenant
des couches supérieures des carrières (murs des bas-côtés de la nef)
: petit appareil irrégulier de moellons, dont la hauteur varie de 6 à
20 cm ; certaines parties sont hourdées au mortier de tuileaux. De
place en place apparaissent des tuileaux destinés à caler les pierres
lors de leur mise en place.
Dans les piliers
et les arcs de la nef, les assises ont de 20 à 25 cm de hauteur, tandis
que dans le transept et le chœur, les hauteurs d'assise ont 25 à 30,
voire même 35 cm.
Si les ogives et
les doubleaux de la nef sont appareillés avec soin, les compartiments
sont constitués de claveaux de 6 à 15 cm d'épaisseur dans le sens du
lit, grossièrement taillés au marteau et disposés parallèlement à
la ligne de faîte : l'adhérence du mortier sur ces pierres rugueuses
contribue donc beaucoup plus que la science, inexistante alors, de la
stéréotomie, à la bonne tenue de ces voûtes qui se sont
admirablement conservées dans cette partie de l'édifice.
Il en est de
même des compartiments des voûtes du XIIIe et du XIVème siècle, dont
l'appareil, guère mieux soigné, est masqué par un enduit sur lequel,
comme sur les voûtes de la nef, ont été figurés de faux joints.
La taille
C'est sur les
murs des combles, dépourvus d'enduit pour la plupart et abrités des
intempéries, que l'on peut le mieux étudier les différentes tailles
de la pierre, suivant les époques auxquelles ils appartiennent.
Dans les parties
les plus anciennes (murs des bas côtés jusqu'à 3 m de hauteur,
peut-être antérieurs au XIIème siècle), les murs, de petit appareil
irrégulier et enduit, sont construits de moellons grossièrement
taillés et présentant dans tous les sens de profonds sillons indiquant
l'emploi du taillant droit.
Sur les
contreforts, les piliers et les nervures de la nef, sans doute
reconstruits au milieu du XIIe siècle, la taille est plus régulière,
les coups de taillant moins profonds et plus serrés sont disposés
parallèlement ou forment un réseau de fines hachures entrecroisées.
Quelques traces de bretture apparaissent.
C'est dans le
transept et le chœur, du XIIIème siècle, que les parements sont le
mieux dressés au moyen de layes dont l'écartement des dents varie de 4
à 6 cm. Les moulures durent être faites presque partout au ciseau à
dents pour autant qu'on en puisse juger sous les enduits.
Enfin, dans les
parties reprises au XVIème siècle, la mise en œuvre de pierres
provenant de bancs plus tendres a nécessité l'emploi de ciseaux et de
ripes à dents fines et très serrées qui donnent aux parements un
aspect monotone. Comme l'a fort bien remarqué Viollet le Duc : « Ces
ripes ont l'inconvénient, pour les parements unis surtout, d'entrer
dans les parties tendres et de se refuser à attaquer celles qui sont
plus dures, il en résulte que les surfaces ripées sont ondulées et
produisent le plus fâcheux effet sous la lumière frisante. On en vint
à passer le grès sur ces parements pour les égaliser, et cette
opération amollit les tailles, leur enlève cette pellicule grenue et
chaude qui accroche si heureusement les rayons du soleil. Les moulures,
les tapisseries prennent un aspect uniforme, froid, mou, ce qui donne à
un édifice de pierre l'apparence d'une construction couverte d'un
enduit.» (art. appareil).
En résumé,
dans les murs des bas côtés jusqu'à 3 m de hauteur (fin du XIe début
du XIIe siècle), petit appareil irrégulier et enduit.
Dans les parties
construites au Xlle siècle, emploi du taillant droit et parfois de la
bretture à large dentelure, maçonnerie très bien exécutée à joints
minces.
Au XIIIe
siècle, très belle taille obtenue par des layes finement dentelées -
joints épais.
Dans les
restaurations du XVIe siècle, taille uniforme et sans relief, au moyen
de ripes, les joints sont parfaitement dressés et très minces.
Bertrand
Monnet 1941
La
Carrière Notre-Dame
Il n'y a plus de
carrières exploitées dans le Canton de Mouy, mais à la frontière de
notre Canton il y a à Mello la carrière Notre-Dame qui est de nouveau
en activité.
D'exploitation
fort ancienne, ces carrières portent sur le cadastre actuel, comme sur
le terrier de 1774, conservé aux archives du Château de Mello, le nom
de carrières Notre-Dame.
Exploitées
depuis 1965 par la S.A. DUBOIS dont les gérants sont les deux frères
associés Jean et Claude Dubois, les carrières appartiennent à
Monsieur de Boissieu. Elles constituent un vaste cirque présentant de
multiples traces d'extractions antérieures : aiguilles, layes, etc...
Ces marques du
passé dont peuvent s'enorgueillir les carrières de Mello, sont une
émouvante trace du travail des hommes. Elles engendrent un sentiment
profond de respect et d'admiration envers la parfaite connaissance du
matériau et savoir faire des carriers.
La coupe
stratigraphique des carrières de Mello fait apparaître les niveaux
suivants
1) 8 à 12
mètres de roches sans utilisation.
2) un niveau de
0,20 m à 0,30 m d'une
pierre très dure « le petit liais ». Cette pierre n'est pas extraite
à Mello car elle nécessiterait un matériel particulier en raison de
sa dureté.
3) 6 à 8 m de
roche fine.
4) 3 à 4 m de
roche de construction. Cette pierre plus dure que la roche fine, portait
anciennement le nom de « vergelé », les carriers de Mello parlent de
« grignard ».
5) 3 m de banc
de St-leu.
L'extraction
actuelle entièrement souterraine concerne aussi bien la roche fine que
la roche de construction.
La technique
aujourd'hui est entièrement mécanisée, toutefois le savoir faire du
carrier est toujours aussi important quant à la connaissance de la
morphologie de la roche.
Les étapes de
l'extraction sont les suivantes :
Une galerie est
dimensionnée par la hauteur et l'envergure de la grue (de conception
maison) qui permet de déterminer « une passe ». Une passe forme un
parallélépipède d'environ 4 m de largeur, 4 m de hauteur, 2 m de
profondeur.
Face au fond de
la galerie, la première opération consiste à repérer à la craie le
niveau qui marque le délit naturel de la pierre. Ensuite la grue avec
son bras articulé équipé en tête de fraises entaille au ras du
plafond sur toute la largeur un très large espace : le « four ». A
l'aide de « haveuses » (tronçonneuses dont le guide atteint deux
mètres) les verticales sont descendues.
Engagés dans le
four, les carriers descendent ensuite la face intérieure du fond de la
galerie.
Grâce au délit
naturel, le bloc détaché est emporté par un puissant tracteur
équipé d'une benne frontale.
Le bloc de 3 à
4 m/cube (1.700 kg le m/cube) est transporté à l'extérieur de la
galerie au chantier de sciage ou sinon entreposé à l'air libre. C'est
avec l'une des trois « guillotines » que le bloc sera débité en «
dalles ». Toutes les manutentions sont ici assurées par un palan à
commande électrique à distance.
L'atelier de
taille
A l'entrée
d'une ancienne galerie, à l'abri des intempéries, les tailleurs de
pierre vont débiter les dalles aux dimensions et au profil indiqués
sur les plans. Ils utiliseront pour cela la guillotine, la raboteuse à
moulures (une ancienne machine à métaux reconvertie) avec ses
gabarits, une scie électrique avec un guide de 60 cm, une perceuse à
pierre et tout l'outillage à main des tailleurs de pierre tendre. Le
palan électrique à commande à distance fait passer les pierres de la
guillotine à la raboteuse et au tailleur qui termine à la main.
Prêts à
partir, rampes d'escalier, balustres, marches, tables, les cheminées,
corniches etc... sont soigneusement posés sur la paille et cerclés sur
les palettes.
d'après F.
CALAME